L’interminable bataille d’Apple
Et aussi: Mythos 5 à nouveau autorisé – Meta limite l'usage de l'IA sur ses lunettes
L’interminable bataille judiciaire d’Apple pour préserver ses commissions
Six ans après son déclenchement, l’interminable bataille judiciaire entre Apple et Epic Games s’invite devant la Cour suprême. Mardi, la plus haute juridiction des États-Unis a accepté d’examiner le dossier, non pas sur le fond – qu’elle a déjà refusé de trancher à deux reprises – mais sur une question de procédure. Le groupe à la pomme soutient que la juge a outrepassé ses pouvoirs en lui ordonnant de ne plus prélever de commissions sur les achats effectués en dehors des applications mobiles. Il espère obtenir le droit de rétablir ces frais et, surtout, d’en fixer lui-même le montant.
Cette affaire remonte à l’été 2020, lorsque Epic voit son jeu vidéo vedette Fortnite être retiré de l’App Store après en avoir sciemment enfreint les règles, en intégrant son propre système de paiement. L’éditeur reproche alors à Apple de verrouiller les achats et les abonnements au sein des applications, contraignant ainsi les développeurs à lui verser une rémunération pouvant atteindre 30%. En première instance, le groupe de Cupertino est relativement épargné, la justice estimant qu’il ne se trouve pas en position de monopole sur le marché de la distribution d’applications mobiles.
Fin de l’anti-steering
Si elle écarte les mesures les plus radicales, la juge remet néanmoins en cause la pratique dite d’anti-steering, qui interdit aux développeurs de rediriger les utilisateurs d’un iPhone ou d’un iPad vers un site Internet pour effectuer un achat ou souscrire un abonnement. Elle autorise alors l’ajout de “boutons” et “liens externes” dans les applications. Mais elle ne fixe pas de règles détaillées ni ne précise le niveau de commission que peut encore prélever Apple sur ces achats externes, lui laissant ainsi le soin de déterminer la manière de respecter sa décision.
Sans surprise, l’entreprise opte pour une application minimale du jugement. Elle instaure des commissions de 27% sur les achats externes – une réduction qui n’est pas suffisante pour les développeurs dans la mesure où elle ne compense pas les frais de paiement associés aux transactions réalisées sur leurs propres sites. Par ailleurs, elle met en place des conditions très restrictives, limitant drastiquement les possibilités d’insérer des liens de redirection. Et introduit aussi des “scare screens”, destinés à dissuader les possesseurs d’iPhone d’acheter hors de sa plateforme.
Apple veut fixer un taux “acceptable”
Une attitude jusqu’au-boutiste sévèrement critiquée par la juge. “À chaque occasion, Apple a choisi l’option la plus anticoncurrentielle”, estime-t-elle. En mai 2025, elle décide donc de sanctionner lourdement la société, lui ordonnant de ne plus prélever aucune commission sur les achats externes aux États-Unis. Autrement dit, les développeurs peuvent éviter de lui verser le moindre centime en redirigeant les utilisateurs hors de leurs applications Cette injonction reste, malgré les efforts d’Apple, d’abord en appel puis devant la Cour suprême, aujourd’hui en vigueur.
C’est précisément cette décision que le groupe espère voir annulée. Devant la Cour suprême, Apple fait valoir qu’il ne peut être sanctionné pour avoir enfreint une décision de justice uniquement dans son “esprit”, dès lors que celle-ci ne contient pas d’instructions explicites sur le comportement à adopter. Il estime donc avoir agi dans son bon droit, dans la mesure où le jugement de première instance ne fixe ni un niveau de commission jugé raisonnable, ni une interdiction claire d’imposer des restrictions sur les liens de redirection ou d’afficher des messages dissuasifs.
Quel impact financier ?
Une victoire devant la Cour suprême pourrait avoir un double impact pour Apple. Dans un premier temps, la société serait de nouveau autorisée à prélever sans délai des frais sur les transactions effectuées en dehors des applications mobiles. Dans un second temps, elle espère pouvoir fixer elle-même un nouveau taux “acceptable”, en conformité avec le jugement de première instance. Celui-ci serait forcément inférieur aux 27% qu’elle avait tenté d’instaurer, mais pourrait rester supérieur à ce qu’aurait pu lui imposer la justice. Et qui aurait pu faire jurisprudence dans d’autres pays.
Les répercussions financières restent difficiles à estimer. Si les commissions affichent des marges proches des 100%, le nombre d’applications ayant choisi de rediriger leurs utilisateurs n’est pas connu. Dans des documents internes, Apple redoutait que cela concerne la plupart des grands développeurs, ainsi qu’une partie des éditeurs de petite ou moyenne taille. Le manque à gagner était ainsi chiffré “en centaines de millions voire en milliards de dollars”. Pour autant, depuis un an, sa branche services – qui inclut les frais de l’App Store – n’a pas connu de tassement de sa croissance.
Pour aller plus loin:
– Comment Tim Sweeney, le patron d’Epic, a vaincu Apple et Google
– Apple modifie ses pratiques en Europe… mais ne respecte toujours pas le DMA
PARTENAIRE
Et si la terre agricole devenait votre prochain placement ?
L’immobilier est souvent le réflexe numéro un pour investir dans un actif tangible et générer des revenus. Mais une autre classe d’actifs, longtemps réservée aux professionnels, s’ouvre désormais aux particuliers: la terre agricole.
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Anthropic autorisé à redéployer ses modèles Mythos et Fable
Trois semaines après leur suspension, les modèles Mythos 5 et Fable 5 sont de nouveau accessibles. Mardi, le gouvernement américain a levé les restrictions imposées pour des raisons de sécurité aux derniers systèmes d’intelligence artificielle générative développés par Anthropic. La société explique avoir renforcé ses garde-fous destinés à prévenir tout usage malveillant, notamment pour identifier et exploiter des failles informatiques. Elle appelle désormais à la mise en place d’un cadre commun d’évaluation des risques, en amont du déploiement des modèles les plus avancés.
Dévoilé en avril, Mythos avait été présenté par Anthropic comme trop dangereux pour être mis à la disposition de tous. Seul un cercle restreint d’entreprises et d’institutions, essentiellement américaines, y avait donc accès, afin de les aider à détecter des vulnérabilités jusque-là inconnues dans leurs logiciels. Début juin, la version grand public Fable, aux capacités bridées, avait été lancée. Avant d’être désactivée quelques jours plus tard, suite à une injonction du gouvernement américain interdisant son utilisation par tout ressortissant étranger, y compris sur le sol américain.
Besoin de règles claires
Pour justifier ces restrictions, l’administration Trump invoquait des impératifs de sécurité nationale: des chercheurs d’Amazon affirmaient avoir réussi à contourner les garde-fous mis en place par Anthropic. Des conclusions rejetées par la start-up, qui assurait alors qu’aucune “faille universelle”, permettant d’utiliser Mythos dans des attaques informatiques, n’avait été identifiée. Elle évoquait simplement une vulnérabilité “bénigne” et “mineure”, également observée sur d’autres modèles concurrents, faisant donc peser des risques “comparables”.
Ce durcissement s’inscrit dans un changement de doctrine de Washington, qui a longtemps privilégié une supervision minimale de l’IA, abrogeant par exemple un décret signé sous la précédente administration. La semaine dernière, OpenAI a ainsi été contraint de limiter le déploiement de son dernier modèle, GPT-5.6, à une vingtaine de “partenaires de confiance”, très probablement tous américains, approuvés par le gouvernement. Après s’être opposés à tout projet d’encadrement, les acteurs du secteur réclament désormais des règles claires pour éviter de subir des décisions arbitraires.
Pour aller plus loin:
– Interdiction d’exportation et déploiement restreint: la volte-face américaine sur l’IA
– Anthropic rentable pour la première fois… au prix de fortes restrictions d’usage
Meta limite une fonctionnalité de ses lunettes connectées aux abonnés payants
Récemment converti aux offres payantes, Meta entend désormais capitaliser sur le succès de ses lunettes connectées pour augmenter sa base d’abonnés. La maison mère de Facebook et Instagram vient discrètement d’introduire des restrictions d’usage sur une fonctionnalité de ses montures, baptisée “Conversion focus”, qui amplifie la voix d’un interlocuteur dans un environnement bruyant. À moins de payer 20 dollars par mois pour son nouvel abonnement dédié à l’intelligence artificielle générative, son utilisation est limitée à seulement trois heures par mois.
Meta n’est pas la première société à restreindre l’accès gratuit à certaines fonctionnalités d’IA. Dans la plupart des cas toutefois, ces limitations s’expliquent par les coûts liés à leur utilisation intensive. Ce n’est pas le cas ici, rapporte The Verge: cette fonctionnalité ne passe pas par Internet. Autrement dit, elle ne repose donc pas sur des serveurs dans le cloud – ce qui générerait des frais susceptibles de justifier un quota d’usage gratuit. Elle est exécutée en local, directement sur des lunettes vendues à partir de 400 dollars.
Seulement le début ?
En se basant sur la communication de la société de Menlo Park, il pourrait s’agir d’un premier test visant à évaluer la réaction des utilisateurs, avant une éventuelle extension de cette politique à d’autres services d’IA. Sur sa page d’aide consacrée au sujet, elle évoque déjà un accès accru à certaines “fonctionnalités”, au pluriel et non au singulier, d’IA. Dans un message envoyé à The Verge, elle indique par ailleurs que “Conversion focus” est, “pour l’instant”, la seule fonctionnalité concernée par ces limites d’usage.
En suivant cette voie, Meta chercherait à renforcer la proposition de valeur de son abonnement One Premium. Lancé en mai, à côté d'une offre à 8 dollars par mois, celui-ci permet d'augmenter les quotas d'utilisation des modèles intégrés à Facebook, Instagram ou WhatsApp, notamment pour la génération d'images et de vidéos. Sur le papier, il reste relativement peu compétitif par rapport aux offres proposées par Anthropic, OpenAI ou Google. Il constitue néanmoins la première tentative de monétisation directe des milliards de dollars d'investissements dans l'IA par Meta.
Pour aller plus loin:
– Meta dévoile ses premières lunettes équipées d’un écran
– Avec son nouvel modèle d’IA, Meta tente de revenir dans la course
Crédit photos: Unsplash / James Yarema – Meta





