Le comeback inattendu d'Intel
Et aussi: Un abonnement payant sur TikTok – Amazon lorgne le marché de la logistique
Le rebond spectaculaire (mais encore fragile) d’Intel grâce à l’intelligence artificielle
Il y a un an à peine, la survie d’Intel semblait incertaine, certains allant jusqu’à préconiser une vente à la découpe. Le géant américain des processeurs (CPU) enchaîne désormais les records à Wall Street. Depuis le début de l’année, le cours de son action a été multiplié par plus de trois, dépassant largement les sommets de la bulle Internet. Pourtant, sa situation financière demeure fragile: la croissance redémarre tout juste et les marges s’améliorent lentement. Mais les investisseurs parient sur une accélération de la demande, portée par l’essor des agents d’intelligence artificielle.
Les data centers supplantent les PC
“Il y a un an, la question était de savoir si nous pouvions survivre. Aujourd’hui, elle est de savoir à quelle vitesse nous pouvons augmenter nos capacités de production”, résume Lip-Bu Tan, le directeur général d’Intel. Arrivé aux commandes début 2025, le dirigeant profite de l’aubaine… sans avoir encore pleinement déployé sa feuille de route technologique. Il a en revanche engagé une rationalisation des coûts, marquée par des réductions d’effectifs et l’abandon de certains projets, tout en faisant entrer plus de 20 milliards de dollars d’argent frais dans les caisses.
Après cinq années de déclin, Intel espère renouer durablement avec la croissance. Au premier semestre, son chiffre d’affaires a progressé de 7%, dépassant ses prévisions. Et il pourrait grimper de 9% à 16% sur le trimestre en cours, ce qui représenterait sa meilleure performance depuis début 2020. Ce regain provient essentiellement de l’activité data centers, en particulier des CPU utilisés pour l’IA. L’activité historique des PC, en revanche, reste atone, et devrait être pénalisée dans les prochains mois par la hausse attendue des prix, liée à l’inflation sur les puces mémoire.
“Les CPU sont redevenus tendance”
Depuis trois ans, l’IA a surtout bénéficié aux cartes graphiques (GPU), indispensables pour entraîner et faire tourner les modèles. Mais, ces derniers mois, les processeurs sont devenus le nouveau “goulot d’étranglement” du secteur. En cause: la montée en puissance de l’IA agentique, appelée à automatiser un nombre croissant de tâches en entreprise. Or, les processeurs sont essentiels pour orchestrer une multitude d’agents. Selon Intel, le ratio entre CPU et GPU est déjà passé de 1 pour 8 à 1 pour 4. Il pourrait se rapprocher de 1 pour 1, voire basculer en faveur des processeurs.
Une analyse partagée par son grand rival AMD, qui a doublé mercredi sa prévision de croissance du marché, désormais attendue à 35% par an en moyenne d’ici à 2030. “Les CPU sont redevenus tendance”, se félicite David Zinsner, le directeur financier d’Intel. Surfant sur cette dynamique, le groupe de Santa Clara a récemment relevé ses prix et réorienté une partie de sa production vers les CPU Xeon, destinés aux data centers. Il prévoit également de maintenir son niveau d’investissement cette année, alors qu’il envisageait précédemment de le réduire pour réaliser des économies.
Tesla et Apple comme clients ?
Au-delà de l’impact commercial de l’IA, Intel est aussi très attendu sur le terrain technologique. Longtemps distancée sur les gravures les plus fines, la société vient de déployer une nouvelle technique, baptisée 18A, utilisée pour son dernier processeur destiné aux PC. Une étape clé, qui doit permettre de réinternaliser la production de ses composants les plus avancés, sous-traitée ces dernières années au géant taïwanais TSMC. Un choix dicté par la nécessité de rester compétitif face à AMD, mais qui a fortement pesé sur les marges et donc sur les profits.
Après avoir envisagé d’abandonner le projet, Intel travaille toujours sur son prochain procédé de gravure, appelé 14A. Celui-ci est crucial pour enfin faire décoller l’activité de fonderie, c’est-à-dire la fabrication de puces pour des clients tiers. Malgré ses efforts, cette division n’a généré que 174 millions de dollars de chiffre d’affaires au premier trimestre. Le groupe vient de décrocher un premier client d’envergure: le projet Terafab d’Elon Musk. Selon Bloomberg, des discussions ont également été engagées avec Apple en vue de produire certaines puces de l’iPhone.
Pour aller plus loin:
– Terafab, le projet (irréalisable ?) d’Elon Musk pour produire ses propres puces d’IA
– Intel contraint de céder 10% de son capital à l’État américain
PARTENAIRE
Comme Meta, TikTok lance un abonnement sans publicité (mais pas encore en Europe)
Le principe de “pay or consent” fait des émules. Lundi, TikTok a annoncé le lancement, au Royaume-Uni, d’un abonnement permettant d’utiliser son application sans publicité, suivant la voie ouverte par Meta en 2024. Comme la maison mère de Facebook et Instagram, la plateforme de vidéos courtes cherche ainsi à se conformer au Règlement général sur la protection des données (RGPD) britannique. Elle n’a toutefois pas indiqué si ce modèle serait étendu à l’Union européenne, où la réglementation est comparable mais où les autorités se montrent très critiques à l’égard de cette approche.
Concrètement, les utilisateurs majeurs de TikTok pourront payer 3,99 livres (4,60 euros) par mois pour supprimer les vidéos publicitaires. Ils ne bénéficieront cependant d’aucune fonctionnalité supplémentaire. Ce tarif est légèrement supérieur à celui pratiqué par Meta, qui facture 2,99 ou 3,99 livres pour un compte Facebook ou Instagram, selon que l’abonnement est souscrit depuis son site Internet ou via ses applications mobiles – un écart de prix qui s’explique par les commissions prélevées par Apple et Google. L’entreprise réclame aussi 2 livres pour chaque compte additionnel.
Avis défavorable en Europe
Transposée du RGPD européen à la suite du Brexit, la réglementation britannique impose d’obtenir un consentement “libre et sans ambiguïté” des internautes pour exploiter leurs données personnelles à des fins publicitaires. Comme en Europe, TikTok et Meta ont refusé de mettre en place un tel dispositif, redoutant un rejet d’une grande partie des utilisateurs, ce qui limiterait leur capacité de monétisation. Les deux entreprises ont notamment tenté d’invoquer le principe “d’intérêt légitime”, prévu par le RGPD, avant de basculer vers un modèle d’abonnement payant.
Cette nouvelle parade a reçu un accueil contrasté des deux côtés de la Manche. Au Royaume-Uni, l’Information Commissioner’s Office, l’équivalent britannique de la Cnil, salue d’un “choix équitable” laissé aux utilisateurs. Au sein des Vingt-Sept, le Comité européen de la protection des données a émis un avis défavorable, estimant que “le droit fondamental à la protection des données” ne pouvait pas être transformé en option payante. Contrairement à Meta, TikTok n’a toutefois pas encore été condamné en Europe pour ne pas avoir recueilli le consentement à des fins publicitaires.
Pour aller plus loin:
– L’Europe pourrait imposer des changements radicaux à TikTok
– Face au RGPD, Meta va proposer des publicités “moins personnalisées”
Amazon ouvre sa plateforme logistique à toutes les entreprises
Depuis vingt ans, Amazon permet aux vendeurs tiers de sa marketplace d’utiliser sa plateforme logistique. Le géant du commerce en ligne voit désormais plus loin. La semaine dernière, il a lancé une gamme de services couvrant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, des matières premières aux produits finis, des usines jusqu’au domicile des clients, y compris pour des entreprises qui ne sont pas présentes sur son site marchand. Il entre ainsi en compétition directe avec les spécialistes du secteur, comme UPS et FedEx. Il revendique déjà plusieurs clients de premier plan, dont Procter & Gamble.
Un marché de 1.300 milliards de dollars
Baptisée Amazon Supply Chain Services, l’offre permet d’accéder “au même niveau d’efficacité en matière de coûts, de fiabilité et de rapidité que celui que nous avons développé pour nos clients”, assure son responsable, Peter Larsen. Le groupe de Seattle met en avant l’ampleur de son réseau logistique: 80.000 poids lourds, 24.000 conteneurs, une centaine d’avions, plus de 1.000 entrepôts et une vaste flotte de camionnettes de livraison. Amazon souligne aussi l’intérêt de sa solution de bout en bout pour piloter l’intégralité de la chaîne d’approvisionnement avec un prestataire unique.
Cette gamme de services a été progressivement déployée depuis trois ans auprès des vendeurs tiers de sa marketplace. En l’ouvrant plus largement, Amazon espère s’offrir un nouveau relais de croissance, alors que le marché de la logistique pour compte de tiers est estimé à plus de 1.300 milliards de dollars par an par le cabinet Armstrong & Associates. L’e-marchand est déjà devenu le leader du secteur grâce à son service “expédié par Amazon” (FBA en anglais). L’an passé, cette activité a généré 172 milliards de revenus, tout en affichant des marges supérieures à celles de son cœur de métier.
Pour aller plus loin:
– Nouvelle vague de licenciements massifs chez Amazon
– Amazon comptera bientôt davantage de robots que d’employés dans ses entrepôts
Crédit photos: Intel – Unsplash /Solen Feyissa





