Un nouveau Siri dopé à l'IA... mais pas en Europe
Et aussi: Google loue les supercalculateurs de xAI
DERNIÈRE MINUTE: Comme annoncé fin mai, OpenAI a déposé lundi soir son dossier d’introduction en Bourse auprès des autorités américaines, ouvrant la voie à une opération en septembre. Le concepteur de ChatGPT riposte ainsi à Anthropic, avec lequel il est lancé dans une course de vitesse pour être le premier à acteur de l’IA à rejoindre Wall Street.
Après deux ans de retard, Apple dévoile une nouvelle version de Siri
Ne l’appelez plus Siri, mais Siri AI. Lundi soir, en ouverture de la WWDC, sa conférence annuelle pour les développeurs, Apple a dévoilé une nouvelle version de son assistant vocal, censée le faire (enfin) entrer dans l’ère de l’intelligence artificielle générative. Une démonstration sans éclats, loin des promesses faites il y a deux ans mais jamais concrétisées. “Siri est désormais un assistant beaucoup plus performant, qui vous aide à trouver ce dont vous avez besoin et à accomplir davantage de tâches”, assure Mike Rockwell, nommé l’an passé à la tête du projet, alors à la dérive.
Sans être révolutionnaire, ce nouveau Siri constitue néanmoins une étape importante pour Apple, questionné depuis deux ans sur sa capacité à s’adapter à l’essor de l’IA générative. L’assistant devrait être davantage mis en avant en septembre, lors de la présentation des prochains iPhone. Il n’est toutefois pas encore certain qu’il soit disponible dès leur sortie. Il pourrait n’être déployé que lors d’une mise à jour d’ici la fin de l’année. En revanche, Siri AI ne sera pas lancé immédiatement en Europe ni en Chine, en raison, selon Apple, des réglementations locales.
Convaincre les utilisateurs
Par rapport à son prédécesseur, pionnier des assistants vocaux, le nouveau Siri propose une véritable interface conversationnelle, popularisée par ChatGPT et les autres chatbots. Il repose principalement sur des modèles maison, dérivés de Gemini, l’IA de Google. L’assistant est capable de rechercher des informations pertinentes ou d’exécuter des actions directement dans d’autres applications, comme les messages ou les e-mails. Deux fonctionnalités qui semblent, pour l’heure, limitées aux services d’Apple. Il peut également analyser ce qui est affiché à l’écran.
Reste à savoir si les utilisateurs d’iPhone suivront. Après des débuts en fanfare, Siri est rapidement tombé en désuétude, une tendance encore renforcée par les progrès récents de l’IA. De nouveaux usages se sont installés, portés par des applications désormais ancrées dans le quotidien. Apple peut toutefois s’appuyer sur deux atouts majeurs. D’une part, Siri reste facilement accessible, par commande vocale ou via un bouton physique. D’autre part, son intégration au niveau du système d’exploitation doit lui permettre, sur le papier, d’offrir des fonctionnalités beaucoup plus avancées.
Pas encore un enjeu commercial
Annoncé en grande pompe il y a deux ans, la refonte de Siri est devenue le symbole du retard d’Apple dans l’IA. Son lancement a été repoussé à de nombreuses reprises, provoquant une réorganisation interne, marquée notamment par le départ du responsable de l’IA, John Giannandrea. Le groupe à la pomme a également été contraint d’opérer un virage stratégique majeur: en janvier, il s’est associé à Google pour gérer les tâches les plus complexes, plutôt que de s’appuyer sur des modèles entièrement développés en interne et capables de tourner en local, c’est-à dire sans connexion à Internet.
L’enjeu est avant tout symbolique: il s’agit davantage de redorer son image de marque que de répondre à une urgence commerciale. Pour l’heure, les fonctions d’IA ne constituent en effet pas un critère déterminant dans les décisions d’achat des consommateurs – les ventes d’iPhone sont d’ailleurs en progression. Mais la donne pourrait évoluer avec l’arrivée d’appareils spécifiquement conçus pour l’IA. Le groupe n’a donc pas renoncé à développer ses propres modèles, susceptibles de remplacer un jour Gemini, afin de contrôler à la fois le matériel et le logiciel de ces nouveaux terminaux.
Pour aller plus loin:
– Comment Apple a raté le virage de l’IA générative
– Pourquoi Apple ne souffre pas (encore ?) de son retard dans l’IA
Pourquoi le nouveau Siri ne sera pas lancé immédiatement en Europe
Bis repetita. Comme il y a deux ans, les utilisateurs européens d’iPhone n’auront pas immédiatement accès aux dernières fonctionnalités d’intelligence artificielle générative. Lundi, Apple a confirmé que le lancement de la refonte de Siri, baptisée Siri AI, serait repoussé sur le continent. Raison invoquée: le Digital Markets Act, une réglementation qui vise à renforcer la concurrence dans le numérique. “Les régulateurs européens n’ont accepté aucune de nos propositions”, explique le groupe de Cupertino, qui met en avant des risques liés à la sécurité et à la protection de la vie privée.
En 2024, Apple avait déjà reporté le déploiement d’Apple Intelligence, une première série d’outils d’IA permettant de rédiger un e-mail ou de retoucher une photo. Ceux-ci avaient finalement été lancés, sans modification majeure, quelques mois plus tard, en même temps que la disponibilité du service en français, allemand, espagnol ou encore italien, les principales langues du continent. Une coïncidence qui laissait penser davantage à une opération de communication destinée à prendre à témoin l’opinion publique européenne contre ce texte que la société n’a cessé de sévèrement critiquer.
“Interprétation extrême du DMA”
Contrairement à Apple Intelligence, qui ne semblait contrevenir à aucune disposition du DMA, Siri AI pourrait se heurter à une obligation de traitement équitable. Le texte pourrait en effet impliquer de donner les mêmes accès au système d’exploitation à ChatGPT ou Gemini, afin de ne pas conférer d’avantage concurrentiel à Siri. Pour justifier le report, Apple évoque une “interprétation extrême du DMA” par Bruxelles, qui “donnerait à tout assistant virtuel un accès direct aux données privées des utilisateurs – ainsi que la capacité de contrôler directement les autres applications”.
Selon la société américaine, des discussions avec la Commission européenne ont été menées ces derniers mois. Elle affirme avoir proposé une solution transitoire visant à limiter les risques qu’un service d’IA ne compromette la sécurité. Celle-ci reposait sur un système d’agents “de confiance”, qui aurait permis aux autres assistants de proposer de “manière sécurisée” les mêmes fonctionnalités que Siri. Une période transitoire de 18 mois aurait alors été mise en place pour déployer "progressivement" cette alternative. Mais Apple explique s’être heurté à un refus catégorique de Bruxelles.
500 millions d’euros d’amende
Ce nouvel épisode intervient dans un contexte particulièrement tendu. En septembre, le groupe à la pomme a réclamé l’abrogation du DMA, officiellement entrée en vigueur il y a deux ans. Il critique des règles dont l’interprétation évolue sans cesse. Il regrette de devoir partager “gratuitement” ses technologies avec ses rivaux. Et il affirme que ses utilisateurs sont exposés à des risques supplémentaires. En coulisses, Apple milite, aux côtés d’autres acteurs, pour que l’application de la législation ne relève plus de la Commission, mais d’un organisme indépendant jugé plus impartial.
Si la société se présente en grand défenseur de ses utilisateurs, elle cherche avant tout à préserver ses profits. Depuis le départ, elle n’a jamais cherché à respecter le DMA, mais simplement à s’engouffrer dans ses failles. Plusieurs procédures sont ainsi en cours. Apple a déjà été condamné à une amende de 500 millions d’euros sur le steering. Des sanctions plus lourdes pourraient lui être infligées pour ne pas avoir mis en œuvre les changements exigés par Bruxelles, en attendant une éventuelle condamnation pour la nouvelle structure de commissions imposée aux boutiques tierces d’applications.
Pour aller plus loin:
– Apple modifie ses pratiques en Europe… mais ne respecte toujours pas le DMA
– En conflit ouvert avec Bruxelles, Apple réclame l’abrogation du DMA
Après Anthropic, Google va aussi louer les supercalculateurs de xAI
Les deux supercalculateurs Colossus étaient censés permettre à xAI de rivaliser avec OpenAI. Mais face aux performances décevantes du chatbot Grok, les voilà désormais transformés en vache à lait pour SpaceX, qui a absorbé en février la start-up d’intelligence artificielle générative fondée par Elon Musk. La semaine dernière, en amont de sa prochaine introduction en Bourse, la société spatiale a ainsi officialisé un accord avec Google, lui donnant accès à quelque 110.000 cartes graphiques afin de faire face à une demande “plus forte que prévu” pour sa plateforme d’agents IA.
À partir d’octobre, le moteur de recherche versera 920 millions de dollars par mois, potentiellement jusqu’en juin 2029. En mai, SpaceX avait déjà annoncé un contrat similaire avec Anthropic, d’un montant mensuel de 1,25 milliard. Ces sommes vont permettre à l’entreprise de plus que doubler son chiffre d’affaires, tout en améliorant significativement ses performances opérationnelles – la ramenant potentiellement dans le vert. De quoi donner davantage de consistance à une valorisation espérée de 1.750 milliards, désormais justifiée par son positionnement d’acteur majeur de l’IA.
Loin derrière OpenAI et Anthropic
Si ces deux contrats représentent une aubaine financière, ils symbolisent aussi l’échec de xAI. Deux ans et demi après son lancement, la société dispose “d’une toute petite part de marché”, reconnaît Elon Musk. Grok plafonne à 117 millions d’utilisateurs mensuels, principalement via X, l’ex-Twitter. OpenAI revendique plus de 900 millions d’adeptes pour ChatGPT et Google plus de 750 millions pour Gemini. Le chatbot ne compte par ailleurs que 1,9 million d’abonnés à ses offres payantes, pour des revenus annualisés d’environ 270 millions. Très loin des 45 milliards affichés par Anthropic.
Pourtant, la société a investi plusieurs milliards de dollars pour bâtir ses deux supercalculateurs à Memphis. Des dépenses amorties sur plusieurs années, qui pourraient durablement peser sur les comptes de sa maison mère. L’an passé, xAI a en effet accusé une perte opérationnelle de 6,4 milliards de dollars. Pour rattraper son retard, Elon Musk souhaite notamment accélérer sur les outils de génération de code, nouveau champ de bataille du secteur. Début mai, un accord a été annoncé pour le futur rachat de Cursor, une start-up spécialisée dans le domaine, pour 60 milliards de dollars.
Pour aller plus loin:
– Lourdes pertes et faibles revenus, les chiffres implacables de xAI
– SpaceX va entrer en Bourse pour financer ses data centers spatiaux
Crédit photos: Apple – xAI




