Un nouveau patron pour Apple
Et aussi: L'improbable pivot d'Allbirds – Cerebras veut entrer en Bourse
John Ternus succède à Tim Cook à la tête d’Apple
John Ternus est l’un des hauts dirigeants les moins connus d’Apple. Pourtant, il sera bien le prochain directeur général. Lundi, après plusieurs mois de rumeurs, le groupe à la pomme a officialisé sa nomination à ce poste. Il remplacera ainsi Tim Cook, aux commandes depuis 2011, qui deviendra président exécutif du conseil d’administration. La passation de pouvoir sera effective le 1er septembre. Elle interviendra à un moment charnière: en retard dans l’intelligence artificielle générative, Apple doit prouver sa capacité à rester dans la course.
Arrivé à Cupertino en 2001, John Ternus est aujourd’hui responsable de l’ingénierie matérielle, chargé de la conception des iPhone, Mac et autres produits de la marque. Selon Bloomberg, il a vu ses responsabilités élargies fin 2025. Il supervise désormais l’ensemble du design, aussi bien matériel que logiciel. Un rôle stratégique, longtemps occupé par Jony Ive, puis par Jeff Williams, un temps présenté comme futur patron avant son départ à la retraite l’été dernier. John Ternus s’était depuis imposé comme le favori pour succéder à Tim Cook.
Manque d’innovation ?
Recruté en 1998 par Steve Jobs, tout juste revenu aux commandes d’Apple, Tim Cook n’est pas un profil technique. Ancien cadre d’IBM, il est avant tout un opérationnel. Il a notamment réorganisé la chaîne logistique en Chine, permettant de produire des dizaines, puis des centaines de millions d’appareils par an. Nommé à la tête des opérations en 2007, il a ensuite assuré à plusieurs reprises l’intérim en tant que directeur général, avant de prendre définitivement le poste à l’été 2011, succédant au fondateur du groupe, alors gravement malade et qui décédera deux mois plus tard.
Depuis quinze ans, le mandat de Tim Cook s’inscrit à l’ombre de Steve Jobs. Ses détracteurs lui reprochent un manque de vision, symbolisé par l’absence d’innovation dans les produits. Son pari le plus audacieux, le Vision Pro, a été un échec commercial. Avant cela, Apple avait aussi abandonné son projet de voiture électrique autonome. Mais le dirigeant a su maintenir la formidable croissance du groupe, notamment grâce à une offensive dans les services. Depuis 2011, le chiffre d’affaires et les profits ont été multipliés par quatre, tandis que la capitalisation boursière a été décuplée.
Le bilan de Tim Cook pourrait se jouer au cours des prochains mois. Parti en retard dans l’IA, l’entreprise a dû repousser le lancement du nouveau Siri, présenté en grande pompe en juin 2024. Début janvier, elle a officialisé un partenariat avec Google pour utiliser une version personnalisée de Gemini, le modèle d’IA conçu par le moteur de recherche. Si elle constitue un aveu d’échec, cette décision est aussi pragmatique: elle permet à Apple d’avancer en attendant de pouvoir développer ses propres modèles en interne. Encore retardée, la refonte de Siri est attendue cette année.
Penser à l’après-smartphone
John Ternus présente un profil totalement différent de Tim Cook. Ingénieur de formation, il a gravi tous les échelons au sein des équipes d’ingénierie matérielle. En 2020, il prend les commandes de la conception de l’iPhone, puis, l’année suivante, de l’ensemble du portefeuille de la marque. Moins médiatique que d’autres dirigeants, il occupait de plus en plus de place lors des keynotes d’Apple – en septembre, il avait, par exemple, présenté le nouvel iPhone Air. En lui confiant également la responsabilité du design, Tim Cook l'avait placé encore davantage au centre du jeu.
S’il figurait en pole position, John Ternus n’était pas le seul en lice. Les médiatiques Craig Federighi, responsable de l’ingénierie logicielle, et Eddy Cue, patron des services, faisaient aussi partie des candidats crédibles. Tout comme Greg Joswiak, qui supervise le marketing, et Deirdre O’Brien, à la tête des Apple Store. Selon Bloomberg, c’est toutefois le directeur des opérations Sabih Khan qui incarnait l’alternative la plus sérieuse. Pur produit maison, il a été nommé à ce poste l’été dernier. Une fonction qu’avaient occupée avant lui Tim Cook puis Jeff Williams.
Apple ne devait pas seulement trancher entre deux profils s’inscrivant dans une forme de continuité, mais aussi entre deux orientations stratégiques. D’un côté, une logique de croissance opérationnelle, incarnée par Sabih Khan, dans le sillage de Tim Cook. De l’autre, une orientation davantage tournée vers l’innovation technologique, portée par John Ternus. Le choix de l’entreprise a sans doute été guidé par la prochaine révolution qu’elle devra bientôt affronter: celle des terminaux eux-mêmes. Plusieurs acteurs, dont OpenAI, qui a recruté Jony Ive, travaillent déjà sur l’après-smartphone.
Pour aller plus loin:
– Pour lancer le nouveau Siri, Apple se tourne vers l’IA de Google
– Apple délaisse le Vision Pro pour miser sur les lunettes connectées
PARTENAIRE
Cinq cas concrets pour transformer l’IA en levier de performance
Trois ans après l’essor de ChatGPT, l’adoption de l’IA en entreprise reste très hétérogène. Si certains acteurs ont déjà franchi un cap, beaucoup peinent encore à identifier des cas d’usage concrets et à se projeter dans une IA intégrée à leur système d’information.
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L’improbable pivot vers l’IA de la marque de chaussures Allbirds
Si les historiens sont un jour amenés à se pencher sur l’éclatement de la bulle autour de l’intelligence artificielle générative, ils verront peut-être dans Allbirds l’un des symboles les plus frappants de l’euphorie irrationnelle qui s’était alors emparée des marchés financiers. La semaine dernière, la marque de chaussures écoresponsables a vu son action s’envoler de plus de 800 % – avant de reperdre une partie de ces gains – après avoir annoncé une reconversion aussi soudaine qu’inattendue: devenir une plateforme de cloud dédiée à l’entraînement et à l’inférence de modèles d’IA.
Le pivot d’Allbirds n’est pas le premier, mais il est de très loin le plus spectaculaire. Avant elle, d’autres entreprises ont bien annoncé un virage vers l’IA, ajoutant parfois “AI” à leur nom, dans l’espoir de doper un cours boursier à la dérive. Ces annonces relevaient toutefois davantage d’une promesse d’évolution de l’activité que d’un changement radical. De même, plusieurs sociétés initialement spécialisées dans le minage de cryptomonnaies ont bifurqué vers l’IA – à l’image de CoreWeave, devenu l’un des principaux néo-clouds. Mais les deux activités sont assez proches.
Financement de 50 millions de dollars
Fondée en 2015 en Nouvelle-Zélande, Allbirds s’est fait connaître pour ses baskets fabriquées avec des matières naturelles, comme la laine de mouton ou la canne à sucre. La marque a rapidement été adoubée par les investisseurs de la Silicon Valley, lui ouvrant les portes de Wall Street. Lors de son introduction en Bourse en 2021, sa capitalisation atteint quatre milliards de dollars. L’entreprise n’est pourtant pas rentable et prévient que ses ventes devront continuer à augmenter pour dégager des profits. Depuis, son chiffre d’affaires a chuté d’un tiers, tandis que la quasi-totalité de ses magasins ont fermé.
Fin mars, Allbirds a donc choisi de tourner la page des chaussures, officialisant un accord de cession de sa marque et de ses actifs pour seulement 39 millions de dollars. L’entreprise prévoit désormais de se renommer en NewBird AI. Et d’acheter des GPU pour répondre “à la demande sans précédent pour de la puissance de calcul spécialisée que le marché ne parvient pas à satisfaire”. Elle indique avoir sécurisé un financement de 50 millions de dollars pour mener cette transition. Une enveloppe modeste dans un secteur où les investissements se chiffrent généralement en milliards.
Pour aller plus loin:
– L’essor fragile des néo-clouds, entre croissance rapide et endettement massif
– Les géants de la tech accélèrent encore leurs investissements dans l’IA
Le fabricant de puces d’IA Cerebras relance son projet d’introduction en Bourse
Six mois après une première tentative avortée, Cerebras retente sa chance. La semaine dernière, le spécialiste américain des puces dédiées à l’intelligence artificielle générative a relancé son processus d’introduction en Bourse, qu’il avait dû abandonner en octobre faute d’avoir convaincu les investisseurs de Wall Street. Pour réussir là où il avait échoué, il mise sur une nette amélioration de ses résultats financiers, ainsi que sur un important contrat signé en janvier avec OpenAI. Selon Bloomberg, l’opération pourrait lui rapporter deux milliards de dollars.
Fondée en 2015, Cerebras a conçu une super puce d’IA intégrant 4.000 milliards de transistors, soit douze fois plus que les nouvelles cartes graphiques de Nvidia. La société revendique de meilleures performances sur l’inférence – le processus de génération de textes ou d’images. Un segment promis à une forte croissance, porté par le déploiement rapide des outils de génération de code et l’essor attendu de l’IA agentique. Le mois dernier, Nvidia a d’ailleurs dévoilé sa première puce spécialisée pour cet usage, dans le sillage de l’acquisition déguisée de Groq, ancien rival de Cerebras.
Valorisation très élevée
Pour capitaliser davantage sur cette dynamique, Cerebras ne se contente plus de vendre des puces. La société propose également sa propre plateforme de cloud, destinée à l’inférence comme à l’entraînement des modèles. Elle entre ainsi en concurrence avec les géants du secteur (Amazon, Microsoft et Google), mais aussi avec de nouveaux acteurs, les néo-clouds. OpenAI constitue le premier client d’envergure de cette offre. Le concepteur de ChatGPT prévoit de louer progressivement jusqu’à 750 MW de puissance de calcul d’ici à 2028, pour un montant estimé à 10 milliards de dollars.
Ce contrat doit soutenir la croissance de Cerebras. L'an passé, son chiffre d'affaires a atteint 510 millions de dollars, en hausse de 76% par rapport à 2024. Dans le même temps, ses pertes de 485 millions de dollars se sont transformées en bénéfice à 88 millions. Reste que la valorisation de l'entreprise pourrait être difficile à justifier. Celle-ci a grimpé à 23 milliards lors d'une levée de fonds en janvier, contre seulement 8 milliards après l'abandon du précédent projet d'introduction en Bourse. D’autant que l’activité de l’entreprise demeure concentrée sur seulement trois clients.
Pour aller plus loin:
– Nvidia opère un virage stratégique avec sa première puce dédiée à l’inférence
– Ces start-up qui rêvent de rivaliser avec Nvidia dans l’IA
Crédit photos: Apple – Allbirds





