Quand OpenAI demande l'aide de... Bruxelles
Et aussi: Du football sur Netflix ? – Une nouvelle ministre pour le numérique
OpenAI demande l’aide de Bruxelles pour garantir une concurrence équitable
Quand il ne s’en prend pas à Bruxelles, qu’il accuse de trop encadrer l’intelligence artificielle générative, Sam Altman lui demande de l’aide. Fin septembre, des responsables d’OpenAI ont rencontré des représentants de la Commission européenne. Ils ont souligné “la nécessité d’une vigilance continue et d’une réaction rapide des régulateurs” afin de garantir une concurrence équitable face à des “groupes solidement installés”, qui pourraient profiter de leur position dominante.
Le concepteur de ChatGPT redoute notamment que des internautes ne soient “enfermés” dans l’écosystème de ces grandes entreprises, selon des notes succinctes rendues publiques par la Commission. Il pointe en particulier le marché du cloud, dominé notamment par Microsoft et Google, et essentiel à l’entraînement et au fonctionnement des modèles d’IA. Ou encore celui des applications mobiles, toujours largement verrouillé par Apple et Google, malgré l’entrée en vigueur du DMA.
“Erreurs des années 2000”
La rencontre avec Bruxelles ne constitue pas encore une plainte formelle. Selon OpenAI, elle s’inscrit simplement dans le prolongement des propositions formulées en août après la condamnation de Google pour abus de position dominante dans la recherche en ligne. La société avertit qu’il ne faut pas “répéter les erreurs des années 2000″, afin que les États-Unis ne comptent pas qu’un seul champion de l’IA, mais une multitude d’acteurs engagés dans une “concurrence acharnée”.
OpenAI recommande d’interdire les accords de distribution, en particulier ceux qui permettraient à Google d’imposer l’installation par défaut de son chatbot Gemini, l’un des principaux rivaux de ChatGPT, sur les smartphones Android. Elle plaide également pour un partage des données collectées par les groupes historiques via leurs autres services. Et milite enfin pour une mise en place généralisée d’API (interfaces de programmation) par ces mêmes entreprises.
Changement d’attitude
Le constat alarmiste d’OpenAI peut faire sourire, tant la start-up domine le marché de l’IA générative. ChatGPT attire désormais plus de 800 millions d’utilisateurs chaque semaine. Son chiffre d’affaires continue de croître rapidement: en juillet, il a dépassé la barre du milliard de dollars mensuels. La start-up vient aussi de conclure des partenariats avec Nvidia et Oracle, se chiffrant en centaines de milliards de dollars, pour consolider ses positions à long terme.
La rencontre avec des responsables européens témoigne d’un changement d’attitude d’OpenAI vis-à-vis de Bruxelles. L’entreprise partait de loin: il y a deux ans, Sam Altman avait provoqué un tollé en menaçant de quitter le continent si une réglementation trop stricte sur l’IA était adoptée – avant de rétropédaler dès le lendemain, assurant que ses propos avaient été mal compris. Depuis, OpenAI a renforcé ses équipes dédiées aux affaires publiques sur le continent.
Code de bonnes pratiques
OpenAI s’est également longtemps opposé à l’AI Act, le premier projet européen d’encadrement de l’IA générative, adopté en mars 2024 après de longues négociations, et accusé par Sam Altman de “surréglementer” le secteur au détriment de l’innovation. Cet été, l’entreprise a pourtant signé sans rechigner le code de bonnes pratiques établi par la Commission européenne – à la différence de Meta, la maison mère de Facebook et Instagram.
Parallèlement, OpenAI a publié la semaine dernière vingt propositions pour “accélérer le déploiement de l’IA en Europe”, en phase avec les objectifs de Bruxelles, qui cherche à réduire le retard d’adoption au sein des entreprises par rapport aux États-Unis. La start-up propose notamment des crédits d’impôts pour encourager la formation des employés ou encore une période de grâce d’un an pour les nouveaux services d’IA avant qu’ils ne soient soumis à la réglementation.
Pour aller plus loin:
– OpenAI signe avec Oracle un contrat à 300 milliards de dollars
– Pourquoi OpenAI recrute la Française Fidji Simo pour épauler Sam Altman
Pourquoi Netflix s’intéresse aux droits de la Ligue des champions
La Ligue des champions de football bientôt sur Netflix ? Impensable il y a encore deux ans, ce scénario semble désormais prendre forme. Selon le Times de Londres, le géant américain devrait en effet participer à l’appel d’offres, officiellement lancé ce lundi, pour les droits de diffusion de la plus prestigieuse compétition européenne. Il ciblerait plus particulièrement un lot conçu sur mesure pour les grandes plateformes de streaming.
Pendant longtemps, Netflix s’est tenu à l’écart de la surenchère autour des droits sportifs. “Nous ne sommes pas contre le sport, nous sommes simplement en faveur des profits”, expliquait, fin 2022, Ted Sarandos, son codirecteur général. À la place, le groupe a préféré concentrer ses efforts sur la production de séries documentaires dévoilant les coulisses des compétitions, dans le sillage du succès de Drive To Survive, consacré au championnat de Formule 1.
Du catch et du football américain
Ses principaux rivaux ont adopté la stratégie inverse. Depuis 2017, Amazon a mis la main sur de nombreux droits sportifs. Apple, Paramount et plus récemment Disney ont emprunté la même voie. Pour ces plateformes, le sport doit représenter un argument de vente pour s’imposer sur un marché toujours plus concurrentiel. Netflix a privilégié deux autres relais de croissance: la lutte contre le partage de compte et une offre avec publicités. Une stratégie qui a porté ses fruits.
L’an passé, la société de Los Gatos a commencé à infléchir sa position. Elle a d’abord signé un partenariat avec la WWE pour retransmettre pendant dix ans des combats de catch, discipline à la frontière entre sport et divertissement. Puis, elle a noué un accord avec la NFL, le puissant championnat de football américain, portant sur quatre à six matchs jusqu’en 2026. C’était la première fois que Netflix achetait les droits d’une compétition sportive officielle.
Droits mondiaux
Pour séduire les acteurs de streaming, dont Netflix, l’UEFA a rompu avec ses habitudes. Conseillée par une agence américaine, l’instance européenne ne va pas se contenter de vendre les droits pays par pays: elle proposera également les droits mondiaux d’une affiche par semaine de compétition. Cette stratégie, inspirée des ligues américaines, correspond aux attentes des plateformes, qui souhaitent rentabiliser leurs investissements auprès de l’ensemble de leurs abonnés.
De même, le nombre restreint de rencontres constitue un atout. Les services de streaming n’ont pas vocation à retransmettre l’intégralité d’une compétition: quelques grosses affiches suffisent pour enrichir leur offre, aux côtés des films et séries qu’ils proposent déjà. Diffuser davantage de rencontres ne garantirait pas nécessairement un gain d’abonnés suffisant pour rentabiliser des droits que l’UEFA espère valoriser à hauteur de cinq milliards d’euros par saison.
“Événements incontournables”
Les dirigeants de Netflix ont toujours affirmé que la diffusion de sport en direct devait être rentable. Ils préfèrent ainsi se concentrer sur des “événements incontournables”, capables de rassembler une large audience. Car leur objectif est différent des diffuseurs traditionnels, à l’image de Canal+ qui paie cher pour l’intégralité des compétitions européennes. La société ne cherche pas tant à attirer de nouveaux clients, mais surtout à accroître son inventaire publicitaire.
Avec un match de Ligue des champions, Netflix disposerait d’un événement pouvant être monétisé partout dans le monde, contrairement à la NFL. Les abonnés aux offres les plus onéreuses n’échapperont pas aux coupures publicitaires. Le coût d’acquisition, lui, devrait rester raisonnable: la plateforme paie 75 millions de dollars par rencontre de NFL, moins que le budget de certains films qu’elle finance. Un investissement qu’elle aurait amorti lors des premières diffusions.
Pour aller plus loin:
– Pourquoi Netflix s’allie avec Amazon dans la publicité
– En s’associant à TF1, Netflix amorce un tournant stratégique
Encore une nouvelle ministre pour le numérique
Naïma Moutchou n’aura occupé le poste de ministre de l’intelligence artificielle et du numérique qu’une semaine. Dimanche, elle a été remplacée par la députée Anne Le Henanff au sein du deuxième gouvernement de Sébastien Lecornu. L’élue faisait notamment partie d’un groupe d’études de l’Assemblée nationale dédié à l’économie, la sécurité et la souveraineté numériques. Contrairement à Naïma Moutchou, elle ne sera pas ministre en plein exercice, mais seulement ministre déléguée, rattachée au ministre de l’Économie, à l’instar de Clara Chappaz jusqu’en septembre dernier.
Pour aller plus loin:
– Levées de fonds, incertitudes politiques… Le jour sans fin de la French Tech
– Julie Huguet: “Les start-up n’attendent pas des conditions parfaites pour innover”
Crédit photos: OpenAI – Unsplash / Janosch Diggelmann – Compte Facebook d’Anne Le Henanff





