La Chine bannit Nvidia
Et aussi: Nvidia investit dans Intel – Nomination polémique à la Cnil irlandaise
Pourquoi la Chine ne veut plus acheter les puces dédiées à l'IA de Nvidia
Difficile de n’y voir qu’une simple coïncidence. Jeudi dernier, après deux années de silence, Huawei a enfin reconnu l’existence des nouvelles puces Ascend, dédiées à l’intelligence artificielle générative. Et dévoilé sa feuille de route, promettant de doubler leur puissance chaque année. Ces annonces interviennent seulement quelques jours après que Pékin a ordonné aux entreprises chinoises de ne plus utiliser les cartes graphiques de Nvidia, jusqu’ici considérées comme indispensables pour entraîner et faire tourner des modèles d’IA. Derrière cette interdiction, justifiée par des raisons de sécurité, se cache la volonté de favoriser les alternatives conçues par Huawei, Alibaba ou Baidu, désormais jugées suffisamment performantes pour prendre le relais. “La concurrence est indéniablement présente et ne cesse de s’intensifier”, reconnaît le groupe américain.
Retournement – La décision de Pékin représente un incroyable retournement de situation. Dans cette bataille géopolitique, les États-Unis pensaient avoir toutes les cartes en main: au gré de nouvelles restrictions et de licences d’exportation, ils décidaient quelles puces d’IA pouvaient être vendues aux entreprises chinoises. C’est désormais la Chine qui refuse de les acheter. Et Washington qui s’offusque de ne plus avoir accès à ce gigantesque marché… Nvidia a pourtant tout fait pour éviter ce scénario. La société de Santa Clara a lancé de nouveaux GPU respectant les seuils de puissance régulièrement abaissés par l’administration américaine. À force de lobbying auprès de la Maison Blanche, elle a obtenu aussi cet été le feu vert pour reprendre une partie de ses exportations, en contrepartie d’un prélèvement de 15% sur ses ventes en Chine. En vain.
Au niveau de Nvidia ? – En août, la puissante administration chinoise du cyberespace a d’abord interdit la commercialisation des H20. La semaine dernière, elle a étendu cette mesure aux nouvelles puces RTX Pro 6000D, à peine lancées par Nvidia. Ce changement d’attitude s’explique probablement par les progrès récents réalisés par les acteurs locaux. D’abord limitées, les alternatives sont désormais au niveau des GPU bridés vendus en Chine par le géant américain. Selon les médias chinois, le dernier accélérateur d’Alibaba présenterait ainsi des performances équivalentes au H20. Le géant du commerce en ligne vient d’ailleurs de décrocher un premier contrat d’envergure avec l’opérateur mobile Unicom. Les prochains GPU et supercalculateurs – comprenant jusqu’à un million de puces – promis la semaine dernière par Huawei devraient aller encore plus loin.
Encore des défis – Sur le plan industriel, les progrès sont également importants. Selon le cabinet SemiAnalysis, Huawei pourrait livrer 800.000 puces Ascend cette année. Si l’essentiel de cette production repose encore sur des composants obtenus illicitement auprès du taïwanais TSMC, le fondeur chinois SMIC devrait être en mesure de prendre le relais une fois les stocks constitués par Huawei épuisés. L’avenir reste néanmoins plus incertain. D’une part, parce que SMIC n’a pas accès aux machines de lithographie les plus avancées d’ASML, indispensables pour les gravures les plus fines. D’autre part, parce que les groupes chinois ne disposent pas des dernières puces mémoire HBM, essentielles pour les GPU de pointe. Huawei tente de combler ces manques, qui l’empêchent encore de rivaliser avec les meilleurs processeurs occidentaux. Mais la route reste longue.
Pour aller plus loin:
– Pourquoi Huawei minimise ses progrès dans les puces d’IA
– Nvidia attend toujours le feu vert pour relancer ses livraisons en Chine
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Nvidia investit cinq milliards de dollars dans Intel
Après l’État américain, Intel compte un nouvel actionnaire d’envergure. La semaine dernière, Nvidia a officialisé un investissement de cinq milliards de dollars dans l’ancien leader des semi-conducteurs, aujourd’hui en grandes difficultés financières. Cela représente environ 4% du capital. Au-delà de l’injection bienvenue de liquidités, cette prise de participation s’accompagne surtout d’un double partenariat stratégique. D’une part, Intel va associer les cartes graphiques de son nouvel associé avec ses processeurs destinés aux “PC IA”, dans l’espoir de prendre le dessus sur AMD, Qualcomm ou encore le taïwanais MediaTek. D’autre part, Nvidia va coupler les CPU de son partenaire avec certaines de ses puces dédiées à l’IA générative. Le groupe précise cependant qu’il n’abandonne pas la production de ses propres CPU Grace, basés sur l’architecture Arm.
Un peu de répit – Fin août, Intel a déjà accepté de céder 10% de son capital au gouvernement américain. En retour, le groupe de Santa Clara a sécurisé plusieurs milliards de dollars d’aides publiques, déjà accordées dans le cadre du Chips Act, mais remises en cause par l’administration Trump. Quelques jours plus tôt, il avait également reçu deux milliards de dollars de la part du conglomérat japonais Softbank. Ces sommes offrent un peu de répit à Lip-Bu Tan, le directeur général arrivé aux commandes en mars pour tenter de relancer l’entreprise, aussi bien sur le plan financier que technologique. Depuis, il a cédé plusieurs actifs. Mais sa feuille de route tarde à se préciser. Cet été, il a même laissé planer le doute sur l’avenir de l’activité de fonderie, c’est-à-dire la production des puces maison et celles de clients, comme Microsoft et Amazon.
Pour aller plus loin:
– Le nouveau patron d’Intel n’envisage pas de big bang
– Intel contraint de céder 10% de son capital à l’État américain
La Cnil irlandaise nomme à sa direction une ancienne lobbyiste de Meta
C’est une nomination qui ne va pas améliorer l’image de la Cnil irlandaise. La semaine dernière, la Data Protection Commission (DPC) a nommé Niamh Sweeney à l’un de ses trois postes de commissaires. Sa particularité: être une ancienne lobbyiste de Meta en Europe. Au sein de l’agence de protection des données, elle sera donc chargée de surveiller son ancien employeur, sanctionné à plusieurs reprises pour ne pas avoir respecté le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Dans le cadre du guichet unique européen, la DPC est en effet le régulateur de la maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp – dont le siège continental est installé en Irlande. Elle a régulièrement été accusée ces dernières années de ne pas sévir assez fort contre Meta. À plusieurs reprises, elle a même été déjugée par le Comité européen sur la protection des données, qui regroupe les autres Cnils du continent. Niamh Sweeney devra notamment arbitrer un dossier sensible: l’abonnement payant lancé par Meta pour éviter de demander le consentement de ses utilisateurs. “Au moins, [cette nomination] apporte un peu d’honnêteté à la situation que nous avons observée ces quinze dernières années”, ironise l’activiste Max Schrems, à l’origine de nombreuses procédures contre la société américaine.
Pour aller plus loin:
– Face au RGPD, Meta va proposer des publicités “moins personnalisées”
– Comment l’IA générative teste les limites du RGPD
Crédit photos: Nvidia – Intel




