Pourquoi ChatGPT casse ses prix en Europe
Et aussi: Meta repousse le lancement de ses lunettes en Europe – La Chine enquête sur le rachat de Manus
Pourquoi ChatGPT lance une offre à prix réduit en Europe
L’offre semblait réservée aux marchés émergents. La voilà désormais disponible en Europe. Fin décembre, OpenAI a déployé en toute discrétion son abonnement payant à prix réduit pour ChatGPT dans presque tous les pays du continent. Baptisé Go, celui-ci coûte huit euros par mois, soit trois fois moins que la formule Plus, vendue 23 euros. Objectif du géant de l’intelligence artificielle générative: accroître sa monétisation en convertissant une part plus importante de sa gigantesque base d’utilisateurs gratuits en abonnés payants.
Limites d’utilisation plus élevées
Initialement testé en Inde, puis lancé dans plusieurs pays asiatiques, l’abonnement est maintenant accessible dans plus de 150 pays. Il n’est en revanche pas proposé sur les principaux marchés anglo-saxons, à commencer par les États-Unis. Par rapport à l’offre gratuite, il propose des limites d’utilisation plus élevées de GPT‑5, la dernière version du grand modèle de langage qui alimente le chatbot. Il permet aussi de générer davantage d’images, d’utiliser des GPT personnalisés et de bénéficier d’une mémoire étendue des conversations, évitant ainsi de repartir de zéro à chaque session.
Certaines fonctionnalités restent réservées à l'offre Plus, comme la création de courtes vidéos avec le modèle Sora ou la conception de GPT personnalisés. C'est également le cas du mode "agent", qui permet à ChatGPT d’exécuter des tâches de manière autonome. Cet abonnement se distingue également par des limites d’utilisation plus généreuses et des capacités de raisonnement étendues. Enfin, il donne accès à des outils destinés aux développeurs, qui permettent de générer ou de corriger du code, ainsi que de concevoir des applications.
Faible taux de conversion
Avec Go, OpenAI espère proposer une alternative payante aux utilisateurs gratuits dont l’usage ne justifie pas de dépenser 23 euros par mois. Sur le papier, le potentiel est immense: seulement 5% des 800 millions d’adeptes de ChatGPT ont souscrit à un abonnement. Mais ce taux de conversion relativement faible ne s’explique pas uniquement par un prix jusqu’ici élevé. Il tient aussi au fait que l’immense majorité des utilisateurs se contente de la version gratuite, qui ne cesse de s’améliorer sous l’effet de la concurrence, notamment celle de Gemini, le chatbot de Google.
L’enjeu est double pour OpenAI. D’une part, les utilisateurs gratuits ne génèrent aucun chiffre d’affaires, en l’absence d’autre levier de monétisation comme la publicité – dont l’arrivée, annoncée comme imminente, vient d’être reportée afin de concentrer les efforts sur l’amélioration de ChatGPT, mis à mal par le lancement mi-novembre de la troisième version de Gemini. D’autre part, ils occasionnent d’importants coûts d’inférence, liés au processus de génération de texte. Autrement dit, plus le chatbot est populaire auprès du grand public, plus il creuse les pertes d’OpenAI.
Risque de cannibalisation ?
Pendant longtemps, Sam Altman a revendiqué ce modèle. “Les plus riches paient pour offrir un accès gratuit aux plus pauvres”, résumait le patron de l’entreprise. Mais celui-ci apparaît désormais difficilement tenable, tant les pertes atteignent des niveaux record: près de 20 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de l’an dernier. En parallèle, OpenAI s’est engagé dans des plans d’investissement massifs pour accroître sa puissance de calcul, ce qui nécessite d’augmenter considérablement ses recettes. Plusieurs pistes de monétisation de l’audience gratuite sont ainsi à l’étude.
La nouvelle stratégie d’OpenAI a depuis été reprise par Google. En septembre, le moteur de recherche a également lancé un abonnement à bas prix, appelé AI Plus. D’abord testé en Asie, il est désormais disponible dans 130 pays, dont la France, où il est lui aussi commercialisé à huit euros par mois. Cette stratégie présente toutefois un risque non négligeable de cannibalisation: une partie des clients des offres les plus onéreuses pourraient opter pour ces nouvelles formules, se contentant de fonctionnalités moins poussées tout en divisant leur facture mensuelle par trois.
Pour aller plus loin:
– Trois ans après le lancement de ChatGPT, l’heure des doutes pour OpenAI
– OpenAI affiche des pertes record de 12 milliards de dollars en trois mois
Meta reporte le lancement européen de ses lunettes équipées d’un écran
Cette fois, la réglementation européenne n’est pas en cause. Mardi, Meta a annoncé le report du lancement sur le continent des Meta Ray-Ban Display, son premier modèle de lunettes connectées intégrant un petit écran dans le verre droit. Commercialisées depuis l’automne aux États-Unis, celles-ci devaient être vendues début 2026 en France, au Royaume-Uni et en Italie. La maison mère de Facebook et d’Instagram justifie ce délai par un niveau de demande “sans précédent”, qui allonge la liste d’attente de plusieurs mois, et par des stocks “limités”.
Capacités de production
“Dès que nous produisons des exemplaires, nous les mettons en vente et ils sont immédiatement en rupture de stock”, assure Andrew Bosworth. Le directeur technologique de Meta reconnaît que la demande est “bien supérieure” à ce que l’entreprise avait anticipé. Les montures capitalisent sur le succès inattendu des premiers modèles issus du partenariat avec la célèbre marque de lunettes, notamment depuis l’intégration de fonctionnalités d’intelligence artificielle. Elles profitent aussi d’un prix, fixé à 800 dollars, relativement abordable par rapport aux lunettes sans écran.
Le report du lancement européen soulève également des questions sur les capacités de production d’EssilorLuxottica, propriétaire de Ray-Ban. Comme pour tout nouveau produit, la montée en cadence peut prendre du temps, en particulier pour les verres sur lesquels s’affichent des informations. Trois mois après le lancement, la distribution demeure ainsi extrêmement limitée aux États-Unis, tant en nombre de points de vente, essentiellement des boutiques Ray-Ban, qu’en quantités disponibles. Initialement, les dirigeants de Meta prévoyaient d’écouler 100.000 paires d’ici à la fin de l’année.
Pour aller plus loin:
– Meta dévoile ses premières lunettes équipées d’un écran
– Grâce à l’IA, les lunettes connectées deviennent tendance
Pourquoi la Chine enquête sur le rachat de la start-up Manus par Meta
Un premier obstacle pourrait se dresser devant le rachat de Manus par Meta. Selon plusieurs médias, les autorités chinoises ont ouvert une enquête sur cette opération annoncée fin décembre. Elles cherchent à déterminer si la start-up, spécialisée dans les agents d’intelligence artificielle et initialement fondée en Chine, n’a pas enfreint les restrictions sur les exportations technologiques imposées par Pékin lors de son déménagement à Singapour, au début de l’été dernier. À ce stade, cependant, leur marge de manœuvre pour remettre en cause l’acquisition reste incertaine.
Un précédent à empêcher ?
Manus a fait sensation début 2025 en dévoilant la première plateforme opérationnelle d’agents IA. À l’époque déjà, sa maison mère, baptisée Butterfly Effect, cherchait à prendre ses distances avec ses racines, communiquant en anglais et se présentant comme un groupe singapourien. Elle était toutefois toujours contrôlée par une entité juridique chinoise. Et une grande partie de ses équipes était encore basée dans le pays. Cette stratégie de communication poursuivait un double objectif: conquérir les marchés occidentaux et attirer des fonds d’investissement américains.
Sa relocalisation à Singapour n’avait pas, dans un premier temps, attiré l’attention de Pékin, notamment parce que Manus ne conçoit pas ses propres modèles de langage – la start-up s’appuie sur ceux d’Anthropic et d’Alibaba. Son système, capable de découper une requête en plusieurs tâches réparties entre différentes IA spécialisées, n’avait alors pas été considéré comme une technologie stratégique, soumise à des contrôles renforcés. Mais son rachat par Meta pourrait créer un précédent et inciter d’autres start-up à déménager hors de Chine – un scénario que les autorités pourraient chercher à éviter.
Pour aller plus loin:
– Meta rachète la start-up Manus pour accélérer dans l’IA générative
– Malgré des milliards investis dans l’IA, Meta navigue toujours à vue
Crédit photos: OpenAI – Meta




