Mistral, dernier espoir européen dans l'IA
Et aussi: ASML dans le capital de Mistral AI – Apple lance un iPhone ultra-fin
Avec sa dernière levée de fonds, Mistral AI pulvérise les records de la French Tech
Ce n’était qu’une question de temps. Surfant toujours sur la vague de l’intelligence artificielle générative, Mistral AI a pulvérisé mardi deux records de la French Tech. Non seulement la start-up a bouclé une levée de fonds de 1,7 milliard d’euros, mais elle est aussi la première à dépasser la barre symbolique des dix milliards de valorisation, à 11,7 milliards. Avec cette opération, Mistral promet de “continuer à repousser les frontières de l’IA”, se dotant de moyens financiers pour accroître sa puissance de calcul dans la course vers la “superintelligence”. L’entreprise reste encore très loin de la force de frappe des géants américains. Mais son objectif n’est pas de rivaliser directement avec eux, mais plutôt d’offrir des modèles suffisamment compétitifs pour représenter une alternative crédible aux entreprises et administrations européennes.
ASML dans le capital – Annoncée depuis des mois, cette levée de fonds a réservé deux surprises de dernière minute. Son montant a été supérieur au milliard de dollars d’abord recherchés. Et surtout, le principal investisseur n’est pas celui attendu. Longtemps, Mistral a été en discussion avancée avec MGX, le fonds souverain des Émirats arabes unis aux moyens financiers colossaux, avec lequel la start-up prévoit déjà d’ouvrir un gigantesque campus d’IA près de Paris. Mais c’est finalement ASML qui a été choisi. Le géant néerlandais des machines de lithographie, indispensables pour graver les puces les plus avancées, va apporter 1,3 milliard d’euros, devenant ainsi le premier actionnaire de Mistral. Cette solution européenne permet à la société de répondre aux critiques sur la composition de son capital, en partie détenu par des fonds américains.
300 millions de recettes – Sur un secteur particulièrement gourmand en capitaux, Mistral ne s’affirme pas seulement comme le leader européen: elle est désormais la seule spécialiste du continent capable de peser sur le marché des grands modèles de langage. Elle revendique un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros en rythme annualisé, soit environ dix fois plus que fin 2024 – à comparer avec les 12 milliards de dollars d’OpenAI et les 5 milliards d’Anthropic. Face à ces géants, Mistral joue pleinement la carte de la souveraineté numérique, devenue à la fois un enjeu politique et un levier de communication. Les grandes entreprises françaises se pressent à ses côtés: BNP Paribas, TotalEnergies, Orange ou encore CMA CGM font partie de ses clients. Pour les séduire, la start-up déploie parfois ses propres ingénieurs directement au sein de leurs équipes.
Plateforme de cloud – Mistral souhaite aussi profiter de sa position pour s’attaquer au marché du cloud computing, dominé par Amazon, Microsoft et Google. Début 2026, elle prévoit de lancer sa propre plateforme. Baptisée Compute, celle-ci sera couplée à une couche logicielle pour développer et déployer rapidement des services d’IA. Les administrations et les entreprises du continent “ont besoin d’une solution européenne”, assure Arthur Mensch, son patron. Pour crédibiliser cet ambitieux projet, dont le coût dépassera facilement le milliard d’euros, la start-up insiste sur ses liens avec Nvidia, qu’elle présente comme un partenaire. Dans les faits, le rôle du géant américain pourrait se limiter à la fourniture de 18.000 super puces GB200, le GPU le plus puissant de sa gamme dédiée à l’IA. Une telle capacité de calcul serait inégalée pour un acteur européen.
Pour aller plus loin:
– Avec son cloud, Mistral veut proposer une alternative aux géants américains
– Le jeu trouble Cédric O, l’ex-ministre devenu lobbyiste de Mistral AI
Pourquoi ASML investit dans Mistral AI
Christophe Fouquet l’assure. L’investissement de 1,3 milliard d’euros d’ASML dans Mistral AI n’est pas à analyser sous le prisme de la souveraineté européenne. “L’objectif est de générer des bénéfices clairs pour nos clients grâce à des solutions rendues possibles par l’IA”, explique le patron français du groupe néerlandais. Peu connu du grand public, celui-ci joue un rôle crucial dans le développement de l’intelligence artificielle générative: il est le seul à maîtriser la technique de lithographie par rayonnement ultraviolet extrême, indispensable pour graver les puces les plus avancées – dont les dernières générations de cartes graphiques utilisées pour entraîner et faire tourner les modèles d’IA. ASML souhaite utiliser l’IA pour analyser d’immenses quantités de données récoltées par ses machines pour détecter des erreurs ou des contaminations. Et ainsi augmenter le taux de rendement, un enjeu crucial pour les fabricants de puces. Le groupe de Veldhoven n’avait jusqu’à présent jamais investi dans une start-up spécialisée dans le domaine. Christophe Fouquet explique qu’un partenariat stratégique, “allant bien au-delà d’une relation fournisseur-client”, est la meilleure solution pour profiter pleinement des avancées technologiques.
Pour aller plus loin:
– Malgré l’euphorie autour de l’IA, ASML reconnaît avoir été trop optimiste
– ASML lance une machine à 350 millions pour les prochaines générations de puces
Apple lance son premier smartphone ultra-fin
Pas de nouveau Siri, mais un smartphone ultra-fin. Mardi, au cours de sa traditionnelle keynote de rentrée, Apple a présenté ses nouveaux iPhone 17, qui seront commercialisés dans dix jours. Comme pressenti, la marque à la pomme a dévoilé un modèle “Air”, reprenant la dénomination utilisée avec les Mac. L’appareil se distingue par son épaisseur: seulement 5,6 millimètres, soit trois de moins que les modèles Pro. C’est aussi plus fin que les 5,8 millimètres du Galaxy S25 Edge lancé fin mai par Samsung, pionnier sur ce nouveau segment du marché. Comme son rival sud-coréen, le groupe de Cupertino espère créer un effet waouh, alors que ses clients gardent leur iPhone de plus longtemps, faute d’innovations et de changements majeurs depuis plusieurs années. Le smartphone présente cependant deux compromis importants: une batterie plus petite, laissant redouter une autonomie inférieure, un seul capteur photo à l’arrière et un seul haut-parleur. Et il affiche un prix élevé: à partir de 999 dollars aux États-Unis et 1.229 euros en Europe. Poursuivant dans cette voie, Apple devrait également lancer un appareil pliable l’an prochain, selon les informations de Bloomberg, suivant là aussi l’exemple de Samsung.
Pour aller plus loin:
– Samsung lance la mode des smartphones ultra-fin
– En attendant des progrès, Apple fait profil bas sur l’IA
Crédit photos: Vivatech – Apple



