L’irréalisable projet d’Elon Musk
Et aussi: L'Europe dévoile le statut "EU Inc."
Terafab, le projet (irréalisable ?) d’Elon Musk pour produire ses propres puces dédiées à l’IA
Elon Musk ne parle plus en gigawatts, devenus l’unité de référence pour mesurer la puissance informatique dédiée aux modèles d’intelligence artificielle générative. Le patron de Tesla raisonne désormais en térawatt, soit mille gigawatts. Samedi, il a dévoilé Terafab, un projet d’usine géante devant produire des puces pour ses voitures autonomes, ses robots et les data centers qu’il envisage, à terme, de déployer dans l’espace. Son objectif: atteindre une capacité d’un térawatt par an. Un chiffre hors norme, qui représente cinquante fois la production mondiale actuelle.
“Soit nous construisons la Terafab, soit nous n’avons pas les puces” dont nous avons besoin, justifie Elon Musk. Le milliardaire, coutumier des annonces spectaculaires qui ne se concrétisent pas, ne s’est pas engagé sur une date de mise en service, ni précisé le coût et le financement. Il a simplement indiqué que le site sera construit à Austin, à côté de la Gigafactory de Tesla, où sont assemblées ses voitures électriques et, à terme, ses robots humanoïdes Optimus. Le projet associera le constructeur à SpaceX – et, par extension, à xAI, qui a récemment fusionné avec le groupe spatial.
Projet démesuré…
Sur le papier, la Terafab paraît à la fois démesurée et irréalisable. Démesurée, d’abord, par le rythme de production annoncé. À titre de comparaison, le projet Stargate, présenté début 2025 par OpenAI mais depuis mis en suspens, visait à déployer 10 GW de puissance sur plusieurs années pour accompagner la demande croissante en IA. Une ambition déjà colossale, mais cent fois inférieure à la capacité annuelle que souhaite fabriquer Elon Musk avec son usine. Autre ordre de grandeur: un térawatt correspond quasiment à l’ensemble de l’électricité produite chaque année aux États-Unis.
Le milliardaire souhaite fabriquer deux types de puces. Les premières seront destinées aux voitures de Tesla, notamment le futur robot-taxi Cybercab, et surtout aux robots humanoïdes, pour lesquels il anticipe une demande gigantesque. Il cible d’abord les usines, où l’automatisation constitue un enjeu économique majeur, avant de viser le grand public, imaginant que les robots réaliseront les tâches domestiques. Ses ambitions ne cessent de croître. Après avoir évoqué 100 millions de ventes par an, il estime désormais la demande potentielle à plus d’un milliard d’unités.
La deuxième catégorie de puces, devant représenter l’essentiel de la production, sera dédiée aux futurs data centers spatiaux conçus pour entraîner et faire tourner des modèles d’IA. “C’est le seul moyen de passer à l’échelle”, estime Elon Musk, invoquant les limites terrestres de la production d’électricité. SpaceX a sollicité auprès des autorités américaines l’autorisation de déployer jusqu’à un million de satellites en orbite basse. À titre de comparaison, l’entreprise n’a, à ce stade, obtenu le droit de lancer que 27.000 appareils pour Starlink, sa constellation d’accès à Internet haut débit.
… et irréalisable ?
Au-delà de sa démesure, le projet Terafab paraît aussi irréalisable. Si Elon Musk assure vouloir s’appuyer sur les ingénieurs de Tesla et de SpaceX, ces équipes n’ont aucune expérience dans la production de semi-conducteurs. En plus de la conception d’une puce, qui exige des années d’expertise, le défi industriel est colossal. L’entrepreneur a beau expliquer avoir “déjà réalisé l’impossible”, graver des puces en 2 nm est bien plus complexe que de fabriquer des voitures ou des batteries lithium-ion, comme en témoignent les difficultés persistantes rencontrées par Samsung et Intel.
Même en admettant que Tesla et SpaceX parviennent à surmonter cet obstacle, un autre frein majeur subsiste: l’approvisionnement en machines de lithographie. Les composants les plus avancés nécessitent des équipements à rayonnement ultraviolet extrême (EUV), fabriqués exclusivement par ASML. Or, son carnet de commandes est déjà saturé. Et ni l’entreprise néerlandaise ni ses multiples fournisseurs, souvent les seuls capables de produire certains composants de pointe, ne peuvent décupler leurs cadences de production pour répondre aux ambitions colossales d’Elon Musk.
Reste enfin la question du financement. Selon les analystes, la première phase de construction pourrait coûter entre 30 et 45 milliards de dollars, selon le degré d’intégration verticale envisagé. Pour atteindre l’objectif d’un térawatt, la Terafab devra ensuite représenter l’équivalent d’au moins 140 usines de fonderie, évalue le cabinet Bernstein. Coût minimal: 5.000 milliards de dollars, soit 250 fois les dépenses en capital prévues par Tesla cette année – et davantage que la valorisation combinée du constructeur automobile et SpaceX. Une somme probablement hors de portée.
Pour aller plus loin:
– L’improbable fusion entre SpaceX et xAI, la start-up d’IA d’Elon Musk
– Quand le robot humanoïde d’Elon Musk impressionne… à tort
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L’Europe mise sur le statut “EU Inc” pour aider ses start-up à passer à l’échelle
Tout est parti d’une pétition signée il y a un peu plus d’un an par de grands acteurs de la tech européenne. La semaine dernière, Bruxelles a levé le voile sur “EU Inc.”, un nouveau statut juridique supranational qui doit permettre de créer facilement des sociétés pouvant opérer partout sur le continent. “Le marché unique est trop fragmenté pour que nos entreprises puissent prospérer, à tel point que les innovateurs cherchent à se développer ailleurs”, rappelle la commissaire européenne Henna Virkkunen, chargée notamment du numérique.
L’objectif de la Commission est ambitieux: aider les start-up européennes à passer plus rapidement à une échelle mondiale en s’appuyant sur un bassin de 450 millions de consommateurs – plus vaste que le bassin américain – plutôt que de rester cantonnées à leur seul marché national, beaucoup plus restreint. “Il est aujourd’hui plus simple de créer une filiale aux États-Unis que dans un autre pays du continent”, souligne l’eurodéputé Pascal Canfin. Résultat: de nombreuses entreprises choisissent de “scaler” outre-Atlantique, avant de mener une introduction en Bourse à New York.
Harmonisation pour les stock-options
L’an passé, le projet de Bruxelles était encore connu sous l’appellation “28ème régime”, en référence aux 27 cadres réglementaires nationaux. Mais le nom “EU Inc.” a été privilégié pour “créer une marque capable de parler au monde entier”, explique Pascal Canfin. Ce statut ne sera ni réservé aux start-up, ni limité aux entreprises continentales. Il doit permettre de créer une société paneuropéenne en 48 heures, pour moins de 100 euros et sans exigence de capital social. L’ensemble des démarches sera dématérialisé et aucun État membre ne pourra exiger de formalités supplémentaires.
Autre mesure phare du texte: l’harmonisation des règles encadrant les stock-options, un levier clé pour attirer les talents dans les start-up, souvent incapables de rivaliser avec les salaires offerts par les grands groupes – en particulier les géants technologiques américains. Les modalités concrètes de ce nouveau cadre restent toutefois à préciser. Elles devront être négociées avec le Parlement et le Conseil européens. La Commission plaide simplement pour une fiscalité appliquée au moment de la cession des titres, et non lors de leur attribution.
Pas une solution miracle
Un élément central échappera cependant à cette harmonisation: le taux d’imposition, qui restera du ressort des États membres. Un choix dicté par pragmatisme politique. Tout texte européen touchant à la fiscalité doit en effet être adopté à l’unanimité par le Conseil, où siègent les 27 chefs d’État et de gouvernement. Une contrainte qui aurait probablement enterré le texte. Dans sa version actuelle, le projet “EU Inc.” ne requiert qu’une majorité qualifiée de 15 pays, représentant au moins 65% de la population. La Commission espère une adoption définitive d’ici à la fin de l’année.
Si l’initiative est globalement bien accueillie, elle ne constitue pas pour autant une solution miracle. L’Europe restera un marché très fragmenté, avec 27 réglementations nationales, autant de cadres fiscaux et de droits du travail. Sans oublier 24 langues officielles. Et des cultures et des habitudes très hétérogènes. Les start-up américaines ont, elles, accès à un véritable marché unique. En outre, le nouveau statut ne disposera pas de juridiction propre: les litiges continueront d’être tranchés par les tribunaux nationaux. “Il apporte déjà une réelle plus-value”, tempère Pascal Canfin.
Pour aller plus loin:
– Grâce à l’IA, les levées de fonds rebondissent (timidement) en Europe
– Levées de fonds, incertitudes politiques… Le jour sans fin de la French Tech
Crédit photos: Tesla – Unsplash / Alexandre Lallemand





