L’incessante quête de capitaux d’OpenAI
Et aussi: Anthropic menacé par le Pentagone ?
DERNIÈRE MINUTE: La start-up française AMI Labs, lancée par Yann LeCun, l’ancien patron de l’IA de Meta, vient d’officialiser une levée de fonds d’un milliard de dollars. Du jamais vu en France en amorçage. Son objectif: développer des “worlds models” – des modèles d’IA capables de comprendre le monde physique à partir d’images et de vidéos afin de prendre des décisions de manière autonome. Plus d’infos dans l’édition de demain matin.
L’incessante (et exponentielle) quête de capitaux d’OpenAI
Pour ce qui pourrait être sa dernière levée de fonds d’envergure, OpenAI pulvérise une nouvelle fois tous les records. Fin février, le créateur de ChatGPT a officialisé un tour de table de 110 milliards de dollars, mené auprès d’Amazon, de Nvidia et de Softbank, sur la base d’une valorisation de 730 milliards, un niveau jamais atteint par une société non cotée. Cette somme colossale doit lui permettre d’assumer les lourdes pertes qu’il prévoit d’accuser avant une probable introduction en Bourse, elle aussi potentiellement historique, d’ici à la fin de l’année.
La levée de fonds illustre une quête de capitaux non seulement incessante, mais aussi exponentielle. En 2024, OpenAI n’avait récolté “que” 6,6 milliards de dollars, lors de sa première opération de financement menée sans Microsoft. L’an passé, Softbank et d’autres investisseurs lui avaient apporté 40 milliards, un montant alors record. Cette escalade s’explique par l’ambitieuse feuille de route portée par son patron, Sam Altman. OpenAI prévoit en effet de dépenser jusqu’à 1.400 milliards de dollars au cours des huit prochaines années pour bâtir ou louer de la puissance de calcul.
Nvidia investit moins que prévu
L’entrée d’Amazon dans le capital est particulièrement marquante. Le géant du commerce en ligne va investir jusqu’à 50 milliards de dollars, dont 15 milliards immédiatement, en échange de l’utilisation de sa plateforme de cloud et de ses puces Trainium pour l’entraînement et l’inférence des modèles d’OpenAI. Il est pourtant le principal actionnaire d’Anthropic, grand rival de la start-up. Il se retrouve en outre aux côtés de Microsoft, son principal concurrent dans le cloud. Mais dans le secteur de l’IA, ces considérations passent désormais au second plan.
L’opération entérine aussi l’abandon de l’investissement de 100 milliards de dollars que devait réaliser Nvidia. Annoncé en grande pompe en septembre, avant même d’être officiellement conclu, ce financement, progressif, devait être débloqué en dix tranches, au rythme de la construction de nouveaux data centers. Il n’a toutefois jamais dépassé le stade de la lettre d’intention, les négociations avec OpenAI n’ayant finalement pas abouti. À la place, le géant des cartes graphiques va se contenter d’injecter 30 milliards, après avoir déjà apporté 10 milliards à Anthropic.
Introduction en Bourse
Source d’inquiétude pour certains, qui y voient les prémices d’une bulle, la multiplication des investissements croisés témoigne aussi d’une réalité: les sommes nécessaires sont désormais telles que seuls un nombre très restreint d’acteurs sont en mesure de les apporter. Même les grands fonds américains de capital-risque peinent à suivre. Pour continuer à lever des capitaux, OpenAI ne dispose donc que de peu d’options. Microsoft, Nvidia et SoftBank se retrouvent un peu pris au piège: ils doivent continuer à financer la société pour éviter qu’elle ne se retrouve à court de trésorerie.
Pour sortir de cette logique, OpenAI pourrait décider d’entrer en Bourse d’ici la fin de l’année, rapporte le Wall Street Journal. L’opération pourrait devenir la plus importante introduction de l’histoire. Non seulement elle lui permettrait de lever plusieurs dizaines de milliards supplémentaires, mais elle lui offrirait aussi la possibilité de réaliser, si nécessaire, de nouvelles augmentations de capital pour répondre à ses besoins de trésorerie. OpenAI souhaiterait devancer Anthropic afin de capter, avant sa rivale, l’appétit des investisseurs de Wall Street pour les groupes d’IA.
La consommation de cash s’accélère
Pour séduire les marchés, l’entreprise mise sur la montée en puissance de l’IA agentique, ces agents censés accomplir des tâches de manière autonome. Selon des documents obtenus par The Information, elle vient ainsi de relever de 27% ses prévisions de chiffre d’affaires pour les cinq prochaines années. De 13,1 milliards de dollars l’an passé, ses recettes devraient atteindre 30 milliards cette année, avant de grimper à 62 milliards l’an prochain. En 2030, elles pourraient s’élever à 284 milliards, dont près de la moitié provenant des entreprises.
Parallèlement, ses coûts devraient eux aussi fortement augmenter. Sur les cinq prochaines années, OpenAI prévoit de dépenser 440 milliards de dollars pour entraîner ses prochains modèles d’IA, auxquels s’ajouteront 160 milliards pour l’inférence – le processus de génération de texte ou d’image. Sur cette période, l’entreprise s’attend à brûler jusqu’à 225 milliards de liquidités, soit deux fois plus que prévu auparavant. En cause: des marges inférieures aux attentes en raison de coûts d’inférence encore trop élevés. La rentabilité reste, elle, espérée pour 2030.
Pour aller plus loin:
– Trois ans après le lancement de ChatGPT, l’heure des doutes pour OpenAI
– OpenAI affiche des pertes record de 12 milliards de dollars en trois mois
PARTENAIRE
“Dans dix ans, toutes les entreprises loueront leur mobilier”
Depuis 2019, Enky réinvente la manière dont les entreprises consomment le mobilier en proposant un modèle basé sur la location plutôt que sur l’achat. Pour financer son parc, la société belge invite particuliers comme professionnels à investir directement dans ses projets. Entretien avec Thomas Virolle, responsable d’Enky Invest.
Enky permet aux entreprises de loueur des meubles. Pourquoi avoir choisi de modèle ?
La plupart des entreprises achètent du mobilier d’entrée ou de milieu de gamme pour limiter leurs dépenses. Au bout de cinq ans, elles doivent s’en débarrasser. C’est un non-sens économique et écologique.
Notre réponse, c’est de proposer du mobilier haut de gamme à la location. L’entreprise équipe ses locaux avec du mobilier design qui dure dans le temps et paye uniquement pour l'usage. Cette offre rencontre un fort succès car elle permet de payer moins cher tout en bénéficiant d’un mobilier de qualité supérieure. De plus, elle préserve sa trésorerie, gagne en flexibilité et améliore le bien-être au travail. Plus de 150 clients louent leur mobilier chaque mois via Enky.
Avec Enky Invest, vous avez fait un choix original pour financer votre croissance: le financement obligataire ouvert au public. Pourquoi ?
Nous aurions pu lever des fonds, mais cela nous aurait contraints à céder une partie de notre capital. Les banques, elles, ne prêtent pas pour acheter du stock. Nous avons donc choisi de faire financer notre activité par une communauté de particuliers. L’investisseur souscrit une obligation dédiée à un projet, à un taux fixe compris entre 6,5% et 9% selon la durée choisie – de 3 à 48 mois –, avec un ticket minimum de 500 euros. Les intérêts sont versés mensuellement, le capital remboursé à terme.
Votre plateforme parle de “capital protégé”. Qu’entendez-vous par là ?
Il existe plusieurs couches de protection. Si un client cesse de payer, nous absorbons le risque sur notre marge: nous continuons de verser les intérêts et de rembourser le capital aux investisseurs. Cela est possible car le mobilier est un actif assez "liquide": il se replace facilement. Moins de 3% de notre parc est en stock sans être exploité.
Si, dans un scénario catastrophe, c’est Enky qui faisait faillite, les contrats de location et le mobilier lui-même sont juridiquement séparés de notre patrimoine via un contrat de nantissement et les investisseurs sont prioritaires. Ils percevraient alors directement 100% des loyers futurs, puis pourraient ensuite décider de revendre le mobilier. La marge réalisée à l'achat (Enky achète au prix de gros) et l'inflation font que même en vendant en urgence, le prix du mobilier resterait au-dessus du coût d’achat initial.
Quels risques les investisseurs encourent-ils en cas de crise économique majeure ?
Même en période de récession, le mobilier conserve une valeur intrinsèque. Il y aura toujours des entreprises qui ouvrent ou qui ont besoin de s’équiper à moindre coût – et la location devient encore plus attractive en période difficile. Si les bureaux n’en veulent plus, ce mobilier peut rejoindre le résidentiel, le marché de la seconde main, ou être racheté par des acteurs spécialisés. Nous sommes aussi diversifiés sur les bureaux, les hôtels, les restaurants et l’immobilier résidentiel.
Où en est Enky aujourd’hui ?
Nous avons déjà séduit 4.700 investisseurs et collecté plus de 13 millions d’euros depuis le lancement de la plateforme au printemps 2024. Nous avons déjà remboursé 1,4 million d’euros à nos investisseurs.
En 2024 nous avions signé pour 700.000 euros de valeur contrat. En 2025, nous avons atteint 2,4 millions. Pour 2026, nous visons 10 millions. C’est ambitieux, mais les premières semaines de l’année confirment qu’on est sur cette trajectoire. Sur nos 150 clients, 50 ont été signés sur les six derniers mois. Il y a une vraie accélération.
Nous sommes convaincus que dans dix ans, toutes les entreprises loueront leur mobilier. L’acheter n’aura plus aucun sens économique. Nous sommes les mieux positionnés pour conquérir ce marché.
Enky Invest est accessible à partir de 500 euros seulement. Cafétech vous fait bénéficier d'un crédit allant de 100 à 300 euros en fonction du montant investi.
Collaboration commerciale. Investir comporte des risques, notamment de perte totale ou partielle de capital.
La dynamique commerciale d’Anthropic menacée par son conflit avec le Pentagone ?
Pour Washington, Anthropic n’est plus seulement l’un des fleurons nationaux de l’intelligence artificielle générative. Depuis vendredi, la start-up est aussi officiellement considérée par le Pentagone comme un “risque pour la chaîne d’approvisionnement” des États-Unis. Une désignation sans précédent pour une entreprise américaine, qui lui ferme les portes du département de la Défense. Et qui devrait faire les affaires de son grand rival OpenAI, désormais en pole position pour récupérer un contrat pouvant atteindre 200 millions de dollars.
Cette décision est l’aboutissement d’un bras de fer. Jusqu’au bout, Anthropic a refusé que ses modèles d’IA soient utilisés pour alimenter des dispositifs de surveillance de masse et des armes entièrement autonomes. Les premiers représentent “des risques sérieux pour les libertés fondamentales”, justifie son patron Dario Amodei. Les secondes constituent, selon lui, une menace pour les soldats et les civils car les “systèmes d’IA ne sont pas assez fiables”. Le dirigeant pointe également l’absence de garde-fous permettant d’assurer un indispensable “jugement critique”.
Impact difficile à chiffrer
Deux lignes rouges jugées inacceptables par le Pentagone, qui explique ne pas pouvoir accepter qu’un fournisseur s’immisce dans ses décisions stratégiques. Mettant ses menaces à exécution, celui-ci a non seulement annulé le contrat signé l’été dernier avec la start-up pour mener des phases de test pendant deux ans, mais il a également décidé de la désigner comme un risque. Anthropic vient de saisir la justice pour contester des “représailles illégales”, alors que la législation invoquée par le département de la Défense vise à empêcher un “sabotage” de la part d’un “pays ennemi”.
L’impact économique pour Anthropic reste difficile à chiffrer. Au-delà du contrat perdu, tous les autres fournisseurs du Pentagone n’auront plus le droit, après une période transitoire de six mois, d’utiliser ses modèles Claude dans des projets liés à la défense. Ce sera notamment le cas du système Maven, conçu par Palantir pour analyser les images filmées par les drones de l’armée. En outre, d’autres administrations ont déjà coupé les ponts avec la start-up. Et elle risque surtout d’être exclue des prochains contrats, dont les montants devraient être bien plus élevés.
Bientôt devant OpenAI ?
Sans victoire devant la justice, le conflit avec le Pentagone pourrait donc perturber la trajectoire de croissance à long terme d'Anthropic. Dans sa plainte, le groupe assure que cette affaire pourrait aussi freiner son excellente dynamique commerciale. Selon Bloomberg, son chiffre d'affaires en rythme annualisé atteint désormais 19 milliards de dollars. Celui-ci ne s'élevait qu'à 14 milliards en février, au moment de l'officialisation de sa dernière levée de fonds, et à neuf milliards seulement fin 2025. Autrement dit, l'activité d'Anthropic a doublé en à peine plus de deux mois.
Ces performances s’expliquent notamment par le succès de Claude Code, son outil de code informatique dont le nombre d’utilisateurs a doublé sur les six premières semaines de l’année. En février, ses revenus annualisés dépassaient les 2,5 milliards. La start-up se rapproche d’OpenAI, qui affiche un chiffre d’affaires de 25 milliards en rythme annualisé, selon The Information. Compte tenu de son rythme de croissance plus soutenu, il ne serait pas surprenant qu’Anthropic dépasse rapidement le créateur de ChatGPT qui tire, lui, l’essentiel de ses recettes des abonnements payants.
Pour aller plus loin:
– En levant 30 milliards de dollars, Anthropic accentue la pression sur OpenAI
– Contrairement à ChatGPT, Anthropic promet de ne jamais afficher de publicités
Crédit photos: OpenAI – Anthropic





