L'IA fait chuter les ventes de smartphones
Et aussi: Nouveau plan social chez Snapchat
Victimes collatérales de l’IA, les ventes de smartphones replongent
Après deux ans et demi de progression, le marché des smartphones repart nettement à la baisse. Au premier trimestre, les ventes aux distributeurs ont reculé de 4,1%, selon les estimations d’IDC. En cause notamment: la hausse des prix, particulièrement sur le segment d’entrée en gamme, sous l’effet de l’envolée du coût des puces mémoire. “Ce n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend”, prévient l’analyste Anthony Scarsella. Sur l’ensemble de l’année, le cabinet anticipe une chute historique de 12,9%, qui ramènerait le marché à son plus bas niveau depuis 2013.
Le repli touche surtout les trois principales marques chinoises. Les livraisons de Xiaomi ont chuté de 19%, celles d’Oppo de 10% et celles de Vivo de 7%. Elles pâtissent de leur exposition aux marchés émergents. Les prix y ont bondi de 40% à 50%, souligne IDC, et certains appareils ne sont plus commercialisés. À l’inverse, Apple et Samsung affichent une hausse modeste de leurs ventes, portées par le succès de l’iPhone 17 et du Galaxy S26. Le groupe sud-coréen apparaît toutefois plus exposé que le géant américain en raison d’un catalogue allant jusqu’à l’entrée de gamme.
La faute à l’IA
Comme d’autres secteurs, le marché des smartphones subit le développement effréné des infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle générative. Cette puissance de calcul supplémentaire ne nécessite pas seulement des cartes graphiques, mais aussi de la mémoire. Pour répondre à cette demande exponentielle, les trois géants du secteur – les coréens SK Hynix et Samsung, et l’américain Micron – ont réorienté une partie de leurs lignes de production vers ces composants plus lucratifs, au détriment des mémoires DRAM et NAND destinées aux smartphones, PC et consoles de jeux.
Selon le cabinet TrendForce, 70% de la production de mémoires est désormais dédiée à l’IA. Conséquence: les tarifs des autres composants s’envolent. Sur les trois premiers mois de l’année, les prix des puces DRAM ont quasiment doublé. Ils devraient encore grimper de 60% au deuxième trimestre. Face à cette situation, les fabricants prévoient bien d’augmenter leurs capacités. Mais leurs nouvelles lignes de production ne seront pas opérationnelles avant 2027 ou 2028. Et rien ne garantit qu’elles ne soient pas consacrées principalement, voire intégralement, aux mémoires pour l’IA.
Arbitrage à venir
“Si les prix devraient se stabiliser mi‑2027, il est peu probable qu’ils retrouvent leurs niveaux antérieurs”, souligne Nabila Popal, analyste chez IDC. Le marché pourrait ainsi connaître une “réinitialisation structurelle”, marquée notamment par la disparition des smartphones à moins de 100 dollars. Environ 170 millions d’appareils vendus par an pourraient disparaître. Les autres segments ne seront pas épargnés, alors que les puces mémoire représentent historiquement entre 15% et 20% du coût des composants pour le milieu de gamme, et entre 10% et 15% pour le haut de gamme.
Pour l’instant, les ventes de ces smartphones restent relativement préservées. Les grandes marques continuent de s’appuyer sur leurs stocks et sur des contrats précédemment signés à prix fixes. Mais ce répit touche déjà à sa fin. Samsung vient, par exemple, de relever les prix de plusieurs modèles. Plus la situation perdure et plus les fabricants devront arbitrer entre une hausse des tarifs et une contraction de leurs marges. Certains pourraient également choisir de limiter, voire de réduire, certaines caractéristiques techniques. “Ils vont devoir se réinventer”, estime Nabila Popal.
Pour aller plus loin:
– La pénurie de puces mémoire font bondir les profits de Samsung et SK Hynix
– Pourquoi Apple ne souffre pas (encore ?) de son retard dans l’IA
PARTENAIRE
Snapchat licencie à nouveau pour accélérer sur les lunettes connectées
“Nous traversons un moment charnière”. C’est ainsi qu’Evan Spiegel justifie le nouveau plan social de Snap, le troisième en seulement quatre ans. Mercredi, la maison mère de Snapchat a annoncé la suppression d’environ 1.000 emplois, dont 16% de ses employés à temps plein. Parallèlement, 300 postes ouverts au recrutement ne seront finalement pas pourvus. En revanche, des embauches sont prévues au sein de la division dédiée aux Spectacles, ses lunettes de réalité augmentée, dont le lancement est attendu cette année, rapporte la newsletter Sources.
Le patron de Snap invoque les progrès de l’intelligence artificielle, qui permettent à de “petites équipes d’avancer de manière significative” – un argument devenu récurrent, en remplacement du traditionnel impératif “d’agilité”. De fait, ces licenciements doivent surtout générer d’importantes économies. Snap les chiffre à 500 millions de dollars par an. De quoi “établir une trajectoire plus claire vers la rentabilité”, assure Evan Spiegel. L’an passé, le groupe a accusé une perte nette de 460 millions. Depuis sa création en 2011, il n’a jamais dégagé de bénéfice annuel.
Investir dans les lunettes
Le plan social pourrait aussi s’expliquer par l’échec de l’accord commercial annoncé en novembre avec Perplexity. La start-up d’IA devait verser 400 millions de dollars à Snap, dont une partie en actions, pour devenir, pendant un an, le moteur de recherche par défaut de l’application au fantôme jaune. Mais les dernières négociations sur les conditions de ce partenariat ont échoué, indique Sources. Ce revirement pourrait s’inscrire dans le pivot stratégique opéré ces derniers mois par Perplexity, qui semble délaisser la recherche dopée à l’IA au profit du développement d’agents.
Grâce à ces économies, Snap entend accélérer ses investissements dans les lunettes, un marché jugé prometteur dans le sillage du succès des montures lancées par Meta. Début janvier, la société a créé une filiale, Spec, entièrement dédiée aux Spectacles. L’objectif: lui offrir une plus grande autonomie opérationnelle, tout en créant une nouvelle marque distincte. Cette structure pourrait faciliter l’entrée d’investisseurs extérieurs, afin de financer la recherche et le développement, à l’image de ce qu’a fait Google avec Waymo, sa filiale dédiée aux voitures autonomes.
Échecs commerciaux
Un tel soutien financier ne serait pas superflu. Confrontée à la baisse de son cours de Bourse et à une croissance moins soutenue qu’espérée, Snap a été contrainte de réduire la voilure dans la réalité augmentée, un segment sur lequel elle investit depuis près de dix ans mais qui tardait à porter ses fruits, aussi bien en termes d’audience que de chiffre d’affaires. Depuis, le contexte a changé. D’une part, les avancées technologiques rapprochent l’entreprise d’un lancement commercial. D’autre part, les Meta Ray-Ban semblent démontrer qu’un marché existe.
À l’automne 2024, Snap avait présenté un deuxième prototype de lunettes de réalité augmentée, que les développeurs pouvaient louer pour 99 dollars par mois. Ce prototype peinait toutefois à tenir la comparaison avec celui présenté par Meta à peine une semaine plus tard, notamment en termes de taille et de design. L’entreprise assure que le modèle commercial sera plus léger et plus fin. Si le lancement a bien lieu cette année, elle pourrait devancer sa grande rivale. Mais Snap aura fort à prouver: les précédents modèles de Spectacles, lancés à partir de 2016, ont tous échoué.
Pour aller plus loin:
– Meta dévoile ses premières lunettes équipées d’un écran
– Grâce à l’IA, les lunettes connectées deviennent tendance
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Crédit photos: Apple – Snap





