Les zones d’ombre de l’interdiction des réseaux sociaux
Et aussi: Snapchat retrouve des ambitions – Nouveau plan social chez Amazon
Les zones d’ombre de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans
Adoptée à une large majorité lundi soir en première lecture à l’Assemblée nationale, l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans est encore loin d’être acquise. La proposition de loi, qui instaure aussi un “couvre-feu” numérique pour les 15-18 ans entre 22h et 8h, doit d’abord être examinée par le Sénat – qui avait voté l’an dernier un texte fixant l’âge plancher à 13 ans – puis être validée par le Conseil constitutionnel. Elle se heurtera par ailleurs au droit européen, qui pourrait en empêcher l’application effective et rendre le dispositif essentiellement symbolique.
Le texte concrétise les recommandations d’un rapport rendu en 2024, reprises l’an passé par Clara Chappaz, alors ministre déléguée au numérique. À l’époque, l’exécutif espérait réunir une coalition afin d’inciter la Commission européenne à agir. Cette initiative n’avait pas abouti. Le débat est toutefois revenu sur le devant de la scène après l’entrée en vigueur, début décembre, d’une interdiction comparable en Australie. Et le calendrier parlementaire s’est emballé. En cas d’adoption, la France deviendrait le premier pays européen à interdire les réseaux sociaux aux adolescents.
Pas d’obligation de contrôle
Contrairement à la loi adoptée en Australie, le projet français ne dresse pas de liste précise des plateformes concernées. Il vise toutes celles donnant “accès à un service de réseau social en ligne”, une définition qui élargit le périmètre. L’interdiction s’appliquerait ainsi aux petits réseaux, mais aussi à certaines fonctionnalités d’autres applications. Sur WhatsApp, par exemple, les adolescents pourraient échanger des messages, mais n’auraient plus accès aux chaînes ni aux stories. Sur YouTube ou Twitch, ils pourraient regarder des vidéos, mais ne pourraient plus les commenter.
Le texte est marqué par une certaine ambiguïté. S’il interdit l’accès aux moins de 15 ans, il ne contraint pas directement les plateformes à vérifier l’âge pour respecter cette mesure. Aucune sanction n’est donc prévue. Et pour cause: une telle obligation a déjà été retoquée par le Conseil d’État, qui l’a jugée contraire au Digital Services Act (DSA) européen. Un précédent existe. En 2023, une loi avait instauré l’obligation d’un accord parental pour s’inscrire sur un réseau social avant 15 ans. Mais l’obligation de contrôle n’est jamais entrée en vigueur, faute d’aval de Bruxelles.
Seule Bruxelles peut sanctionner
Cette ambiguïté n’a pas été levée par la Commission. Interrogé mardi, un porte-parole a confirmé que la France était en droit d’instaurer une majorité numérique, que les réseaux sociaux devront respecter. Tout en précisant que Paris ne disposait pas de l’autorité nécessaire pour imposer des obligations supplémentaires aux vingt-six “très grandes plateformes”, telles que définies par le DSA, dont font partie Instagram, TikTok ou YouTube. Pour ces dernières, qui comptent plus de 45 millions d’utilisateurs sur le continent, les règles doivent être harmonisées et fixées par Bruxelles.
Pour ne rien arranger à ce flou juridique, la France a bien imposé un contrôle de l’âge aux sites pornographiques… dont certains font désormais partie des “très grandes plateformes”. En tout état de cause, aucune sanction ne pourra être directement infligée en France aux grands réseaux qui ne respecteraient pas l’interdiction. La procédure prévoit que l’Arcom devra saisir la Commission européenne, seule compétente pour réguler ces entreprises. En revanche, l’autorité pourra bien infliger des amendes aux services qui ne sont pas considérés comme des “très grandes plateformes”.
Des contrôles peu efficaces
Dès septembre, les réseaux sociaux devront refuser l’inscription des moins de 15 ans. À partir de janvier, ils devront également suspendre, “dans les meilleurs délais”, les comptes existants. Pour cette seconde étape, le texte ne précise pas si les contrôles devront être généralisés ou simplement ciblés. Dans la première hypothèse, ils s’appliqueraient à l’ensemble des utilisateurs, comme c’est le cas pour les sites pornographiques en France. Dans la seconde, ils ne concerneraient que les comptes soupçonnés d’appartenir à des adolescents, à l’image du dispositif retenu en Australie.
Reste une question essentielle: l’efficacité du dispositif. Le gouvernement australien affirme que près de cinq millions de comptes ont été supprimés en un mois. Mais les moyens de contourner l’interdiction sont nombreux. Et l’efficacité des contrôles reste à démontrer. Si la vérification par selfie vidéo, qui s’appuie sur des algorithmes pour estimer l’âge, est la méthode la plus répandue, elle affiche toujours un taux d’erreur très élevé. Lors d’une étude menée en Australie, près d’un quart des enfants de moins de 13 ans avaient été identifiés par ces outils comme ayant plus de 16 ans.
Pour aller plus loin:
– L’Australie interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans
– La lanceuse d’alerte Frances Haugen exhorte l’Europe à agir
Snap retrouve des ambitions dans la réalité augmentée
Le succès des lunettes de Meta donne des idées à Snap. Mercredi, la maison mère de Snapchat a annoncé la création d’une filiale, Spec, dédiée aux Spectacles, ses lunettes de réalité augmentée, dont le lancement est attendu cette année. L’objectif affiché est d’offrir une plus grande autonomie opérationnelle à ses équipes, tout en créant une nouvelle marque distincte. Cette nouvelle structure pourrait également permettre d’attirer des investisseurs externes, afin de financer la recherche et le développement, à l’image de ce qu’a fait Google avec Waymo, sa filiale dédiée aux voitures autonomes.
Devancer Meta
Un soutien financier externe ne serait pas de trop pour Snap. Quinze ans après sa création, la société n’est toujours pas rentable: elle a perdu plus de 500 millions de dollars sur les neuf premiers mois de 2025. Ces dernières années, elle a ainsi été contrainte de réduire la voilure dans la réalité augmentée, un segment sur lequel elle investit depuis près de dix ans. Mais le contexte est en train de changer. D’une part, les avancées technologiques rapprochent l’entreprise d’un lancement commercial. D’autre part, le succès des Meta Ray-Ban semble démontrer qu’un marché existe.
À l’automne 2024, Snap avait présenté un deuxième prototype de lunettes de réalité augmentée, que les développeurs pouvaient louer pour 99 dollars par mois. Ce prototype peinait toutefois à tenir la comparaison avec celui présenté par Meta à peine une semaine plus tard, notamment en termes de taille et de design. L’entreprise assure que le modèle commercial sera plus léger et plus fin. Si le lancement a bien lieu cette année, elle pourrait devancer sa grande rivale. Mais Snap aura fort à prouver: les précédents modèles de Spectacles, lancés à partir de 2016, ont tous échoué.
Pour aller plus loin:
– Meta dévoile ses premières lunettes équipées d’un écran
– Grâce à l’IA, les lunettes connectées deviennent tendance
Nouvelle vague de licenciements massifs chez Amazon
14.000 emplois supprimés en octobre, 16.000 de plus en janvier. Pour continuer d’investir massivement dans l’intelligence artificielle sans dégrader sa rentabilité, Amazon poursuit sa politique de réduction de coûts. Mercredi, le géant du commerce en ligne a annoncé un deuxième plan social, officiellement destiné à “supprimer la bureaucratie”. En seulement trois mois, il a licencié 30.000 personnes, soit davantage que le cumul des deux précédents plans sociaux, menés après l’euphorie post-Covid. Cela représente près de 10% de ses employés du bureau.
De nombreuses activités sont touchées, y compris AWS, la plateforme de cloud computing qui génère plus de la moitié des profits du groupe de Seattle. En revanche, les entrepôts, qui emploient plus d’un million de personnes, ne sont pas concernés. Amazon affiche une solide santé financière, avec un chiffre d’affaires en hausse de 8% et des profits en progression de 44% sur les neuf premiers mois de 2025. Pour autant, le directeur général Andy Jassy avait prévenu l’été dernier que le déploiement en interne de nouveaux outils d’IA se traduirait par des suppressions de postes.
Pour aller plus loin:
– Amazon mise sur l’IA générative pour relancer son assistant Alexa
– Comment Amazon veut étendre son empire publicitaire
Crédit photos: Unsplash / Julian Christ – Snap




