Les nouvelles ambitions de Mistral
Et aussi: World Labs lève un milliard – Nouvelle menace sur le rachat de Warner Bros
Avec sa première acquisition, Mistral accélère dans le cloud dédié à l’IA
L’opération est modeste, mais elle témoigne des nouvelles ambitions de Mistral AI: “construire un véritable cloud”. La semaine dernière, le spécialiste français de l’intelligence artificielle générative a franchi une “étape importante” dans cette direction avec le rachat de Koyeb, la toute première acquisition de son histoire. Fondée en 2021, cette start-up parisienne d’une quinzaine de personnes commercialise une plateforme de cloud dite serverless, permettant de déployer des applications, en particulier d’IA, sans avoir à gérer l’infrastructure sous-jacente.
Data center en Suède
Mi-février, Mistral avait déjà amorcé ce virage en annonçant un investissement de 1,2 milliard d’euros dans la construction d’un data center en Suède. Équipé des dernières cartes graphiques Rubin de Nvidia, celui-ci doit entrer en service l’an prochain. Sa puissance annoncée de 23 mégawatts permettra à l’entreprise d’augmenter de 50% sa capacité de calcul, en complément du site en construction en région parisienne. Ces infrastructures doivent servir aussi bien à l’entraînement et à l’inférence de ses propres modèles qu’à l’extension de son offre de cloud.
Trois ans après son lancement, Mistral ne se voit plus seulement en alternative européenne à OpenAI, Anthropic ou encore DeepSeek. La société dirigée par Arthur Mensch rêve aussi de s’imposer comme un concurrent d’Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud, les trois géants américains du cloud qui captent l’essentiel du marché de l’IA en Europe. Baptisée Compute, sa plateforme a été annoncée en grande pompe juste avant l’été lors du salon Vivatech, aux côtés de Jensen Huang, le patron de Nvidia, alors présenté comme un partenaire stratégique.
La souveraineté comme argument de vente
Pour crédibiliser son ambitieux projet, Mistral insiste beaucoup sur ses liens avec le groupe américain, dont le rôle pourrait, dans les faits, se limiter à la fourniture des indispensables cartes graphiques. La start-up met également en avant une première liste de clients prestigieux comme Orange, BNP Paribas ou le laboratoire Kyutai. Elle souligne enfin l’expérience accumulée en développant ses propres modèles d’IA. “Nous avons passé la majeure partie de notre temps à opérer des GPU et à bâtir une plateforme permettant de créer des applications”, souligne Arthur Mensch.
Mais son meilleur argument de vente reste les débats autour de la souveraineté technologique – déjà centrale dans l’adoption de ses modèles. Les administrations et les entreprises du continent “ont besoin d’une solution européenne”, martèle son patron. De fait, aucun acteur du continent ne rivalise aujourd’hui véritablement avec les plateformes américaines, aussi bien en termes de puissance de calcul que d’offre logicielle. Mistral devra toutefois composer avec la concurrence des “clouds de confiance” S3NS et Bleu, reposant respectivement sur les technologies de Google et de Microsoft.
Quels financements ?
Avec Compute, Mistral lorgne un relais de croissance potentiellement important de son chiffre d’affaires. La start-up revendique 400 millions de dollars de recettes en rythme annualisé. Elle vise le cap du milliard d’ici à la fin de l’année. Sur le papier, le cloud affiche en outre des marges élevées, là où les services d’IA demeurent encore fortement déficitaires. Cependant, la capacité à rentabiliser sur la durée les investissements nécessaires à la construction de data centers doit être démontrée, notamment parce que les GPU deviennent obsolètes de plus en plus rapidement.
Reste une question primordiale: le financement. Mistral vient certes de conclure une levée de fonds de 1,7 milliard d’euros, notamment auprès d’ASML, leader néerlandais des machines de photolithographie. Mais sa trésorerie actuelle ne suffira pas pour investir 1,2 milliard en Suède et encore plus en France, tout en absorbant ses pertes d’exploitation. Pour mener à bien sa feuille de route, la société dispose de plusieurs options: de nouvelles levées de fonds, un partenariat stratégique avec un grand investisseur, voire une introduction en Bourse.
Pour aller plus loin:
– Avec sa dernière levée de fonds, Mistral AI pulvérise les records de la French Tech
– L’amortissement des puces d’IA, une bombe à retardement ?
World Labs lève un milliard de dollars pour de nouveaux modèles d’IA
Fei-Fei Li ne parle plus d’intelligence artificielle mais d’intelligence spatiale. Avec sa start-up World Labs, l’ancienne responsable de l’IA de Google Cloud, figure emblématique du secteur, vient ainsi de lever un milliard de dollars pour mener la révolution des “worlds models” – des modèles capables de comprendre le monde physique à partir d’images et de vidéos afin de prendre des décisions de manière autonome. Une architecture radicalement nouvelle que des chercheurs estiment indispensable pour franchir un nouveau cap vers la superintelligence.
Entraîner les robots
Lancée il y a deux ans, World Labs avait déjà bouclé un premier tour de table de 230 millions de dollars. Fin 2025, la start-up a présenté son tout premier modèle, Marble, qui permet de générer des mondes virtuels 3D à partir de simples prompts textuels, d’images ou de vidéos. Au-delà des applications créatives, comme le cinéma et les jeux vidéo, celui-ci pourrait trouver des débouchés dans la construction ou l’industrie. Pour accélérer son déploiement commercial, World Labs a fait entrer Autodesk, spécialiste des logiciels de conception assistée par ordinateur, dans son capital.
Marble ne représente cependant qu’un “aperçu des possibilités futures”. La société ambitionne par exemple d’utiliser sa technologie pour lever l’une des principales limites de la robotique: entraîner des modèles capables de réaliser une multitude de tâches dans des environnements très variés. À plus long terme, surtout, World Labs ne veut pas se contenter de créer des mondes virtuels, mais de concevoir des modèles capables de raisonner directement à partir des environnements 3D. Une vision que partage notamment Yann LeCun, récemment parti de Meta pour lancer sa propre start-up.
Pour aller plus loin:
– Yann LeCun quitte Meta pour lancer sa start-up d”IA
– La start-up 1X lance un robot domestique… entièrement contrôlé à distance
La menace se précise sur le rachat de Warner Bros par Netflix
“Virez-la immédiatement ou vous en paierez les conséquences”. La menace semble à peine voilée. Samedi, Donald Trump a sommé Netflix de se séparer de Susan Rice, l’un de ses administratrices et ancienne figure des administrations Obama et Biden, qui a critiqué les entreprises qui ont préféré “s’agenouiller” devant lui. Sous peine de bloquer le rachat de Warner Bros Discovery par la plateforme américaine de streaming vidéo ? L’opération demeure, quoi qu’il en soit, incertaine, entre la contre-offensive de Paramount et un possible veto des autorités de la concurrence.
Aux États-Unis, le département de la Justice a déjà ouvert des investigations, avant même la sortie du locataire de la Maison-Blanche. Selon Bloomberg, l’enquête porte sur deux volets distincts. Le premier, classique dans ce type d’opération, concerne l’impact sur la concurrence. En mettant la main sur un catalogue riche en franchises à succès (Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, Game of Thrones, Friends…), le groupe de Los Gatos renforcerait en effet sa position dominante sur le marché du streaming, lui permettant potentiellement d’augmenter encore ses tarifs.
Impact sur les producteurs
Le second volet est plus inhabituel. Il ne s’appuie pas sur la législation encadrant les fusions-acquisitions, mais sur la loi anti-monopole. Le DOJ cherche à évaluer les conséquences de l’opération pour l’ensemble de l’industrie, et notamment à déterminer si Netflix se retrouverait en position de force face aux producteurs de films et de séries. Avec les studios Warner et la chaîne câblée HBO dans son escarcelle, la plateforme, déjà l’un des principaux acheteurs de contenus audiovisuels, pourrait en effet imposer des baisses de prix lors des négociations.
Rien ne dit, à ce stade, que les autorités antitrust américaines ou européennes s’opposeront au rachat de Warner Bros. Ni même qu’elles n’imposeront des conditions pour donner leur feu vert. Ces incertitudes constituent toutefois le principal levier de Paramount, qui devait déposer une offre améliorée avant lundi soir. Selon Variety, celui-ci se chiffrerait à 32 dollars par action, contre 30 dollars jusqu’ici. Netflix propose, de son côté, 27,75 dollars, mais sans reprendre les chaînes de télévision linéaire, qui seraient regroupées au sein d’une nouvelle entité cotée en Bourse.
Pour aller plus loin:
– Pourquoi Netflix souhaite racheter les studios Warner Bros
– Pourquoi Netflix n’en finit plus d’augmenter ses prix
Crédit photos: Vivatech – World Labs




