Les curieux arrangements d'AMD
Et aussi: Nvidia ne faiblit pas – PayPal racheté par Stripe ?
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Les curieux arrangements d’AMD pour rattraper son retard sur Nvidia
Un GPU acheté, une action offerte. C’est en substance le curieux arrangement imaginé par AMD pour tenter de bousculer la domination de Nvidia sur le marché des cartes graphiques dédiées à l’intelligence artificielle générative. Mardi, le groupe américain a officialisé un partenariat avec Meta, quelques mois après avoir conclu un accord identique avec OpenAI. Celui-ci prévoit que la maison mère de Facebook et Instagram reçoive jusqu’à 10% du capital du fabricant de puces, en contrepartie d’une gigantesque commande dont le montant pourrait dépasser les 100 milliards de dollars.
Ces arrangements inédits constituent le dernier exemple du gigantesque meccano capitalistique à l’œuvre dans le secteur de l’IA, où l’argent transite d’une entreprise à l’autre, avant qu’une partie ne fasse le chemin inverse sous une autre forme. Ils traduisent également les difficultés d’AMD à imposer sa gamme de GPU Instinct comme une alternative crédible aux modèles commercialisés par Nvidia. Il y a tout juste deux semaines, son grand rival n’avait, lui, pas eu besoin de céder une participation significative à Meta pour conclure un partenariat comparable.
Six gigawatts de puissance
Lancée dans un vaste programme d’investissements pour ne pas se laisser distancer dans l’IA, la société dirigée par Mark Zuckerberg s’est engagée à acheter des cartes graphiques personnalisées, conçues dans un premier temps autour de la prochaine architecture MI450, qu’AMD doit lancer cette année. Elle va aussi acquérir des processeurs (CPU) et des serveurs. Une première tranche, équivalente à un gigawatt de puissance, doit être livrée au troisième semestre 2026. Jusqu’à cinq gigawatts additionnels pourraient suivre au fil des années suivantes.
Parallèlement, Meta aura la possibilité d’acheter, au cours des cinq prochaines années, des actions d’AMD au prix unitaire de 0,01 dollar. Le réseau social pourra progressivement monter jusqu’à 10% du capital, à condition de concrétiser l’ensemble des commandes promises et que le cours boursier de son partenaire atteigne 600 dollars – soit trois fois plus qu’aujourd’hui. Si ces deux conditions sont réunies, sa participation serait alors valorisée à près de 100 milliards de dollars, un montant proche de celui qu’il prévoit de dépenser dans le cadre de cet accord.
Tremplins commerciaux ?
Longtemps spécialisé dans les CPU, AMD tente depuis deux ans de prendre pied sur le segment des GPU dédiés à l’IA. Mais malgré une demande soutenue, que Nvidia peine à satisfaire, ses performances restent modestes. L’an dernier, l’activité data center du groupe a généré 16,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires, dont une large part provient des processeurs, contre 216 milliards chez Nvidia. Le groupe fait aussi face à une concurrence accrue, entre les puces développées en interne par des clients potentiels et celles proposées par des start-up spécialisées.
Ce contexte explique les accords signés avec OpenAI et Meta. AMD espère qu’ils représenteront des tremplins commerciaux pour ses cartes graphiques, en mettant particulièrement en avant leur caractère personnalisable, un potentiel avantage compétitif face à Nvidia. Le prix à payer peut sembler élevé: une dilution de près de 20% pour les actionnaires actuels. Mais Lisa Su, la directrice générale, assure que ces accords sont “gagnants-gagnants”, et que leur impact devrait être “transformationnel” pour l’entreprise, entraînant une forte hausse du cours boursier.
Pour aller plus loin:
– Comment l’IA est devenue un gigantesque meccano capitalistique
– Sam Altman évoque le risque d’une bulle de l’intelligence artificielle
La demande pour les GPU de Nvidia ne faiblit pas
Si les craintes de bulle autour de l’intelligence artificielle générative restent fortes, elles ne se reflètent pas dans les comptes de Nvidia. Entre novembre et janvier, le géant des processeurs graphiques a même enregistré une réaccélération de sa croissance. Son chiffre d’affaires a bondi de 73%, pour atteindre 68 milliards de dollars. Et la dynamique ne faiblit pas: pour le trimestre en cours, il anticipe des ventes de 78 milliards, en hausse de 77% sur un an. Autre signal positif, sa marge brute est repartie à la hausse, tandis que ses profits ont quasiment doublé, à 43 milliards.
Un modèle soutenable ?
“La demande en capacité de calcul croît de manière exponentielle”, assure Jensen Huang. Pour le patron de Nvidia, l’essor de l’IA agentique marque un “point d’inflexion”, alors que l’adoption par les entreprises “explose”. Le dirigeant ne craint pas la concurrence: les GPU Blackwell sont les “rois” de l’inférence. Un leadership que la nouvelle architecture Rubin devrait “renforcer”. Ce constat ne donne toutefois qu’une photographie à court terme. Personne ne doutait de la vigueur des ventes, alors que les grands de l’IA continuent d’investir des centaines de milliards de dollars.
Les doutes portent surtout sur la pérennité de ce modèle. À Wall Street, certains se demandent si l’explosion des investissements est tenable. D’autant que la durée réelle d’utilisation des GPU fait toujours débat. Certes, les avancées technologiques sont incontestables, mais leur adoption dans les entreprises progresse lentement. Et le potentiel des agents d’IA, censés accomplir des tâches de manière autonome, reste à prouver. Les revenus générés par l’IA apparaissent ainsi nettement en retrait par rapport à l’envolée des valorisations.
Pour aller plus loin:
- Les géants de la tech accélèrent encore leurs investissements dans l’IA
– En s’emparant de Groq, Nvidia accélère dans les puces dédiées à l’inférence
En perte de vitesse, PayPal devient une cible de rachat pour Stripe
L’opération entérinerait un changement d’époque. Selon Bloomberg, Stripe étudie une acquisition, totale ou partielle, de PayPal. Le spécialiste du paiement en ligne avalerait ainsi le pionnier du secteur, qu’il a lui-même contribué à bousculer. En panne de croissance, celui-ci traverse une période délicate en Bourse, au point de devenir une cible pour de potentiels acheteurs. Début février, le groupe s’est séparé de son directeur général Alex Chriss, après trois années de promesses non tenues. Il a été remplacé par Enrique Lores, ancien patron du fabricant d’ordinateurs HP.
Deux obstacles
Fondée en 2010, Stripe permet d’intégrer facilement une solution de paiement sur un site Internet ou une application mobile. La société revendique plus de cinq millions d’entreprises clientes, dont 90% des plus grandes multinationales américaines. L’an passé, près de 2.000 milliards de dollars de transactions ont transité par sa plateforme, en hausse de 34% sur un an. Ces dernières années, le groupe a enrichi son offre, notamment par l’intermédiaire d’acquisitions. Stripe assure être rentable. Et sa valorisation s’élève désormais à 159 milliards de dollars.
Deux obstacles majeurs se dressent toutefois sur la route d’un éventuel rachat de PayPal. Le premier est financier. Même si la capitalisation boursière de l’entreprise a chuté de 85% depuis l’été 2021, l’opération coûterait au moins 50 milliards de dollars. Stripe devrait alors s’endetter massivement ou procéder à un échange d’actions, possiblement dans le cadre de sa propre introduction en Bourse. Le second obstacle est réglementaire. Si les deux services ne sont pas strictement concurrents, un tel rapprochement renforcerait l’emprise de Stripe sur le marché du paiement en ligne.
Pour aller plus loin:
– Stripe n’est “pas pressé” de s’introduire en Bourse
– Pour ses 25 ans, PayPal rêve d’une seconde jeunesse
Crédit photos: AMD – Nvidia




