Les chiffres fous d'OpenAI
Le concepteur de ChatGPT signe un contrat à 300 milliards de dollars. Et s'attend à consommer 115 milliards de trésorerie en quatre ans
OpenAI signe avec Oracle un contrat à 300 milliards de dollars
Le montant est pharaonique, à la hauteur des ambitions démesurées de Sam Altman dans l’intelligence artificielle générative. Selon le Wall Street Journal, OpenAI vient de signer un contrat record pour entraîner et faire tourner ses modèles d’IA sur la plateforme de cloud d’Oracle. Son montant: 300 milliards de dollars sur cinq ans. Cet engagement historique scelle une alliance tissée depuis un an entre les deux entreprises. Il semble s’articuler autour de la construction, annoncée en juillet, de nouveaux centres de données capables de fournir 4,5 gigawatts de puissance – l’équivalent de la consommation d’une ville de quatre millions d’habitants. Le contrat pourrait également se substituer, au moins en partie, au projet Stargate, dévoilé en grande pompe en janvier avec une enveloppe de 500 milliards, mais resté depuis au point mort faute de financement.
Distance avec Microsoft – En s’alliant à Oracle, le concepteur de ChatGPT accélère sa prise de distance avec Microsoft. Depuis 2019, il s’appuyait uniquement sur Azure, la plateforme cloud du géant de Redmond, en vertu d’une clause négociée lorsque ce dernier avait injecté plusieurs milliards de dollars dans la start-up. L’an passé, sur fond de tensions entre les deux partenaires, Sam Altman a dénoncé un manque de puissance de calcul, freinant le développement de nouveaux modèles. Il a finalement obtenu la levée de cette exclusivité. Dans la foulée, OpenAI s’est rapproché d’Oracle, avec lequel il construit déjà un data center dans le Texas – qui contrairement à ce qu’affirme l’entreprise ne relève du projet Stargate, dans lequel est aussi associé le japonais Softbank. Elle a aussi signé un contrat, beaucoup plus modeste, avec Google.
Puce maison – Parallèlement, OpenAI s’est associé à Broadcom pour développer son tout premier accélérateur dédié à l’intelligence artificielle générative, rapporte la presse anglo-saxonne. L’accord se chiffre à dix milliards de dollars. La production doit débuter l’été prochain. La start-up imite ainsi Google, Amazon, Microsoft ou encore Meta. Son objectif n’est pas de remplacer les puissantes cartes graphiques de Nvidia, indispensables pour entraîner les nouveaux modèles d’IA, mais de répondre à certains besoins spécifiques. Cette initiative doit permettre de réduire les coûts et la dépendance à Nvidia. OpenAI et Broadcom collaborent sur ce projet depuis environ un an, d’après l’agence Reuters. La start-up vedette de l’IA a recruté une équipe de plusieurs dizaines de personnes, notamment d’anciens ingénieurs qui ont travaillé sur les puces d’IA de Google.
115 milliards – Ces puces pourront être déployées dans les centres de données d’Oracle. Le contrat signé avec OpenAI doit débuter en 2027. Il pourrait se chiffrer à 30 milliards de dollars la première année, avant de monter en puissance. OpenAI ne dispose pas de tels moyens. Certes, la start-up a déjà levé des dizaines de milliards, mais une grande partie de cette somme servira à compenser les lourdes pertes qu’elle s’attend à enregistrer. Même si son chiffre d’affaires augmente – il a atteint 12 milliards de dollars en rythme annualisé cet été –, cela ne suffira pas. L’entreprise aura très certainement besoin de nouveaux financements. Dans un document présenté aux investisseurs, obtenu par The Information, OpenAI indique qu’elle s’attend à consommer 115 milliards de dollars de trésorerie d’ici à 2029, soit 80 milliards de plus que la précédente estimation.
Pour aller plus loin:
– OpenAI va lever jusqu’à 40 milliards de dollars, un record
– Pourquoi OpenAI recrute la Française Fidji Simo pour épauler Sam Altman
Après quatre ans d'attente, Klarna fait ses débuts à Wall Street
Quatre ans après ses premières ambitions boursières, Klarna a finalement fait ses débuts mercredi sur le New York Stock Exchange. Le spécialiste suédois du “achetez maintenant, payez plus tard” a conclu sa première journée de cotation sur une hausse de 15%. Sa capitalisation s’élève ainsi à 20 milliards de dollars, soit 8 milliards de moins que son rival américain Affirm. C’est aussi très loin de la valorisation de 46 milliards – un record pour une start-up européenne – touchée en 2021, en pleine euphorie post-Covid, lors d’une levée de fonds menée par Softbank. Rattrapé par la fin de l’argent facile, Klarna a traversé des années difficiles, contraint de licencier et d’accepter une forte décote de sa valeur pour faire face à ses pertes. Ses performances opérationnelles se sont depuis nettement améliorées, renouant même avec les profits en début d’année.
Sans frais – Fondée en 2005, Klarna revendique 111 millions d’acheteurs au cours des douze derniers mois. La plateforme permet de régler des achats en plusieurs fois sans frais. Pour les dépenses plus importantes, elle offre des crédits pouvant aller jusqu’à 36 mois, avec des taux d’intérêt. Elle permet aussi de différer les paiements, le temps notamment d’essayer un article et de le retourner sans jamais être débité. Selon Klarna, ces nouvelles options permettent d’augmenter le taux de conversion de 20%, le panier moyen de 40% et la fréquence d’achat de 46%. La société revendique près de 790.000 marchands partenaires, dont Nike, H&M et Ikea. Elle se rémunère principalement en leur facturant des commissions. Elle propose aussi une carte bancaire, physique ou virtuelle, pour régler des achats en magasin ou sur les sites non-partenaires, comme Amazon.
Menace réglementaire – L’an passé, 105 milliards de dollars d’achats ont transité par Klarna. Confrontée à un ralentissement de sa croissance, la start-up mise sur les crédits longue durée – et sur leurs taux d’intérêt à deux chiffres. S’ils ne représentent que 2% des transactions, ces crédits génèrent déjà un quart du chiffre d’affaires. Klarna profite aussi indirectement de l’abandon par Apple de son offre de paiement fractionné. Mieux encore, le groupe à la pomme a intégré ses offres de financement à Apple Pay. Les possesseurs d’iPhone peuvent ainsi directement régler leurs achats en magasin avec Klarna. Mais la start-up suédoise reste exposée à une menace majeure: le durcissement de la réglementation au Royaume-Uni ou en Australie. Elle est accusée, comme ses rivales, de favoriser le surendettement, notamment chez les jeunes consommateurs.
L’IA remplace les salariés – Après des années de lourdes pertes, Klarna flirte enfin avec la rentabilité, atteinte au premier trimestre mais pas au second. La fintech revient de loin: en 2022, son déficit s’élevait à un milliard de dollars – du jamais vu chez une start-up européenne. Depuis, elle a augmenté ses recettes tout en stabilisant ses dépenses. Son patron, Sebastian Siemiatkowski, promet d’aller encore plus loin grâce à l’intelligence artificielle, qui remplace déjà l’équivalent de 800 salariés du service client. Il compte ramener les effectifs à 2.000 personnes, contre 5.000 il y a trois ans. En outre, Klarna a réduit ses pertes sur crédit, enregistrées lorsqu’un acheteur n’effectue pas tous les versements prévus. Leur niveau repart toutefois légèrement à la hausse. En cause: la hausse des crédits longue durée, plus lucratifs mais aussi plus risqués.
Pour aller plus loin:
– Pour la French Tech, enfin l’heure des introductions en Bourse ?
– La plateforme de crédit Younited va entrer en Bourse
Crédit photos: OpenAI – Klarna



