Les ambitions (irréalistes ?) d'OpenAI dans la pub
Et aussi: Amazon rachète Globalstar – OpenAI accuse Anthropic
Les ambitieux (et irréalistes ?) objectifs d’OpenAI dans la publicité
À peine lancé sur le marché de la publicité, OpenAI affiche déjà de grandes ambitions. Fort de “premiers résultats encourageants”, le créateur de ChatGPT anticipe une croissance aussi fulgurante qu’inédite, selon des documents présentés aux investisseurs et consultés par les médias américains The Information et Axios. En seulement cinq ans, il estime pouvoir atteindre la barre des 100 milliards de dollars de recettes publicitaires. Un niveau qui le hisserait dans le quatuor mondial du marché, seulement devancé par Google, Meta et Amazon – mais devant YouTube et TikTok.
L’optimisme d’OpenAI repose sur deux piliers. D’abord, une adoption toujours plus massive de ChatGPT. Trois ans et demi après son lancement, le chatbot attire déjà plus de 900 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires. La société projette une audience de 2,75 milliards d’ici 2030 – similaire à celles de Facebook ou Instagram, et supérieure à celle de TikTok. Ensuite, un positionnement jugé stratégique, au plus près des intentions d’achat des internautes, offrant de meilleurs taux de conversion. Deux atouts qui doivent rendre la plateforme incontournable pour les annonceurs.
8 millions de dollars sur un mois
L’entreprise n’en est encore qu’à ses balbutiements sur le marché publicitaire. Elle a lancé une première phase pilote début février, limitée aux États-Unis. Celle-ci a été prolongée au moins jusqu’à la fin du mois d’avril, tout en s’élargissant à trois nouveaux pays: le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. “Nous espérons poursuivre notre expansion sur de nombreux autres marchés cette année”, promet OpenAI. À terme, les messages publicitaires devraient être généralisés à l’ensemble des utilisateurs gratuits et des abonnés à sa nouvelle offre à bas prix Go.
Sur les six premières semaines de tests, plus de 600 annonceurs ont mené une campagne sur le chatbot. Et les recettes ont dépassé le seuil des 100 millions de dollars en rythme annualisé – soit un peu plus de 8 millions sur une période d’un mois. La société dirigée par Sam Altman anticipe une montée en puissance spectaculaire. Elle table sur un chiffre d’affaires publicitaire de 2,6 milliards de dollars cette année. Elle vise ensuite 11 milliards en 2027, puis 25 milliards en 2028 et 53 milliards en 2029, avant de franchir le cap des 100 milliards dès l’année suivante.
Une infrastructure publicitaire à bâtir
Pour passer à l’échelle, OpenAI doit encore bâtir une véritable infrastructure publicitaire, aujourd’hui réduite au strict minimum. La société commence tout juste à tester une plateforme en libre-service, permettant aux annonceurs de créer et gérer eux-mêmes leurs campagnes – un outil indispensable pour toucher les millions de PME qui constituent le socle du modèle publicitaire de Google et de Meta. Elle vient aussi d’abaisser le minimum d’achat. Elle devra ensuite renforcer ses outils de mesure, afin de permettre aux annonceurs d’évaluer l’efficacité réelle de leurs campagnes.
Cette étape sera primordiale pour justifier son positionnement tarifaire. OpenAI n’a pas opté pour une facturation au clic, à l’inverse de Google ou Amazon, faisant ainsi peser le risque sur les marques. Ses prix sont par ailleurs très élevés, supérieurs par exemple à ceux des plateformes de streaming. Autre défi: améliorer la pertinence des annonces. Selon Adweek, certains annonceurs ont constaté des taux de clic inférieurs à 1%. Un challenge d’autant plus complexe que la start-up cherche, dans le même temps, à élargir la diffusion de ses publicités à un nombre croissant de requêtes.
Objectifs ambitieux ou irréalistes ?
Une telle trajectoire de croissance serait du jamais-vu. Google a mis quinze ans pour atteindre des recettes publicitaires à douze chiffres. Meta a pris quatorze ans. Et Amazon ne devrait y parvenir qu’en 2028, selon les prédictions d’eMarketer, soit douze ans après l’apparition des premières annonces sur son site. Le contexte a toutefois changé. Non seulement le marché de la publicité en ligne est désormais bien plus mature, mais l’essor de l’IA est aussi bien plus rapide. En outre OpenAI est, pour l’instant, le seul acteur du secteur à s’engager pleinement sur ce terrain.
Qu’ils soient simplement très ambitieux ou totalement irréalistes, ces objectifs doivent surtout être lus dans la perspective d’une préparation à une prochaine introduction en Bourse, probablement d’ici la fin de l’année. Au-delà des chiffres avancés, ils visent avant tout à convaincre les investisseurs que l’entreprise dispose d’une feuille de route pour monétiser son immense base d’utilisateurs gratuits. L’enjeu est crucial pour atteindre la rentabilité, alors même que cette audience génère des coûts considérables en raison des frais d’inférence liés à la génération de texte.
Pour aller plus loin:
– Contrairement à ChatGPT, Anthropic promet de ne jamais afficher de publicités
– Meta sur le point de dépasser Google dans la publicité en ligne
OpenAI accuse Anthropic de “gonfler” son chiffre d’affaires
La bataille de l’intelligence artificielle générative ne se joue pas seulement sur le terrain technologique. Elle se mène aussi sur celui de la communication. Tout juste dépassé en termes de chiffre d’affaires par Anthropic, OpenAI accuse désormais son grand rival de “gonfler” ses performances. “Ils utilisent des méthodes comptables qui donnent une image exagérée des revenus”, dénonce l’une de ses dirigeantes dans un mémo interne obtenu par le site The Verge. Un message destiné à rassurer les employés face à l’impressionnante montée en puissance du concepteur de Claude.
8 milliards de dollars en moins
Le différend entre les deux entreprises porte sur la manière de comptabiliser les ventes indirectes, lorsque leurs modèles sont utilisés via des plateformes de cloud. Selon The Information, OpenAI n’inscrit que la part qui lui revient, soit environ 20%. À l’inverse, Anthropic enregistre l’intégralité des montants payés en chiffre d’affaires, puis reporte les sommes perçues par ses partenaires comme des dépenses marketing. Cette approche, qui ne répond pas aux “standards” des entreprises cotées selon OpenAI, gonfle les revenus, au prix d’une dégradation du taux de marge.
La société estime ce surplus à huit milliards de dollars en rythme annualisé. Ainsi, le chiffre d’affaires “réel” d’Anthropic ne serait que de 22 milliards, soit deux de moins que le sien. Sur le fond, cela ne change pas grand-chose: la dynamique commerciale de son rival apparaît plus soutenue, notamment grâce à Claude Code, son modèle de programmation. Si la dirigeante d’OpenAI reconnaît un retard au démarrage, elle pointe aussi une erreur stratégique de son concurrent: ne pas avoir investi suffisamment tôt dans les capacités de calcul nécessaires pour absorber l’explosion des usages.
Pour aller plus loin:
– En levant 30 milliards de dollars, Anthropic accentue la pression sur OpenAI
– Trois ans après le lancement de ChatGPT, l’heure des doutes pour OpenAI
Pourquoi Amazon rachète l’opérateur de satellites Globalstar
À quelques mois du lancement commercial de Leo, son projet d’Internet par satellites, Amazon démontre sa détermination à rivaliser avec la constellation Starlink de SpaceX. Mardi, le géant du commerce en ligne a officialisé la deuxième plus importante acquisition de son histoire, signant un chèque de 11,6 milliards de dollars pour mettre la main sur l’opérateur de satellites Globalstar. L’opération, dont la finalisation est espérée l’an prochain, doit notamment permettre d’étendre la portée de son offre, avec une connectivité directe pour les smartphones.
Ce rachat s’accompagne d’un accord commercial avec Apple. Le groupe à la pomme est en effet l’un des principaux investisseurs de Globalstar: il contrôle 20% du capital, après avoir investi 1,5 milliard de dollars en 2024. Il est surtout son client le plus emblématique: c’est sur ses satellites que repose la fonctionnalité permettant de contacter les secours même sans couverture réseau. Dans un premier temps, Amazon continuera à lui fournir ce service, avant de potentiellement lui proposer des fonctionnalités plus avancées, comme une connexion haut débit dans les zones blanches.
250 satellites opérationnels
Lancé sous le nom de Kuiper, le projet a été rebaptisé Leo l’an passé. Il vise à déployer 3.200 satellites sur une orbite basse, à 600 kilomètres de la Terre – contre 36.000 kilomètres pour les traditionnels satellites géostationnaires. Officiellement, cette constellation doit permettre de connecter à Internet haut débit les régions qui ne le sont pas encore, notamment celles qui sont trop isolées pour rentabiliser la construction d’une infrastructure terrestre. Mais Leo pourrait également, à l’instar de Starlink, concurrencer la fibre optique dans les zones déjà couvertes.
Le projet Leo a accumulé les retards. Les premiers satellites n’ont été lancés que l’an passé. Environ 250 appareils sont désormais opérationnels, encore loin de la flotte de 578 nécessaire pour le lancement commercial. De nouveaux lancements sont prévus dans les prochains mois pour atteindre ce seuil. En revanche, Amazon ne pourra pas tenir l’engagement pris devant la FCC, le régulateur américain des télécoms, de déployer 1.600 satellites avant juillet. En face, la constellation de Starlink dépasse les 10.000 unités. Et le service vient de franchir la barre des 10 millions de clients.
Fréquences mobiles
Les difficultés d’Amazon ont d’abord été industrielles, notamment parce que ses dirigeants ont fait le choix de ne pas sous-traiter la production. Il y a un an, son usine ne fabriquait qu’environ un satellite par jour, cinq fois moins que le rythme de production espéré, rapportait Bloomberg. Autre handicap: contrairement à SpaceX, la société ne dispose pas de ses propres lanceurs pour déployer ses satellites. Elle a longtemps été dépendante des avancées technologiques de ses partenaires, dont Arianespace. Elle reste aujourd’hui tributaire de leur calendrier de lancement.
En rachetant Globalstar, Amazon se félicite d’acquérir une “expertise opérationnelle” dans le déploiement et la gestion d’une flotte de satellites. Surtout, le groupe de Seattle récupère de précieuses fréquences MSS (services mobiles par satellite) au niveau mondial, indispensables à sa future offre dédiée aux smartphones. Celle-ci devrait être lancée en 2028, promet-il. Deux accords ont déjà été signés, avec AT&T aux États-Unis et avec Vodafone en Europe et en Afrique. Dans cette optique, les 24 satellites déjà déployés par Globalstar ne lui seront, en revanche, pas utiles.
Pour aller plus loin:
– Starlink se rapproche de son objectif… et vise le marché du mobile
– Google souhaite déployer des data centers dans l’espace
Crédit photos: OpenAI – Globalstar




