Le pari risqué de Spotify
Et aussi: Huawei mise sur les montres en Europe – Microsoft s'éloigne aussi d'OpenAI
Spotify améliore son offre gratuite, au risque de perdre des abonnés payants ?
Longtemps réservée aux abonnés payants, la lecture à la demande sur smartphone figurait parmi les principaux arguments de vente de Spotify. La plateforme suédoise de streaming a pourtant décidé d’assouplir sa stratégie. Depuis la semaine dernière, même les utilisateurs de l’offre gratuite peuvent désormais écouter le morceau de leur choix. Ce changement met fin à la contrainte de l’écoute aléatoire, mais seulement partiellement: le temps d’écoute à la demande sera plafonné chaque jour, puis le nombre de chansons “passées” sera aussi limité. Spotify espère attirer un nouveau public, en particulier les adolescents qui privilégient YouTube. Et ainsi accroître ses recettes publicitaires. Ses dirigeants font le pari que cette évolution ne freinera pas la conversion vers l’abonnement payant, et qu’elle ne poussera pas non plus les clients actuels à résilier.
Un euro par trimestre – Fin juillet, Daniel Ek n’a pas caché son agacement face aux progrès publicitaires “trop lents” de Spotify. La veille, le directeur de la publicité avait annoncé son départ, conclu à l’amiable. Le patron de la plateforme doit composer avec l’impatience des maisons de disques, qui lui réclament une meilleure monétisation des offres financées par les annonceurs. Et pour cause: chaque utilisateur gratuit ne rapporte qu’environ un euro par trimestre à Spotify. Ces comptes représentent près des deux tiers de son audience, soit plus de 430 millions de personnes, mais ne génèrent qu’un peu plus de 10% du chiffre d’affaires. Plus inquiétant encore, la croissance s’essouffle. Malgré la hausse du nombre d’écoutes, les recettes publicitaires ont reculé de 1% au deuxième trimestre, une baisse que Spotify attribue à une “pression sur les prix”.
“Une aubaine” – En enrichissant son offre gratuite, Spotify entend s’adapter aux nouveaux usages. “Les jeunes s’attendent à pouvoir choisir ce qu’ils consomment”, souligne Gustav Gyllenhammar, vice-président chargé des marchés et des abonnements, interrogé par MBW. La société suédoise anticipe ainsi une croissance de son audience gratuite, mais aussi un engagement accru – un nombre moyen de chansons écoutées par utilisateur plus élevé. “Une aubaine pour notre activité publicitaire”, prédit le dirigeant. Pour en tirer pleinement profit, Spotify compte sur plusieurs initiatives initiées au printemps: le déploiement de sa propre plateforme publicitaire, offrant un accès direct à ses inventaires; de nouveaux outils de ciblage et de mesure, censés répondre aux critiques récurrentes des annonceurs; et des solutions d’IA pour faciliter la production de spots audio.
Hausse des prix – Cette stratégie pourrait cependant s’avérer risquée, en supprimant une raison de souscrire à l’offre payante, qui représente près de 90% des recettes de Spotify. L’entreprise souligne que l’expérience de lecture optimale, sans restriction ni publicité, reste réservée à ses abonnés. Elle met aussi en avant d’autres fonctionnalités récentes, comme l’audio sans perte, qui offre une qualité sonore optimale. Le danger ne réside pas tant dans une vague de résiliations, car les utilisateurs acceptent difficilement de revenir à une expérience dégradée, que dans un frein au passage de l’offre gratuite vers l’abonnement. Or, cette conversion est au cœur du modèle économique de Spotify, et de ses accords avec les maisons de disques. Un risque d’autant plus important que le prix des abonnements ne cesse d’augmenter, passant de 10 à 12 euros par mois.
Pour aller plus loin:
– Les “superfans”, nouvelle vache à lait du streaming musical
– Pourquoi l’industrie du disque accuse Spotify de “trahison”
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Exit les smartphones, Huawei mise sur les montres connectées en Europe
Cinq ans après l’entrée en vigueur de sévères sanctions américaines, Huawei a perdu de sa superbe en Europe. Mais le groupe de Shenzhen se veut toujours ambitieux, dans le sillage du spectaculaire rebond de ses ventes en Chine. La semaine dernière, au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, il a ainsi dévoilé en grande pompe sa nouvelle gamme de produits destinée aux marchés européens. Une présentation qui illustre son nouveau positionnement commercial sur le continent: la marque ne mise plus sur les smartphones, mais sur les montres connectées, en particulier celles dédiées aux sportifs. Sans avoir retrouvé ses sommets, elle enregistre “une croissance rapide sur la plupart des marchés”, se félicite Richard Liu, son directeur de la branche grand public pour la France. Dans l’Hexagone, le chiffre d’affaires a ainsi progressé de 30% l’an dernier.
Liste noire – Accusé d’espionnage au profit de Pékin, Huawei a été placé sur une liste noire par les États-Unis, lui interdisant, sauf dérogation, toute relation commerciale avec des entreprises américaines depuis septembre 2020. Cette sanction a eu deux impacts majeurs pour ses smartphones. D’abord, l’interdiction d’acheter des puces 5G à Qualcomm, ce qui a plombé son attractivité en Chine, alors en pleine transition vers cette technologie. Ensuite, l’impossibilité d’installer le système d’exploitation Android, et par extension son indispensable boutique d’applications Play Store, un handicap majeur sur les marchés occidentaux. Alors qu’elle venait de ravir la première place mondiale du secteur à Samsung et qu’elle captait près d’un quart du marché européen, la marque a donc vu ses ventes s’effondrer en quelques semaines – tombant quasiment à zéro hors de Chine.
Numéro un mondial – Si Huawei propose encore quelques modèles de smartphones en Europe, ses efforts se concentrent sur les montres connectées, compatibles avec l’iPhone et les terminaux Android. Au deuxième trimestre, le groupe chinois a détrôné Apple de la première place du marché, selon les estimations du cabinet Counterpoint. Mais plus de deux tiers de ses ventes ont été réalisées en Chine. Ailleurs, il est largement devancé par son rival américain, mais aussi par Samsung – un classement, lui aussi, à relativiser, car ses montres ne sont pas disponibles aux États-Unis. S’il met en avant les innovations maison, Richard Liu reconnaît à demi-mot qu’il est plus difficile de rester présent dans l’esprit des consommateurs sans smartphones au catalogue. Les montres Huawei sont, par exemple, peu présentes, voire absentes, dans les boutiques des opérateurs.
Succès en Chine – La situation est bien différente en Chine. Porté par ses derniers modèles 5G, Huawei a récupéré cet été son rang de leader, devant Apple, Xiaomi ou encore Vivo. La récompense d’une ambitieuse stratégie en R&D pour contourner les sanctions américaines. Le groupe n’a pas seulement conçu son propre système d’exploitation, sans s’appuyer sur la version open source d’Android. Il a aussi développé son propre processeur 5G, gravé par le fondeur chinois SMIC. Il y a tout juste un an, il s’est aussi offert une formidable vitrine en lançant le premier smartphone qui se plie en trois. Malgré ces succès domestiques, Huawei ne prévoit pas de repasser à l’offensive en Europe, indique Richard Liu. L’absence d’Android et de populaires applications américaines, comme Gmail, YouTube ou Instagram, reste bien trop pénalisante.
Pour aller plus loin:
– Sociétés écrans et usines fantômes: comment Huawei déjoue les sanctions américaines
– Huawei lance le premier smartphone qui se plie en trois
En intégrant les modèles d’Anthropic, Microsoft s’éloigne encore d’OpenAI
Il n’y a pas qu’OpenAI qui s’éloigne sans cesse de Microsoft. La réciproque est également vraie. Mercredi, le géant de Redmond a confirmé l’ajout des modèles Claude d’Anthropic, le grand rival du concepteur de ChatGPT, au sein de Copilot, ses outils d’intelligence artificielle générative. Le déploiement, pour l’instant limité à deux fonctionnalités, marque une nouvelle rupture entre les deux partenaires. Jusqu’à présent, Microsoft s’appuyait uniquement sur les modèles d’OpenAI, dans le cadre d’un accord commercial qui s’étend jusqu’en 2030, ainsi que sur ses propres modèles développés en interne après le recrutement de Mustafa Suleyman, l’un des fondateurs de DeepMind, le laboratoire d’IA racheté par Google. En mai déjà, la plateforme pour développeurs Github, propriété du groupe, avait intégré les modèles de génération de code d’Anthropic. Selon The Information, les équipes de Microsoft estiment les modèles de la start-up sont les plus performants sur certaines tâches. Cette annonce intervient alors que Microsoft et OpenAI sont en pleines négociations autour de leur future relation, à la fois capitalistique et commerciale.
Pour aller plus loin:
–OpenAI se rapproche d’un accord avec Microsoft pour changer de statut
– Face à OpenAI et Google, Anthropic continue de lever des milliards de dollars
Crédit photos: Spotify – Huawei





