Le pari à 75 milliards de Netflix
Et aussi: Samsung lance un smartphone qui se plie en trois
Pourquoi Netflix souhaite racheter les studios Warner Bros
En 2013, Ted Sarandos affichait clairement l’ambition de Netflix. “Devenir HBO avant que HBO ne devienne Netflix”, expliquait son co-directeur général, à l’époque responsable des contenus. Douze ans plus tard, la plateforme de streaming vidéo n’a pas seulement éclipsé la grande chaîne câblée américaine. Elle souhaite désormais mettre la main sur son immense catalogue de séries, proposant de racheter, à prix fort, une partie de sa maison mère Warner Bros Discovery (WBD) – y compris ses emblématiques studios de tournage.
Une telle opération représenterait une rupture pour Netflix. Depuis ses débuts en 1997, la société de Los Gatos a réalisé peu d’acquisitions, se contentant de reprendre quelques détenteurs de droits et studios de jeux vidéo. “Nous venons d’une longue tradition de bâtisseurs plutôt que d’acquéreurs”, rappelait récemment Greg Peters, son deuxième patron. Pour rafler la mise, elle pourrait débourser environ 60 milliards de dollars, sans compter une reprise partielle de la dette de WBD. Un montant qui interpelle de nombreux analystes.
Nombreuses franchises à succès
WBD est née de la fusion entre l’ex-Time Warner, racheté en 2018 par le géant des télécoms AT&T, et le groupe de médias Discovery, propriétaire notamment de la chaîne éponyme et d’Eurosport. L’entreprise rassemble un vaste portefeuille d’actifs: les studios Warner, une vingtaine de chaînes de télévision, la plateforme de streaming HBO Max ou encore l’éditeur DC Comics. Elle détient surtout un catalogue riche de franchises à succès: Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, Game of Thrones, Friends, Batman…
Trois ans seulement après sa création, WBD affiche une santé financière fragile, minée à la fois par l’érosion continue de la télévision linéaire et par un endettement colossal. Initialement, ses dirigeants envisageaient de scinder le groupe en deux, séparant les chaînes TV du reste. Désormais, ils semblent privilégier une vente totale ou partielle. Selon Bloomberg, si Apple et Amazon ont un temps examiné le dossier, seuls trois acheteurs potentiels restent en lice: Netflix, Comcast, propriétaire des studios Universal, et Paramount.
Produits dérivés
Pour Netflix, cette acquisition relèverait à la fois d’une stratégie défensive et offensive. Défensive, en empêchant Peacock (détenu par Comcast) ou Paramount+ de devenir un concurrent bien plus redoutable. Offensive, en renforçant son offre. L’objectif ne serait pas tant d’attirer de nouveaux clients que de limiter les désabonnements et de justifier de futures hausses tarifaires. Le rachat pourrait aussi doper la consommation de contenus, augmentant mécaniquement l’inventaire publicitaire disponible sur les offres avec publicités.
Warner offrirait également à Netflix l’accès à deux atouts recherchés depuis longtemps. D’abord, d’immenses studios où tourner ses productions maison. Ensuite, des franchises déclinables en produits dérivés, spectacles, jeux vidéo ou parcs d’attractions. La société s’est déjà engagée dans cette voie, avec des jouets et accessoires inspirés de sa série Stranger Things ou de son film Kpop Demons Hunter. Elle vient aussi d’ouvrir sa première “Netflix House”. Les franchises de Warner lui permettraient cependant d’aller beaucoup plus loin.
Bénéfique pour les consommateurs ?
Si les relais de croissance offerts par Warner sont indéniables, c’est davantage le prix potentiel qui suscite des interrogations. “Il y a de meilleurs moyens de dépenser 75 milliards de dollars”, résume le cabinet Lightshed. De plus, Netflix devra, au moins à court terme, revenir sur deux pratiques qu’elle a toujours refusé d’adopter: sortir ses films en salles – ce qui implique, dans certains pays, de respecter la chronologie des médias – et licencier une partie des contenus à d’autres plateformes ou à des chaînes de télévision.
WBD est en effet liée par des obligations contractuelles que Netflix devra honorer. Ces changements pourraient également être nécessaires pour rentabiliser l’opération ou être imposés par les autorités de la concurrence. Sur ce point, la partie semble loin d’être gagnée, même si Amazon a pu racheter les mythiques studios Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) en 2022. Netflix prépare déjà le terrain, soulignant que l’acquisition de Warner permettrait aux consommateurs de réaliser des économies, en regroupant ses contenus et ceux de HBO au sein d’un seul abonnement.
Pour aller plus loin:
– L’improbable alliance entre Netflix et Amazon
– Pourquoi Netflix n’en finit plus d’augmenter ses prix
Samsung lance son premier smartphone qui se plie en trois
Quatre ans après avoir dévoilé un premier prototype de smartphone se pliant en trois, Samsung lance enfin un modèle commercial. Baptisé Galaxy Z TriFold, l’appareil sera disponible à partir de la semaine prochaine, mais uniquement en Corée du Sud. Son prix: 3,6 millions de wons, soit environ 2.100 euros. Il sera ensuite lancé au compte-gouttes dans quelques pays, dont la Chine, avant d’être vendu aux États-Unis l’an prochain. Sa commercialisation en Europe n’est, en revanche, pas prévue pour le moment
Ce smartphone constitue une étape logique pour Samsung. La marque a en effet été la première à proposer des terminaux pliables, dès 2019. Elle contrôle aujourd’hui près de deux tiers du marché, selon les estimations du cabinet Counterpoint. Cette fois-ci, elle a été devancée par Huawei, qui a lancé un appareil à double pli l’an dernier. Samsung sera néanmoins le seul acteur à proposer ce type de modèle sur les marchés occidentaux. Les ventes devraient toutefois rester marginales, en raison d’un prix prohibitif.
Bientôt un iPhone pliable ?
Une fois déplié, le Galaxy Z TriFold offre une diagonale de 10 pouces, équivalente aux écrans juxtaposés de trois smartphones. Il permet ainsi de faire tourner simultanément trois applications mobiles. Samsung met également en avant son mode DeX, qui propose une expérience plus proche de celle d’un ordinateur. Contrairement au modèle lancé par Huawei, l’appareil ne se déploie pas en forme de “Z”, mais se replie sur la partie centrale. Conséquence: un écran externe, situé au dos, permet l’usage du smartphone lorsqu’il est replié.
Au-delà de la prouesse technologique, les terminaux pliables peinent encore à trouver leur public. Moins de 20 millions d’exemplaires ont été vendus l’an passé, soit même pas 2% du marché. Outre leur prix élevé, ces smartphones souffrent d’une image mêlant fragilité et expérience utilisateur perfectible. La dynamique pourrait toutefois s’accélérer l’an prochain, prédit Counterpoint, grâce au lancement annoncé d’un premier iPhone pliable. Avec le Galaxy Z TriFold, Samsung espère, lui, conserver une longueur d’avance sur son grand rival.
Pour aller plus loin:
– Huawei lance le premier smartphone qui se plie en trois
– Samsung lance la mode des smartphones ultra-fin
Crédit photos: WBD – Samsung



