Le lobbying gagnant de Nvidia
Et aussi: L'Australie interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans
Après des mois de lobbying, Nvidia peut de nouveau exporter ses puces d’IA en Chine
Le lobbying de Jensen Huang auprès de la Maison-Blanche a fini par porter ses fruits. Nvidia va de nouveau être autorisé à exporter vers la Chine ses GPU dédiés à l’intelligence artificielle générative – à condition, toutefois, que les promesses de Donald Trump se concrétisent réellement, contrairement à cet été. Le groupe de Santa Clara pourra même y commercialiser des modèles nettement plus puissants que ceux qu’il pouvait vendre en début d’année. En échange, il versera 25% du montant de ces exportations au gouvernement américain.
Une inconnue demeure: le régime chinois autorisera-t-il ses entreprises à se fournir chez Nvidia, après leur avoir ordonné en septembre de ne plus utiliser de cartes graphiques américaines ? “Je n’en ai aucune idée”, reconnaît Jensen Huang. Le patron de l’entreprise se veut cependant optimiste. Selon lui, ce que Pékin refuse avant tout, ce sont des “puces dégradées”, comme les modèles précédemment disponibles sur le marché chinois. D’après le Financial Times, tout achat sera néanmoins soumis à une autorisation et devra être justifié.
Avant-dernière génération
Concrètement, Nvidia sera autorisé à commercialiser ses H200, officiellement lancées au printemps 2024, mais seulement auprès d’acheteurs “approuvés” par Washington. S’il ne s’agit pas de la toute dernière architecture Blackwell, ces puces restent très performantes pour l’entraînement comme pour l’inférence de modèles avancés d’IA. Elles sont aussi nettement supérieures aux GPU H20, vendus jusqu’en avril en Chine et spécifiquement conçus pour respecter les seuils de puissance imposés par l’administration américaine.
Surtout, les H200 conservent une nette longueur d’avance sur les puces chinoises conçues par Huawei, Alibaba ou Baidu, proches des H20. Pékin avait jusqu’ici tout intérêt à bannir Nvidia afin de favoriser l’émergence d’alternatives locales. Mais l’écart de performance apparaît désormais trop important pour être ignoré. L’accès à ces GPU permettrait aux groupes chinois de combiner cette puissance supplémentaire avec leurs avancées en matière d’entraînement, afin de développer des modèles capables de rivaliser, voire de dépasser, les modèles américains.
Nvidia redoute la concurrence chinoise
Le revirement américain représente une sacrée victoire pour Nvidia. Depuis des mois, Jensen Huang réclame un assouplissement des restrictions d’exportation. Et pour cause: celles-ci se traduisent par un gigantesque manque à gagner. “Le marché chinois aurait pu représenter une opportunité d’environ 50 milliards de dollars cette année”, déplorait-il fin août. Entre août et octobre, seulement 5% du chiffre d’affaires de l’entreprise a été réalisé en Chine, essentiellement grâce à la vente de GPU destinés aux jeux vidéo, contre 23% un an plus tôt.
Au-delà, le fondateur de Nvidia affirme que les mesures américaines risquent d’être contre-productives. Priver la Chine d’accès aux GPU les plus avancés ne fait qu’intensifier ses efforts pour développer des alternatives locales. Huawei et d’autres acteurs ont déjà enregistré des progrès spectaculaires, même s’ils restent encore loin derrière. À terme, Jensen Huang redoute que les puces chinoises deviennent suffisamment compétitives pour conquérir des parts de marché en dehors de la Chine, tout en exerçant une pression à la baisse sur les prix.
Plus une menace ?
En attendant de voir si les vannes seront réellement ouvertes, cette séquence représente une victoire pour Pékin. Son interdiction d’acheter les GPU de Nvidia a changé la donne. Plutôt que de garder toutes les cartes en main, décidant au gré de nouvelles restrictions et de licences d’exportation quelles puces d’IA pouvaient être vendues aux entreprises chinoises, les États-Unis ont dû trouver une solution pour ne pas être définitivement exclus du marché. Et ont donc accepté d’autoriser l’exportation de puces encore plus puissantes.
En avril, l’exportation des H20 avait été jugée comme une menace pour la sécurité nationale, notamment suite aux avancées de la start-up DeepSeek. À peine huit mois plus tard, les groupes chinois auront accès à des GPU encore largement utilisés par leurs rivaux occidentaux. Ironie de l’histoire: le département de la Justice a démantelé lundi un réseau d’exportation illégale de H200 en Chine. “Ces puces sont les éléments essentiels de la suprématie en IA et jouent un rôle clé dans les applications militaires modernes”, souligne-t-il.
Pour aller plus loin:
– Pourquoi la Chine ne veut plus acheter les puces IA de Nvidia
– Pourquoi Huawei minimise ses progrès dans les puces d’IA
L’Australie interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans
C’est une première mondiale scrutée de près, en particulier en Europe. Depuis quelques heures, les adolescents australiens de moins de 16 ans n’ont légalement plus le droit d’accéder aux dix principales plateformes sociales. Exit TikTok, Instagram, Snapchat, Reddit ou encore X. Mais aussi Twitch et YouTube – mais pas YouTube Kids. “Les réseaux sociaux font beaucoup de mal aux enfants”, justifie le premier ministre Anthony Albanese, soutenu dans cette initiative par les deux principaux partis politiques du pays.
Sur le papier, la législation est stricte. Elle ne prévoit aucune exception, pas même en cas d’accord parental. Elle s’applique également aux comptes déjà ouverts, qui doivent être fermés. Aucune sanction n’est toutefois prévue pour les adolescents qui contournent l’interdiction, ni pour leurs parents. La responsabilité repose entièrement sur les plateformes, qui doivent mettre en place des “mesures raisonnables” pour empêcher l’accès, sous peine de d’amendes pouvant atteindre 50 millions de dollars australiens (29 millions d’euros).
Peu de mesures concrètes
En théorie, la quasi-totalité des réseaux sociaux n’autorisent pas les inscriptions avant 13 ans. Cet âge ne doit rien au hasard: il s’aligne sur une législation américaine qui interdit de collecter les données personnelles des enfants sans le consentement des parents. Dans les faits, cependant, il n’y a aucun contrôle: il suffit simplement de renseigner une fausse date de naissance pour passer outre cette restriction. En France, 63% des moins de 13 ans ont ainsi au moins un compte sur un réseau social, selon une enquête de la Cnil.
Le débat autour de l’utilisation de ces plateformes par les enfants et les adolescents n’est pas nouveau. Dans une étude interne, révélée il y a quatre ans, Meta reconnaissait déjà les effets dévastateurs d’Instagram chez certains jeunes. Pourtant, les mesures concrètes restent rares. En 2023, la France a instauré un accord parental pour toute inscription avant 15 ans, mais l’obligation de contrôle n’est toujours pas en vigueur. Aux États-Unis, les projets de réglementation se sont heurtés à des décisions judiciaires défavorables.
L’Europe observe
L’initiative australienne pourrait cependant servir de catalyseur. Le mois dernier, le Parlement européen a adopté, à une large majorité, un rapport non législatif réclamant l’instauration d’un âge minimum de 16 ans pour accéder aux réseaux sociaux, tout en prévoyant la possibilité d’un consentement parental dès 13 ans. Plusieurs pays, notamment la France et le Danemark, veulent aller encore plus loin. En coulisses, ils cherchent ainsi à rassembler une majorité au sein des Vingt-Sept pour imposer une interdiction stricte avant 15 ans.
L’avenir de ces initiatives est cependant suspendu au retour d’expérience australien. “Ce processus ne sera jamais totalement irréprochable”, prévient déjà Anthony Albanese. Le gouvernement promet de publier des chiffres sur l’impact de la législation. Le premier ministre ne nourrit cependant aucune illusion sur le fait que des adolescents réussiront à contourner l’interdiction, en déjouant les systèmes de vérification, en utilisant des VPN ou en se tournant vers des plateformes qui ne sont pas concernées par le texte.
Taux d’erreur élevé
Le gouvernement australien s’est bien gardé de définir un cadre de vérification de l’âge. Plusieurs méthodes ont été mises en place par les plateformes: contrôle d’une pièce d’identité, analyse du comportement – comme l’utilisation de l’application pendant les heures de classe – ou encore selfie vidéo, utilisé par des algorithmes pour estimer l’âge des utilisateurs. Selon Yoti, une entreprise spécialisée dans la vérification d’identité, cette méthode est la plus utilisée. Elle reste toutefois loin d’être infaillible.
Le taux d’erreur demeure en effet très élevé, comme l’a montré un test grandeur nature réalisé cet été sur six systèmes de vérification. Un quart des enfants de moins de 13 ans ont ainsi été identifiés par ces solutions comme ayant plus de 16 ans. Le pourcentage de faux positifs grimpait à près de 75% pour les adolescents de 15 ans. À l’inverse, 14 % des adolescents de 16 ans ont été considérés comme plus jeunes que leur âge réel. Un taux de faux négatifs “supérieur au niveau acceptable”, soulignait le rapport.
Pour aller plus loin:
– La France veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans
– Comment Meta espère éviter de vérifier l’âge de ses utilisateurs
Crédit photos: Nvidia – Unsplash / Julian Christ



