Le début de la fin des abonnements illimités dans l’IA ?
Et aussi: Opération inédite pour Google
GitHub enclenche le début de la fin des abonnements illimités dans l’intelligence artificielle
De 10 à 39 dollars par mois à plusieurs milliers de dollars. Depuis lundi, les utilisateurs les plus intensifs de GitHub Copilot voient leur facture potentielle s’envoler. En cause: une nouvelle politique tarifaire, basculant d’un abonnement quasi illimité vers une facturation à l’usage réel. “Une étape clé pour assurer la pérennité du modèle économique”, justifie la plateforme dédiée aux développeurs, rachetée en 2018 par Microsoft pour 7,5 milliards de dollars. Une évolution dictée par une réalité: son outil de génération de code lui coûte aujourd’hui bien plus cher qu’il ne lui rapporte.
L’écart entre les coûts et les revenus de l’intelligence artificielle générative n’a rien de nouveau. Mais la décision de GitHub symbolise un début de changement de paradigme. Au-delà de la nécessité de trouver un équilibre financier, l’essor des agents autonomes, capables de fonctionner en continu, rend le modèle par abonnement de plus en plus difficile à soutenir. En avril, Anthropic et OpenAI ont déjà fait évoluer certaines de leurs offres destinées aux grandes entreprises vers une facturation à l’usage pour leur plateforme de programmation respective Claude Code et Codex.
Les agents creusent les pertes
Cette situation s’explique par l’importance des coûts liés à l’inférence, c’est-à-dire l’exécution des modèles d’IA pour générer des textes, des images ou du code. Pendant longtemps, les principaux acteurs du secteur ont absorbé cette facture, en proposant des abonnements facturés en dessous de leur prix de revient. Un choix autant qu’une contrainte pour installer des nouveaux usages, notamment en entreprise, et conquérir des parts de marché afin d’atteindre une taille critique. En 2023, GitHub perdait ainsi 20 dollars par mois et par abonné, rapportait alors le Wall Street Journal.
Depuis, cette équation économique s’est encore dégradée sous l’effet des avancées technologiques. Dans la programmation, les outils d’IA ne se contentent plus de compléter ou de corriger le travail des développeurs. Avec l’essor des agents, ils peuvent désormais “exécuter de longues sessions de développement en plusieurs étapes”, souligne GitHub. Certaines entreprises affirment ainsi que la majorité de leur code est aujourd’hui produite par l’IA. “L’usage agentique devient la norme”, poursuit la filiale de Microsoft, ce qui “entraîne des exigences de calcul et d’inférence nettement plus élevées”.
Vers la fin des abonnements ?
Les pertes par abonnement se sont donc creusées de manière significative. Si aucune entreprise ne communique de chiffres précis, des captures d’écran publiées sur Reddit par des clients de GitHub Copilot donnent un ordre de grandeur. Celles-ci montrent que l’utilisation de l’outil leur aurait coûté plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de dollars par mois avec le nouveau système de facturation à l’usage. Des estimations similaires sont également avancées pour les gros utilisateurs de Claude Code qui y accèdent via les offres payantes d’Anthropic.
L’abandon de ces politiques tarifaires particulièrement avantageuses présente un risque: une fuite des abonnés vers des services qui s’appuient encore sur des offres forfaitaires. Sur Reddit, de nombreux utilisateurs de GitHub Copilot assurent ainsi qu’ils comptent migrer vers la concurrence. Anthropic et OpenAI semblent pour l’instant relativement épargnés, ayant mis en place des évolutions moins brutales et comparables. Reste à savoir si l’un d’entre eux prendra le risque de revenir sur les abonnements illimités, une option évoquée au printemps par Sam Altman, le patron d’OpenAI.
Pour aller plus loin:
– Anthropic rentable pour la première fois… au prix de fortes restrictions d’usage
– Pour accélérer dans l’IA, SpaceX pose une option d’achat sur Cursor
Pour financer ses investissements dans l’IA, Google prépare une augmentation de capital inédite
Jamais Google n’avait eu recours à une telle opération. Pour la première fois depuis son introduction en Bourse en 2004, le moteur de recherche – intégré depuis 2013 au sein de sa maison mère Alphabet – s’apprête à vendre des actions sur les marchés. Cette augmentation de capital, d’un montant de 80 milliards de dollars, doit financer ses investissements colossaux dans l’intelligence artificielle générative. Elle illustre aussi l’ampleur des besoins en capitaux des géants technologiques américains, désormais bien supérieurs à leurs capacités actuelles d’autofinancement.
Flux de trésorerie négatifs
Depuis trois ans, les investissements de Google ont été multipliés par six. Le groupe de Mountain View cherche à accroître massivement ses capacités de calcul afin de répondre à la fois aux besoins de ses propres modèles d’IA, comme Gemini, et à ceux des clients de sa plateforme de cloud. Cette année, ses dépenses en capital (capex) devraient doubler pour atteindre entre 180 et 190 milliards de dollars, contre seulement 32 milliards en 2023. Et elles devraient encore augmenter “significativement” l’an prochain, a prévenu en avril la directrice financière d’Alphabet.
Le niveau de ces investissements est tel que Google pourrait afficher des flux de trésorerie négatifs en 2026, une première depuis son arrivée à Wall Street. Autrement dit, ses capex pourraient être supérieurs aux liquidités générées par l’ensemble de ses activités. Pour poursuivre sur cette trajectoire, la société doit donc trouver de nouvelles sources de financement. Outre sa future augmentation de capital, elle a déjà procédé, au cours des douze derniers mois, à plusieurs émissions obligataires libellées dans six devises différentes, pour un montant total de 85 milliards de dollars.
Amortissement sous-estimé ?
Google n’est pas un cas isolé. Amazon, Meta et Microsoft devraient investir 500 milliards cette année. Tous mettent en avant le potentiel considérable de l’intelligence artificielle générative. Face à la concurrence, le principal risque n’est pas de “mal dépenser quelques centaines de milliards”, estime Mark Zuckerberg, mais “d’avancer trop lentement”. Dans cette optique, il faut bâtir l’infrastructure informatique la plus vaste possible, capable d’accompagner l’explosion attendue des usages, notamment l’essor des agents d’IA, appelés à automatiser un nombre croissant de tâches en entreprise.
Aucun de ces groupes ne risque une implosion financière. Les interrogations portent sur le niveau de revenus que l’IA permettra réellement de générer. D’autant que les cartes graphiques ont une durée de vie limitée, à mesure que des modèles plus performants arrivent sur le marché. Se pose alors la question de l’amortissement – un principe comptable qui permet d’étaler les investissements dans le temps. L’investisseur Michael Burry accuse ces sociétés de les sous-estimer. Une pratique qui permettrait de limiter artificiellement – et surtout provisoirement – l’impact des capex sur les profits.
Pour aller plus loin:
– L’amortissement des puces d’IA, une bombe à retardement ?
– Quand Nvidia se défend d’être le nouvel Enron
Crédit photos: GitHub – Google




