La super-app qui doit remplacer ChatGPT
Et aussi: Pas de Siri AI en Europe, ce que dit vraiment le DMA
Pourquoi OpenAI veut transformer ChatGPT en “super-app”
Chez OpenAI, une “super-app” peut en cacher une autre. À l’automne dernier, le concepteur de ChatGPT s’était engagé sur les traces de WeChat, la plateforme chinoise de messagerie qui a popularisé le concept de mini-apps. L’idée était alors simple: ouvrir son chatbot vedette à des services tiers – Spotify, Booking et Expedia figuraient parmi les premiers partenaires annoncés –, afin d’en faire un point d’entrée central de la vie numérique des utilisateurs. Et ainsi de renforcer son caractère incontournable face à la concurrence. Une vision qui ne s’est jamais véritablement concrétisée.
Huit mois plus tard, OpenAI s’apprête à lancer une nouvelle “super-app”, rapporte le Financial Times, confirmant des informations déjà évoquées en mars. Symbole des bouleversements à l’œuvre sur le marché de l’intelligence artificielle générative, celle-ci combinerait l’interface conversationnelle de ChatGPT avec des outils de génération de code et des agents d’IA. Deux axes désormais stratégiques, censés soutenir la croissance du chiffre d’affaires, alors que la progression du nombre d’utilisateurs ralentit et que le taux de conversion vers les offres payantes demeure limité.
Agents personnels
La future “super-app” d’OpenAI doit marquer le début d’un changement de paradigme. “Les chatbots, c’est fini”, affirme un employé cité par le quotidien britannique. Le pionnier du secteur estime que l’IA est en train de basculer vers des agents personnels, capables d’exécuter en continu des tâches de manière autonome, à l’image du phénomène OpenClaw, dont il a recruté le fondateur. L’accès à cette technologie reste limité, car son installation et sa configuration requièrent des compétences techniques. Google et Microsoft viennent néanmoins de présenter des agents destinés au grand public.
Leader incontesté sur le segment grand public, avec près d’un milliard d’utilisateurs actifs par semaine, OpenAI ambitionne désormais de “mettre les capacités des agents IA à la portée de tous”, expliquait en mars Fidji Simo, sa codirectrice générale – qui a depuis pris temporairement du recul pour des raisons de santé –, dans un mémo interne révélé par le Wall Street Journal. En intégrant ces nouveaux agents directement à ChatGPT, la dirigeante française estime pouvoir capitaliser sur son immense audience et sur son image de marque afin de se placer au cœur de cette nouvelle révolution.
Accélérer l’adoption de Codex
En attendant, la "super-app" doit aussi donner un coup de pouce à Codex, l'outil de programmation conçu pour rivaliser avec Claude Code d'Anthropic. OpenAI revendique une forte adoption, avec une base d'utilisateurs multipliée par six depuis le lancement d'une application dédiée pour ordinateur en février. En avril, l'entreprise a ajouté de nouvelles fonctionnalités agentiques pour étendre son champ d'action. "Codex devient un outil de productivité pour tous", assure-t-elle, citant notamment des usages liés à la rédaction de rapports, à l’analyse de données ou à l’automatisation de tâches.
En combinant Codex avec ChatGPT, OpenAI espère mettre en avant ses nouvelles capacités auprès du grand public. Et ainsi convaincre une partie de ses utilisateurs gratuits à passer à un abonnement payant. Symbole de cette ambition, l’entreprise a placé ses deux plateformes sous la direction d’un même responsable. Parallèlement, elle a abandonné plusieurs projets annexes, comme son modèle vidéo et son réseau social Sora, afin de concentrer ses ressources sur ses nouvelles priorités, signant ainsi la fin d’une stratégie consistant, selon Fidji Simo, “à tout faire en même temps”.
Pour aller plus loin:
– Malgré la croissance de son chiffre d’affaires, OpenAI affiche toujours de lourdes pertes
– Pourquoi OpenAI abandonne déjà Sora, son application vidéo
PARTENAIRE
Et si une startup devait penser à son exit dès le premier jour ?
Alors que l’écosystème French Tech manque cruellement de sorties, la question mérite d’être posée sans détour. Pour tenter d’y répondre, j’animerai vendredi 19 juin une table ronde à VivaTech, dans la nouvelle Founders Arena, un espace consacré aux enjeux très concrets du quotidien des startups.
À mes côtés, deux fondateurs avec un vrai recul opérationnel:
Jade Francine, cofondatrice de WeMaintain, start-up spécialisée dans la maintenance d’équipements techniques, récemment rachetée par le groupe Otis
Gaétan Rougevin-Baville, directeur général de CarCutter, précédemment connue sous le nom de Meero
Avec leur expérience et leur recul, nous parlerons sans filtre de ce que signifie réellement “préparer un exit”: comment cela influence les décisions stratégiques, la relation avec les investisseurs, la structuration du capital et les arbitrages permanents entre croissance et rentabilité.
Que vous soyez êtes fondateur de start-up, investisseur ou simplement curieux de comprendre ce qui se joue véritablement derrière un exit, rejoignez-vous à Vivatech.
📅 Vendredi 19 juin à 14h30
📍 Founders Arena – Paris Expo Porte de Versailles Hall 7
Après Anthropic, OpenAI enclenche son processus d’introduction en Bourse
Une semaine après Anthropic, OpenAI lance son processus d’introduction en Bourse. À l’instar de son grand rival, le concepteur de ChatGPT a entamé les démarches auprès des autorités américaines de manière confidentielle, c’est-à-dire sans publication immédiate de ses données financières. Cette étape franchie ouvre la voie à une cotation dès le mois de septembre. Pour autant, la société assure ne pas avoir encore fixé de calendrier. “Il y a des choses que nous voulons faire et qui sont probablement plus faciles en tant qu’entreprise non cotée”, indique-t-elle.
Valorisée à 730 milliards de dollars lors de sa dernière levée de fonds, le groupe dirigé par Sam Altman espère récolter plusieurs dizaines de milliards, sur la base d’une capitalisation supérieure à 1.000 milliards. Plusieurs éléments pourraient toutefois contrarier ses plans, à commencer par des pertes abyssales et la concurrence croissante d’Anthropic, qui l’a nettement dépassé en termes de chiffre d’affaires. Face aux doutes, OpenAI peut néanmoins s’appuyer sur la montée en puissance de Codex, son outil de génération de code, présenté comme le prochain relais de croissance.
Calendrier contesté en interne
Pour s’ouvrir les portes de Wall Street, OpenAI a franchi deux étapes décisives. Fin 2025, la société est finalement parvenue à un accord avec Microsoft pour réviser les termes du pacte conclu en 2018, condition indispensable pour modifier sa structure juridique. Sans cette évolution, l’essentiel des profits aurait continué à revenir au groupe de Redmond puis à la fondation à but non lucratif de la société. Mi-mai, elle a par ailleurs remporté son bras de fer judiciaire contre Elon Musk, qui contestait cette transformation mais qui a été débouté pour cause de prescription.
En interne, l’empressement de Sam Altman ne fait pas l’unanimité. Sarah Friar, la directrice financière souhaitait reporter l’opération à l’an prochain, estimant que l’entreprise n’était pas prête, alors que plusieurs objectifs fixés pour le début d’année n’auraient pas été atteints. Selon le Wall Street Journal, la dirigeante s’inquiète notamment du ralentissement de la croissance du chiffre d’affaires, jugée insuffisante pour financer les 1.400 milliards de dollars qu’OpenAI s’est engagé à dépenser pour accroître sa puissance de calcul au cours des huit prochaines années.
Pour aller plus loin:
– Les ambitieux (et irréalistes ?) objectifs d’OpenAI dans la publicité
– Pourquoi OpenAI abandonne déjà Sora, son application vidéo
Pas de Siri AI en Europe: ce que dit vraiment le DMA
“Une décision d’Apple, et d’Apple uniquement”. Interrogé mardi en conférence de presse, Thomas Régnier, porte-parole de la Commission européenne pour les questions numériques, a rejeté toute responsabilité de Bruxelles dans le report du lancement de Siri AI sur le continent. Un délai que le groupe à la pomme attribue au Digital Markets Act, une réglementation qui vise à renforcer la concurrence dans le numérique. “Absolument rien dans le DMA n’interdit à Apple de lancer de nouveaux produits en Europe”, rétorque le responsable européen, à condition toutefois… de respecter la loi.
Obligation d’interopérabilité
La loi, ce sont précisément le considérant 57 et l’article 6.7 du DMA. Ils imposent aux contrôleurs d’accès – les sept géants du numérique concernés par le texte – “d’assurer, gratuitement, une interopérabilité effective avec les mêmes caractéristiques […] que celles qui sont disponibles ou utilisées [par] leurs propres services”. Précision importante: cette obligation ne concerne qu’iOS et iPadOS, considérés comme des services “essentiels” parce qu’ils comptent plus de 45 millions d’utilisateurs en Europe. Elle ne s’applique pas à macOS, qui fait tourner les ordinateurs de la marque.
Concrètement, le DMA oblige Apple à offrir aux autres assistants d’intelligence artificielle générative les mêmes accès au système d’exploitation que ceux dont bénéficie la nouvelle version de Siri. Ainsi, ChatGPT ou Gemini doivent également pouvoir rechercher des informations ou effectuer des actions dans d’autres applications – deux fonctionnalités phares présentées lundi soir. Le groupe de Cupertino dénonce, lui, un “accès presque illimité” et “la possibilité d’agir […] sans contrôle ni visibilité”, estimant que cela créerait des “risques sérieux pour les utilisateurs”.
“La loi n’est pas négociable”
L’article 6.7 du DMA prévoit toutefois une exception à cette obligation d’interopérabilité. Les contrôleurs d’accès sont autorisés à imposer des restrictions “strictement nécessaires et proportionnées” pour protéger “l’intégrité” du système d’exploitation ou des terminaux, à condition qu’elles soient “dûment justifiées”. S’appuyant sur cette disposition, Apple a proposé à la Commission européenne un dispositif alternatif: une période transitoire de 18 mois durant laquelle un système d’agents “de confiance” aurait été déployé “progressivement” afin de concilier interopérabilité et sécurité.
Une proposition rejetée par Bruxelles. “La loi européenne n’est pas négociable”, répond Thomas Régnier, qui reconnaît l’existence de “quelques contacts” avec Apple sur ce dossier. Selon lui, le groupe américain n’a pas cherché une solution technique pour se mettre en conformité avec le DMA, mais simplement à obtenir une dérogation. “Cela aurait voulu dire que, pendant 18 mois, aucun autre outil d’IA n’aurait eu une chance équitable d’être choisi par un utilisateur d’iPhone”. Une situation qui aurait permis à Apple “de fermer le marché”, au détriment d’une concurrence “équitable et libre”.
Pour aller plus loin:
– Après deux ans de retard, Apple dévoile une nouvelle version de Siri
– En conflit ouvert avec Bruxelles, Apple réclame l’abrogation du DMA
Crédit photos: OpenAI – Apple





