La stratégie "low-cost" d'Apple
Et aussi: Levée record pour AMI Labs
Apple lance un Mac à bas prix pour rivaliser avec les PC sous Windows
Un Mac à 699 euros – voire à 599 euros pour les étudiants ? Le scénario a longtemps semblé improbable. Pourtant, Apple a bien dévoilé la semaine dernière un modèle à bas prix de son ordinateur vedette, commercialisé 500 euros de moins que le précédent appareil le moins cher. À ce tarif, le groupe a dû faire des concessions: un processeur hérité des iPhone sortis en 2024, une mémoire vive limitée ou encore l’absence de clavier rétroéclairé et de lecteur d’empreintes digitales. Pour autant, les premiers tests publiés par les sites spécialisés sont globalement très positifs.
Baptisé Mac Neo, ce nouvel ordinateur ne représente pas seulement un tournant stratégique majeur pour Apple. Il pourrait aussi bousculer le marché en proposant une alternative redoutable aux machines de milieu de gamme équipées de Windows 11. La marque à la pomme cible en effet un public précis: les consommateurs qui se résignaient jusqu’à présent à acheter un PC faute de pouvoir dépenser au moins 1.200 euros pour un Mac. Avec une promesse simple: bénéficier du savoir-faire d’Apple en matière de matériel comme de logiciel, ainsi que d’une intégration poussée à l’écosystème maison.
Bas prix et… ultrapremiumisation
Le Mac Neo n'est pas le premier produit à bas prix lancé par Apple. Depuis 2013, le groupe propose des iPhone moins chers, répondant à une logique similaire. Ils doivent rivaliser avec les smartphones Android de milieu de gamme, en misant sur l'image de marque et la supposée supériorité d'iOS pour compenser des caractéristiques techniques parfois en retrait. Cette gamme est désormais renouvelée chaque année. Apple commercialise par ailleurs une montre connectée plus abordable. Mais dans les deux cas, l'écart de prix avec le reste de la gamme reste bien moins marqué que pour les Mac.
Parallèlement, le géant de Cupertino poursuit une stratégie d’ultrapremiumisation de son catalogue, en commercialisant des modèles très haut de gamme aux marges nettement plus élevées – à l’image des iPhone Pro dont le prix grimpe jusqu’à 2.500 euros. Cette feuille de route se poursuivra avec le lancement, attendu cet automne, des premiers smartphones pliables de la marque, qui pourraient afficher un tarif de base supérieur à 2.000 euros. Apple devrait également commercialiser un premier Mac doté d’un écran tactile, ce qui ferait encore monter la facture.
Risque de cannibalisation
Les observateurs restent prudents sur le potentiel commercial du Mac Neo. Le cabinet Trendforce table sur des ventes comprises entre quatre et cinq millions d'unités cette année, tandis que l’analyste Gene Munster, habituellement très optimiste, prévoit un chiffre inférieur. À titre de comparaison, la société a écoulé 25 millions d’ordinateurs l’an passé, selon les estimations du cabinet Gartner, sur un marché mondial de 270 millions. Sur un secteur plombé par la hausse des prix des puces mémoire, l'appareil devrait cependant permettre à Apple de gagner des parts de marché.
À plus long terme, le Mac Neo pourrait avoir un impact plus marqué sur les ventes de PC sous Windows. Il devrait en revanche moins affecter les Chromebook, ces ordinateurs encore plus abordables équipés des services Google, très populaires dans les écoles. Le pari n’est pas sans risque: en s’aventurant sur le segment de l’entrée de gamme, Apple pourrait cannibaliser ses modèles plus onéreux auprès d’un public se contentant de performances moindres, voire empiéter sur les ventes d’iPad. Or, le Mac Neo devrait logiquement afficher des marges inférieures.
Pour aller plus loin:
– Le marché des smartphones rattrapé par la pénurie de puces mémoire
– Pourquoi Apple ne souffre pas (encore ?) de son retard dans l’IA
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Levée de fonds records pour AMI Labs, la start-up fondée par Yann LeCun
L’opération s’annonçait historique pour la French Tech. Elle l’a été. Mardi, Advanced Machine Intelligence Labs a officialisé une levée de fonds de 1,03 milliard de dollars, sur la base d’une valorisation de 3,5 milliards, à peine trois mois après son lancement par Yann LeCun, ancien responsable de l’intelligence artificielle de Meta. Ce montant est inédit pour un tour de table en amorçage en Europe – le précédent record français s’élevait à 220 millions. Aux États-Unis, seules les start-up Thinking Machines Lab et Safe Superintelligence, fondées par des anciens d’OpenAI, ont fait mieux.
Sur un secteur déjà très compétitif, AMI suit une voie différente. Plutôt que de miser sur les grands modèles de langage, qui servent de socle aux chatbots comme ChatGPT, Gemini ou Claude, la start-up parie sur les “world models”. Cette nouvelle architecture se veut plus proche du raisonnement humain et de la perception du monde réel. Elle doit être capable de comprendre l’environnement physique à partir d’images ou de vidéos afin d’exécuter des tâches de manière autonome. “La véritable intelligence ne débute pas avec le langage, mais avec le monde réel”, assure l’entreprise.
Divergence de vision technologique
Cette levée record s’explique en grande partie par le parcours de Yann LeCun. Figure majeure de la recherche en IA, il a reçu le prix Turing en 2018, aux côtés notamment de Geoffrey Hinton, autre grand nom du secteur et ancien de Google. Arrivé chez Meta en 2013, il y a fondé et dirigé le laboratoire FAIR, devenu au fil des années l’un des plus réputés du secteur. Sous sa direction, le groupe a pris le virage du machine learning, des algorithmes capables d’apprendre seuls, qui ont profondément transformé ses réseaux sociaux dans la seconde moitié des années 2010.
Yann LeCun avait annoncé son départ de Meta fin 2025. Au-delà d’une divergence de vision technologique, sa position avait aussi été fragilisée dans les mois précédents. Frustré par le retard de Meta dans l’IA générative, Mark Zuckerberg a créé une nouvelle division, le Superintelligence Labs, dirigée par Alexandr Wang, recruté à prix d’or l’été dernier. Ce dernier supervise désormais toutes les équipes d’IA, y compris celle de l’ancien responsable français. Une réorganisation qui a créé des tensions entre les dizaines d’ingénieurs fraîchement recrutés et les équipes de FAIR.
“Usines, hôpitaux, robots”
Pour se lancer dans sa première aventure entrepreneuriale, Yann LeCun s’est entouré de vieilles connaissances. AMI est dirigée par Alexandre Lebrun, un ancien du FAIR qui dirigeait jusque-là la start-up Nabla, spécialisée dans les logiciels d’IA pour les professionnels de santé. Laurent Solly, ancien patron de Meta en France puis en Europe, occupe le poste de directeur opérationnel. D’autres anciens du réseau social figurent également parmi la vingtaine d’employés de la start-up, répartis entre quatre bureaux à Paris, New York, Montréal et Singapour – mais pas dans la Silicon Valley.
AMI cible en priorité les secteurs où la compréhension du monde physique est cruciale. “Les usines, les hôpitaux et les robots”, liste Alexandre Lebrun, comme autant de débouchés potentiels. La start-up prévient toutefois que les premières applications commerciales pourraient mettre des années à émerger. Un partenariat avec Meta pour ses lunettes connectées est aussi évoqué. AMI n’est pas la seule à miser sur cette évolution. Le laboratoire DeepMind de Google explore ce concept, tout comme la chercheuse vedette Fei‑Fei Li, dont la start-up World Labs vient de lever un milliard de dollars.
Pour aller plus loin:
– World Labs lève un milliard de dollars pour sa nouvelle génération de modèles d’IA
– Malgré des milliards investis dans l’IA, Meta navigue toujours à vue
Crédit photos: Apple - Flickr / WEF





