La spectaculaire IPO de Cerebras
Et aussi: Elon Musk débouté contre Sam Altman - Toujours pas avancée pour Nvidia en Chine
La spectaculaire introduction en Bourse de Cerebras, symbole du regain d’euphorie autour de l’IA
En octobre, Cerebras avait dû renoncer à son projet d’introduction en Bourse, faute d’avoir dissipé les doutes sur sa solidité financière. À peine sept mois plus tard, le spécialiste américain des puces dédiées à l’intelligence artificielle a pourtant fait des débuts fracassants à Wall Street, symbole du regain d’enthousiasme des investisseurs – en particulier pour l’IA agentique, dont le déploiement s’accélère dans les entreprises. Jeudi, pour sa première séance de cotation, son action a bondi de 68%, propulsant sa capitalisation boursière à plus de 80 milliards de dollars.
Le contraste est saisissant. À l’automne dernier, après l’échec de sa première tentative, Cerebras avait dû se contenter d’une levée de fonds qui la valorisait à 8 milliards de dollars. Depuis, l’entreprise a signé des contrats avec OpenAI et Amazon Web Services, la plateforme de cloud du géant du commerce en ligne. Surtout, le contexte boursier est bien plus favorable, dans le sillage des gains commerciaux spectaculaires d’Anthropic et, dans une moindre mesure, d’OpenAI. Devant la forte demande des investisseurs, Cerebras avait relevé à plusieurs reprises son prix d’introduction.
15 fois plus rapides
Fondée en 2015, Cerebras a fait un pari à contre-courant du secteur: utiliser une galette de silicium entière plutôt que de la découper. Résultat: une puce géante, de la taille d’une assiette, près de 60 fois plus grande que les cartes graphiques (GPU) traditionnelles utilisées pour entraîner et faire tourner les modèles d’IA. Elle intègre 4.000 milliards de transistors, 19 fois plus que la dernière génération de GPU Blackwell de Nvidia et 12 fois plus que les futurs modèles Rubin, dont le lancement est attendu au second semestre. “Plus c’est gros, mieux c’est”, résument ses fondateurs.
Selon Cerebras, cette architecture de très grande taille permet de résoudre l’un des principaux goulots d’étranglement de l’IA générative. En raison de l’importante puissance de calcul nécessaire, une seule charge de travail peut mobiliser des dizaines, voire des milliers de GPU, qui doivent alors communiquer entre eux en permanence. “Le pire ennemi de la vitesse, c’est la latence de communication, poursuivent les fondateurs de l’entreprise. Or, la communication est des milliers de fois plus rapide à l’intérieur d’une puce qu’entre plusieurs puces”.
Contrat avec OpenAI
Cerebras revendique ainsi de meilleures performances sur l’inférence, le processus de génération de textes ou d’images, avec une vitesse d’exécution jusqu’à 15 fois plus rapide que les GPU Blackwell. Ce marché est promis à une forte croissance, porté par le déploiement rapide des outils de génération de code et l’essor attendu de l’IA agentique. Mais la concurrence s’organise. En mars, Nvidia a dévoilé sa première puce pensée pour cet usage, dans le sillage de l’acquisition déguisée de Groq, ancien rival de Cerebras. Google a suivi en avril. Et les fabricants de processeurs sont aussi sur les rangs.
Pour capitaliser davantage sur cette dynamique, Cerebras ne se contente plus de vendre des puces. La société propose également sa propre plateforme de cloud, destinée à l’inférence comme à l’entraînement des modèles. Elle entre ainsi en concurrence avec les géants du secteur (Amazon, Microsoft et Google), mais aussi avec de nouveaux acteurs, les néo-clouds. OpenAI constitue le premier client d’envergure de cette offre. Le concepteur de ChatGPT prévoit de louer progressivement jusqu’à 750 MW de puissance de calcul d’ici à 2028, avec la possibilité de monter jusqu’à 2 GW d’ici à 2030.
Seulement trois clients majeurs
Ce contrat revêt une double importance pour Cerebras. D’une part, il lui assure des recettes significatives, supérieures à 20 milliards de dollars, devant démultiplier sa croissance – à titre de comparaison, son chiffre d’affaires n’a atteint que 510 millions de dollars en 2025. D’autre part, il envoie un signal fort à l’ensemble de l’écosystème sur la pertinence de son choix technologique. L’entreprise espère ainsi capitaliser sur ce gain en crédibilité grâce au partenariat signé avec AWS, qui permettra aux clients de la plateforme d’exécuter des modèles open source sur ses puces.
La capitalisation boursière de Cerebras apparaît cependant très élevée, d’autant que ses marges brutes restent négatives. L’an passé, elle a enregistré une perte opérationnelle de 146 millions de dollars. Par ailleurs, son activité demeure concentrée sur seulement trois clients. Le fonds émirati G42 et l’université émiratie MBZUAI ont représenté plus de 80% du chiffre d’affaires ces deux dernières années. OpenAI devrait désormais représenter l’essentiel des revenus. Mais l’entreprise dirigée par Sam Altman dispose du droit d’annuler tout ou partie de son contrat avec Cerebras.
Pour aller plus loin:
– Nvidia opère un virage stratégique avec sa première puce dédiée à l’inférence
– Ces start-up qui rêvent de rivaliser avec Nvidia dans l’IA
PARTENAIRE
Elon Musk perd son procès contre Sam Altman... pour cause de prescription
Tout ça pour ça ? Au terme d’un procès très médiatisé de trois semaines, la justice américaine a débouté Elon Musk dans le litige qui l’opposait à Sam Altman. Après seulement deux heures de délibération, un jury populaire a estimé à l’unanimité que les faits étaient prescrits, la plainte initiale visant le patron d’OpenAI n’ayant pas été déposée dans le délai légal de trois ans. La décision a été immédiatement confirmée par la juge chargée de l’affaire. Et le patron de Tesla et de SpaceX a indiqué qu’il ferait appel.
Accusation de fraude
Elon Musk accusait Sam Altman d’avoir mis en place une supercherie d’une “ampleur shakespearienne”. Il lui reprochait d’avoir transformé OpenAI, dont il a été le principal pourvoyeur de fonds dans ses premières années, d’un laboratoire de recherche à but non lucratif en vaste machine commerciale. Selon lui, le dirigeant de l’entreprise s’est ainsi rendu coupable de fraude, en levant des fonds en tant qu’organisation à but non lucratif, tout en poursuivant dès le départ un objectif dissimulé de profits à long terme. Un précédent dangereux, assurait-il.
Initialement, Elon Musk réclamait plus de 100 milliards de dollars de dommages et intérêts, estimant qu’il s’agit de la valeur actuelle de ses 38 millions de dollars de financement. Il avait ensuite demandé qu’OpenAI et Microsoft versent une somme importante à la fondation caritative de l’entreprise. Le milliardaire souhaitait aussi le départ forcé de Sam Altman et Greg Brockman, le président d’OpenAI, ainsi que l’abandon du statut à but lucratif. Dès le départ, ses chances de succès apparaissaient cependant limitées, alors que la partie adverse dénonçait une procédure destinée à freiner les avancées d’un concurrent.
Pour aller plus loin:
– “Une supercherie shakespearienne”: les dessous du procès opposant Elon Musk à Sam Altman
– L’improbable fusion entre SpaceX et xAI, la start-up d’IA d’Elon Musk
Toujours aucune avancée pour Nvidia sur le marché chinois
Initialement pas invité, Jensen Huang a finalement pris part in extremis à la visite officielle de Donald Trump en Chine. Un déplacement qui n’a toutefois débouché sur aucune avancée concrète pour le patron de Nvidia, qui espère toujours que Pékin autorise les entreprises chinoises à acheter ses cartes graphiques (GPU) dédiées à l’intelligence artificielle générative. “Ils n’en veulent pas, ils souhaitent concevoir leurs propres puces”, a reconnu le président américain, précisant avoir évoqué le sujet avec son homologue Xi Jinping.
Cette déclaration tranche avec l’optimisme affiché en mars par Jensen Huang. Le dirigeant annonçait alors la relance de la production des GPU H200, dont l’exportation vers la Chine avait été autorisée fin 2025 par Washington. Mais les autorités chinoises bloquent ses cartes graphiques, longtemps considérées comme indispensables pour entraîner et faire tourner des modèles d’IA. Une interdiction qui traduit la volonté de favoriser les alternatives conçues par Huawei, Alibaba ou Baidu, désormais jugées suffisamment performantes pour prendre le relais des puces de Nvidia.
Spectaculaire retournement de situation
Après des mois de lobbying intensif, Nvidia pensait pourtant avoir franchi l’obstacle le plus difficile: convaincre l’administration Trump, qui avait durci les restrictions d’exportation au printemps 2025. Le groupe de Santa Clara avait obtenu l’autorisation de vendre ses H200, lancées il y a deux ans mais encore très compétitives, auprès à des acheteurs chinois “approuvés” par Washington. Il avait même accepté un arrangement financier inédit: reverser 25% du chiffre d’affaires réalisé en Chine au gouvernement américain. Confiants, ses dirigeants anticipaient une demande d’un million de GPU.
Nvidia estimait en effet que l’écart de performance entre les H200 et les puces chinoises était trop important pour être ignoré. La décision de Pékin constitue un retournement de situation spectaculaire. Dans cette bataille géopolitique, les États-Unis pensaient avoir toutes les cartes en main: au gré des restrictions et des licences d’exportation, ils décidaient quelles puces d’IA pouvaient être vendues aux entreprises chinoises. C’est désormais la Chine qui refuse de les acheter… et Washington qui s’offusque de perdre l’accès à ce marché colossal.
Pour aller plus loin:
– Pourquoi la Chine ne veut plus acheter les puces IA de Nvidia
– Pourquoi Huawei minimise ses progrès dans les puces d’IA
Crédit photos: Cerebras – Nvidia





