La Silicon Valley se prosterne devant Donald Trump
Et aussi: La Californie veut réguler l'IA générative
Entre opportunisme et inquiétudes, les grands patrons de la tech au garde-à-vous
La scène en dit long sur l’allégeance de la Silicon Valley à Donald Trump. Jeudi soir, au cours d’un dîner organisé à la Maison Blanche, le président américain se tourne vers Mark Zuckerberg pour lui demander combien Meta va investir aux États-Unis pendant son mandat. Hésitant, le patron du réseau social finit par dire “au moins 600 milliards”. La séquence aurait pu s’arrêter là. Mais, sans savoir que son micro est encore allumé, il s’excuse: “désolé, je n’étais pas prêt, je ne savais pas quel montant vous souhaitiez”. D’autres grands patrons de la tech américaine ont participé à ce nouvel exercice de communication, huit mois après leur présence très médiatisée au premier rang lors de la cérémonie d’investiture de Donald Trump. Tour à tour, devant les caméras, ils ont multiplié les éloges de leur hôte, parfois sans donner l’impression d’y croire véritablement.
Visages fermés en 2016 – Aux côtés de Mark Zuckerberg, Tim Cook, Satya Nadella, Sundar Pichai ou encore Sam Altman, qui dirigent respectivement Apple, Microsoft, Google et OpenAI, étaient présents. Elon Musk, en conflit ouvert avec le président américain, et Jensen Huang, le patron de Nvidia, étaient absents. Les larges sourires affichés devant les caméras, qu’ils soient sincères ou de façade, contrastent avec les visages fermés de leur première rencontre avec Donald Trump, fin 2016, alors que les patrons de la Silicon Valley étaient encore sous le choc de la victoire du candidat républicain. Leur ralliement récent peut être vu comme de l’opportunisme politique, notamment pour limiter la régulation, ou alors comme la crainte de se retrouver dans le viseur d’une administration particulièrement agressive. Pour d’autres, il traduit aussi un rapprochement idéologique.
Ciblés par Biden ? – Très majoritairement progressiste, la tech américaine a toujours été proche des démocrates. Pendant huit ans, ces entreprises ont entretenu des liens privilégiés avec l’administration Obama, multipliant les rendez-vous informels avec l’ancien président et ses équipes. Mais l’arrivée au pouvoir de Joe Biden a fait voler en éclats cette dynamique. Alors que ces géants continuaient de consolider leur hégémonie, son administration a voulu se montrer ferme, poursuivant notamment les procédures antitrust lancées pendant le premier mandat de Donald Trump. Les dirigeants de la Silicon Valley se sont sentis injustement ciblés. Et ils n’ont jamais digéré la nomination de Lina Khan, critique notoire d’Amazon, à la tête de la Federal Trade Commission. Sans oublier la tentative de régulation de l’intelligence artificielle générative l’an passé.
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Procédures judiciaires – En prêtant allégeance de manière aussi éhontée à Donald Trump, les géants technologiques américains espèrent de la nouvelle administration un traitement plus favorable que celui réservé par la précédente. Pour le moment, leur calcul politique n’a pas vraiment porté ses fruits. Certes, la Maison Blanche promet de ne pas réguler le développement de l’IA, tout en assurant vouloir lever tous les freins, notamment environnementaux, à la construction de data centers, indispensables pour entraîner et faire tourner les derniers modèles. Mais les procédures judiciaires contre Google, Apple ou Meta pour pratiques anticoncurrentielles se poursuivent sans réelle perspective d’assouplissement. Tout comme les accusations de censure des discours conservateurs. Un rappel que ces entreprises restent une cible de choix dans le camp trumpiste.
“L’une de nos priorités” – Cette approche est illustrée par les responsables choisis par Donald Trump, peut-être sous l’influence de son vice-président JD Vance. Aux États-Unis, la politique de la concurrence est menée par la Federal Trade Commission et par la division antitrust du département de la Justice. Le locataire de la Maison Blanche a choisi de placer à leur tête deux responsables connus pour leurs critiques contre la position dominante des grandes sociétés tech. “Elles restent l’une de nos priorités”, assure ainsi Andrew Ferguson, le nouveau patron de la FTC, qui promet de mobiliser “toutes les ressources nécessaires” pour les plaintes déposées contre Meta et Amazon. Lors de son audition de confirmation au Sénat, Gail Slater, nommée au DOJ, a tenu un discours similaire. Elle supervisera notamment les procédures contre Google et Apple.
Multiples dossiers – Malgré le changement d’administration, le DOJ et la FTC affichent ainsi une certaine continuité. Le premier maintient ses demandes de démantèlement de Google. S’il n’a pas obtenu la vente forcée de Chrome devant la justice américaine, il espère toujours obtenir celle des outils publicitaires DoubleClick et AdX. Il poursuit également l’enquête antitrust lancée contre Apple par la précédente administration, ainsi que les investigations sur Nvidia. De son côté, la FTC demande toujours à la justice de contraindre Meta à revendre Instagram et WhatsApp. L’an prochain, elle retrouvera Amazon devant un tribunal, dans le cadre d’un procès pour monopole “illégal”. En outre, elle a décidé de poursuivre la procédure antitrust contre Microsoft, elle aussi déclenchée pendant le mandat de Joe Biden, et portant notamment sur le marché du cloud.
Pour aller plus loin:
– Mark Zuckerberg demande l’aide de Donald Trump contre l’Europe
– Pourquoi Apple n’assemble pas l’iPhone aux États-Unis malgré les menaces de Donald Trump
La Californie tente à nouveau de réguler l'IA générative
Un an après un premier échec, les parlementaires californiens n’ont pas renoncé à réguler l’intelligence artificielle générative. Ces dernières semaines, un nouveau cadre réglementaire est en discussion au sein du Sénat californien, notamment avec le gouverneur de l’État, qui avait opposé son veto l’an passé à la première tentative. Baptisé SB 53, le texte a reçu lundi son premier soutien de poids, celui d’Anthropic. “La question n’est pas de savoir si nous avons besoin d’une gouvernance de l’IA, mais si nous allons la développer de manière réfléchie aujourd’hui ou de façon réactive demain”, explique la start-up, l’une des seules sociétés du secteur à avoir soutenu la précédente initiative. Moins ambitieux, le projet maintient des impératifs de transparence pour les concepteurs d’IA, mais il ne leur impose plus de tests de sécurité avant le déploiement de nouveaux modèles. Il supprime également l’obligation de mener des audits indépendants et d’intégrer un mécanisme de désactivation en cas de menaces. Et il n’autorise pas la justice à engager de poursuites en cas de “préjudice grave”. S’il venait à être adopté, ce cadre réglementaire serait une première aux États-Unis. Ses répercussions devraient largement dépasser les frontières californiennes.
Pour aller plus loin:
– L’Europe se déchire sur la régulation de l’IA générative
– Le double discours d’OpenAI sur la régulation de l’IA
Crédit photos: The White House – Anthropic





