La pénurie de puces qui fait les affaires de Samsung
Et aussi: Google s'endette sur 100 ans – Uber avale Getir
L’IA et la pénurie de puces mémoire font bondir les profits de Samsung et SK Hynix
C’est une première historique pour SK Hynix. En 2025, le fabricant de puces mémoire est devenu l’entreprise la plus rentable de Corée du Sud, détrônant de peu le géant Samsung. Ce passage de témoin s’explique par le développement effréné des infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle générative. Celui-ci entraîne à la fois une explosion de la demande pour les modèles à large bande passante (HBM), un segment largement dominé par le groupe coréen, mais aussi une pénurie généralisée qui alimente une envolée des prix de vente.
L’an passé, SK Hynix a ainsi enregistré les plus importants profits opérationnels de son histoire: 47 billions de wons (27,2 milliards d’euros), soit deux fois plus qu’en 2024. Une progression encore plus spectaculaire que celle de son chiffre d’affaires, en hausse de 47% sur la même période. Le contexte profite également à Samsung, son grand rival sur le marché des puces mémoire, qui a dégagé 44 billions de wons de bénéfice opérationnel. Sur le seul quatrième trimestre, le groupe a même battu des records, porté par le bond des profits de sa branche semi-conducteurs.
Les ventes de HBM multipliées par dix
La puissance de calcul dédiée à l’entraînement et à l’inférence des modèles d’IA ne nécessite pas seulement des cartes graphiques vendues à prix d’or par Nvidia. Celles-ci doivent être associées à de la mémoire, en particulier aux puces HBM de dernière génération, qui permettent de gagner de l’espace tout en réduisant la consommation d’énergie. Depuis 2023, ce marché a été multiplié par plus de dix, atteignant 35 milliards de dollars l’an passé, selon des estimations de Bank of America. Il devrait encore croître de 58% cette année, pour atteindre 55 milliards.
Seuls trois acteurs produisent des puces HBM. D'après le cabinet Counterpoint, SK Hynix a capté 57% des ventes au troisième trimestre 2025. En seulement trois ans, son chiffre d’affaires a plus que triplé, pulvérisant les sommets touchées en 2021 lors de la précédente pénurie de puces. Derrière, Samsung commence à rattraper son retard technologique. Et ses parts de marché sont remontées à 22%, repassant juste devant l’américain Micron. Le conglomérat sud-coréen mise beaucoup sur le lancement de la quatrième génération de HBM pour poursuivre sa dynamique commerciale.
Les autres puces pénalisées
Face à la forte demande de mémoires pour l’IA, les trois principaux fabricants ont réorienté une partie de leurs lignes de production vers ces composants plus lucratifs, aux marges supérieures. Résultat: la croissance de leurs profits dépasse largement celle de leur chiffre d’affaires. Cette réallocation se fait au détriment des autres types de puces, notamment les mémoires DRAM et NAND destinées aux smartphones, ordinateurs ou consoles de jeux. Selon le cabinet TrendForce, 70% de la production mondiale est désormais dédiée à l’IA.
La demande pour l’IA “absorbe une telle part de la capacité disponible que cela crée une pénurie sans précédent pour les autres segments de l’industrie”, reconnaît un dirigeant de Micron, interrogé par Bloomberg. Les carnets de commandes de SK Hynix, Samsung et Micron sont déjà remplis pour 2026. Conséquence: les tarifs des autres composants s’envolent. Au quatrième trimestre 2025, le prix des puces DRAM a augmenté de 45% à 50%. Et il devrait encore grimper de 55% à 60% au premier trimestre. De quoi doper encore davantage les profits des fabricants.
Stratégie d’investissements “disciplinée”
SK Hynix, Samsung et Micron n’avaient pas anticipé une demande aussi massive. Pire encore, les trois entreprises ont sous-investi ces dernières années, à la suite de la grave crise de surproduction qui a frappé le secteur à partir de fin 2022. Si elles prévoient désormais d’augmenter leurs capacités, leurs nouvelles lignes de production ne seront pas opérationnelles avant 2027 ou 2028. Elles restent par ailleurs prudentes dans leur stratégie d’expansion. Tout en évoquant une hausse “considérable” de ses investissements, SK Hynix assure que sa politique restera “disciplinée”.
Le groupe sud-coréen entend ainsi maintenir ses dépenses en capital à 30% de son chiffre d’affaires. Son rival Samsung promet également d’investir davantage, mais sans accroître significativement ses capacités de production, afin de privilégier la rentabilité “à long terme”. Sur un secteur habitué aux cycles, alternant régulièrement entre épisodes de pénurie et de surproduction, les géants des puces mémoire redoutent un retournement du marché si l’euphorie autour de l’IA retombe, au moment même où leurs nouvelles usines entreront en service.
Pour aller plus loin:
– Le marché des smartphones rattrapé par la pénurie de puces mémoire
– Pourquoi Samsung ne parvient toujours pas à rivaliser avec TSMC
PARTENAIRE
“La tech ne doit plus être un risque, mais un levier de performance”
Entretien avec Maximilien de Coster, CBTW Leader Partner, Strategy, Product and Transformation
CBTW lance une nouvelle offre, Tech AAA. De quoi s’agit-il ?
Tech AAA repose sur une idée simple : aujourd’hui, la technologie est un facteur clé de réussite business. Une entreprise Tech AAA est une entreprise dont l’organisation, les process et la stack technologique sont suffisamment robustes, agiles et alignés pour soutenir ses objectifs stratégiques à moyen et long terme. Dans un contexte où la transformation n’est plus un événement ponctuel mais une constante structurelle des défis auxquels font face les dirigeants, l’enjeu est de s’assurer que la tech et les process mis en place ne sont ni un frein, ni un risque pour la stratégie des leaders de l’entreprise.
Notre solution repose sur trois piliers, d’où les trois “A”. D’abord, l’assessment, qui consiste à auditer l’existant : outils, organisation, usages. Ensuite, l’analyse, à l’aide de méthodologies reconnues, pour définir la situation cible. Enfin, l’activation, avec un plan d’action concret permettant de passer du As-Is au To-Be.
Une fois le plan d’action défini, accompagnez-vous vos clients dans la mise en œuvre ?
Oui, s’ils le souhaitent. Certains clients préfèrent une séparation claire entre audit et implémentation, d’autres préfèrent une continuité. Nous pouvons piloter la transformation, travailler avec des éditeurs de solutions (ERP, CRM, plateformes digitales) ou mobiliser d’autres expertises de CBTW, jusqu’au déploiement et à la maintenance.*
Un exemple concret de mission ?
Nous avons récemment accompagné une entreprise de taille intermédiaire dans l’hospitality. Leur objectif était de poser un socle technologique capable d’absorber leur forte croissance. L’approche Tech Triple A nous a permis de repenser les processus, de sélectionner un ERP adapté et de lancer l’implémentation afin d’aligner la technologie avec la vision stratégique. Le résultat : un socle cohérent, pensé pour la croissance, qui évite de devoir tout remettre à plat tous les cinq ans.
Qu’est-ce qui différencie CBTW sur ce type d’accompagnement ?
Notre différenciateur ne tient pas uniquement aux outils que nous utilisons, mais à la manière dont nous les mettons au service de la transformation. Nous avons développé en interne des agents d’intelligence artificielle qui accélèrent considérablement et structurent la phase d’audit, en collectant et en qualifiant l’information en amont. Cela permet à nos équipes de consacrer l’essentiel de leur temps à ce qui crée réellement de la valeur : se projeter, concevoir la cible et définir un plan d’action concret.
Cette approche s’appuie surtout sur une expérience terrain solide, acquise auprès de nombreuses entreprises, et sur la séniorité de nos experts. C’est cette combinaison qui nous permet non seulement de formuler des recommandations pertinentes, mais aussi d’en assurer l’implémentation, de la conception à la mise en œuvre opérationnelle.
Ce type d’audit est-il devenu indispensable aujourd’hui ?
Oui, très clairement. De nombreuses entreprises s’appuient encore sur des solutions propriétaires devenues coûteuses, complexes à maintenir et peu adaptées aux standards actuels, alors que des solutions tierces plus agiles et performantes sont désormais disponibles.
Parallèlement, les outils digitaux – notamment les CRM ou les plateformes e-commerce – sont devenus de véritables leviers de croissance. Dans certains cas, une stratégie digitale structurée a permis à des entreprises initialement peu digitalisées de multiplier leurs ventes par trois ou quatre.
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Pour financer ses investissements dans l’IA, Google va s’endetter sur… 100 ans
À la recherche de dizaines de milliards de dollars pour financer ses investissements dans l’intelligence artificielle générative, Google va émettre cette semaine des obligations à 100 ans sur les marchés britanniques, rapporte le Financial Times. Un instrument rarement utilisé: il faut remonter à 1996, avec IBM, pour trouver trace d’un tel financement sur le secteur technologique. Parallèlement, le moteur de recherche prévoit de lever 15 milliards supplémentaires aux États-Unis et de procéder à une troisième émission obligataire en Suisse, dont le montant n’est pas connu.
185 milliards de capex
Ce financement atypique intervient alors que Google s’apprête à accélérer nettement ses investissements afin de renforcer son infrastructure informatique, notamment en produisant ses propres puces dédiées à l’IA et en achetant des modèles conçus par Nvidia. La société de Mountain View anticipe ainsi des dépenses en capital comprises entre 175 et 185 milliards de dollars cette année, contre 91 milliards en 2025. À ce niveau, elles devraient être presque aussi élevées que le flux de trésorerie opérationnel, c’est-à-dire les liquidités dégagées par la publicité, le cloud et ses autres activités.
Dans ce contexte, Google devrait multiplier les émissions obligataires ces prochaines années. En novembre, le groupe a déjà procédé à plusieurs opérations aux États-Unis et en Europe, récoltant 24 milliards de dollars, dont une partie en titres à maturité de cinquante ans. D’autres géants technologiques suivent la même stratégie. Facebook s’est ainsi tourné vers l’endettement l’an passé, levant 30 milliards de dollars sur le marché obligataire et 27 milliards auprès d’un fonds. Et Amazon, qui vient de licencier 30.000 personnes, n’exclut pas de recourir à ce type de financement.
Pour aller plus loin:
– Malgré les doutes, les géants tech accélèrent encore leurs investissements dans l’IA
– L’amortissement des puces d’IA, une bombe à retardement ?
Uber achète Getir, symbole de la chute de la livraison ultrarapide de courses
Il y a tout juste quatre ans, Getir se rêvait en géant de la livraison ultrarapide de courses. La start-up turque, alors lancée à la conquête des marchés européens et américains, a depuis connu un déclin spectaculaire, à l’image de l’ensemble du secteur. Lundi, elle a cédé les dernières activités qu’elle conservait en Turquie à Uber, pour un montant modeste. Le géant américain a déboursé 335 millions de dollars pour la plateforme de livraison de repas et acquis 15% de l’activité de livraison de courses pour 100 millions, avec une option lui permettant de racheter le solde du capital.
Modèle économique pas viable
Ces montants sont sans commune mesure avec les sommes colossales levées par Getir. Durant la crise sanitaire, la start-up récolte 1,8 milliard de dollars, portant sa valorisation à près de 12 milliards, presque autant que celle de Carrefour. Elle dépense alors sans compter pour déployer à marche forcée son offre dans de nombreux pays. Sur un secteur extrêmement concurrentiel, elle multiplie aussi promotions et dépenses marketing. Elle n'est pas la seule: en quelques mois, des milliards sont engloutis par une dizaine d’acteurs lancés dans une course effrénée à la croissance.
Getir et ses rivaux espéraient bousculer l’immense marché des courses alimentaires, sur lequel la part des ventes en ligne reste marginale. Mais leur modèle économique ne s’est jamais révélé viable. Certes, ces plateformes ne possédaient pas de magasins, leur préférant de petits entrepôts urbains au plus près des consommateurs. Elles devaient en revanche rémunérer des livreurs, qu’elles avaient majoritairement choisi de salarier, notamment pour des raisons d’image. Des coûts que le faible montant du panier moyen et les marges réduites ne permettaient pas d’absorber.
La fin des “dark stores”
Face à ces difficultés, Getir tente alors un coup de poker. Coup sur coup, la société rachète quatre concurrents, dont le français Frichti et l’allemand Gorillas. En vain. Cette consolidation ne suffit pas à compenser les limites structurelles du modèle économique. Les pertes s’accumulent et les plans sociaux s’enchaînent. L’entreprise finit par se retirer de l’ensemble de ses marchés internationaux. Mais elle ne doit sa survie qu’à deux injections de liquidités, pour un total de 750 millions de dollars, de Mubadala, le fonds souverain d’Abou Dhabi, qui en prend le contrôle en 2024.
Le rachat de Getir tourne définitivement la page de la livraison ultrarapide de courses depuis des entrepôts urbains. Ne subsiste désormais que le modèle adopté par Uber ou Deliveroo, qui ne s’appuie pas sur ces “dark stores” mais sur des magasins physiques existants, où les commandes sont préparées. Ces entreprises ne jouent ainsi qu’un rôle de plateformes, comme elles le font déjà pour les restaurants. D’autres acteurs, tels que La Belle Vie en France ou Instacart aux États-Unis, continuent d’opérer sur ce marché, mais sans proposer des livraisons en quinze ou vingt minutes.
Pour aller plus loin:
– Les drones de livraison d’Amazon décollent aux États-Unis
– Clap de fin pour la livraison ultrarapide de courses en France
Crédit photos: SK Hynix – Getir






Excellente analyse des profits. Une nuance sur leur discrétion : les Big 3 ne peuvent pas célébrer publiquement leur pivot HBM sans valider officiellement le vacuum consumer — ce qui accélèrerait exactement l'expansion de CXMT/YMTC. Leur silence est stratégique, pas accidentel.