La dernière chance de Meta dans l'IA ?
Et aussi: Suno fait de la résistance
Avec son nouveau modèle d’IA, Meta tente de revenir dans la course
Si ce n’est pas la tentative de la dernière chance pour Meta, cela y ressemble fortement. Mercredi, la maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp a présenté un nouveau grand modèle de langage, le premier conçu par le Superintelligence Labs, l’équipe montée à grand frais l’an passé pour combler le retard accumulé dans l’intelligence artificielle générative. Baptisé Muse Spark, il affiche des performances proches de celles des modèles d’OpenAI, Google ou Anthropic – à une exception notable: la programmation informatique, devenue ces derniers mois un enjeu primordial.
L’open source abandonné
Ce modèle “n’est que le début”, assure l’entreprise de Menlo Park, qui promet de lancer à l’avenir des versions plus puissantes. Mais il marque déjà un changement stratégique majeur, impulsé par Alexandr Wang, le nouveau patron de l’IA: il est pour l’instant propriétaire, et non open source comme ses prédécesseurs – un choix qui allait alors à contre-courant des autres acteurs américains. Meta prévoit également de commercialiser des API, permettant aux développeurs d’utiliser Muse Spark dans leurs applications, sa première tentative de monétisation de l’IA.
Enfin au niveau des modèles concurrents, Meta envisage une autre voie de monétisation: des abonnements payants sur Meta AI, le chatbot maison que Mark Zuckerberg rêve en concurrent à ChatGPT et Gemini, ainsi que sur ses réseaux sociaux. En attendant, le modèle a déjà été déployé aux États-Unis sur l’application et le site Internet de Meta AI. Il sera disponible “au cours des prochaines semaines” dans d’autres pays, mais peut-être pas en Europe. Il sera également intégré aux différentes plateformes de la société, ainsi qu’à ses lunettes connectées.
Mark Zuckerberg aux commandes
Le lancement de Muse Spark intervient un an après celui de Llama 4. La quatrième version du modèle open source de Meta devait être “la plus avancée du marché”, avait promis Mark Zuckerberg. Mais elle s’est soldée par un échec retentissant pour le milliardaire. Les premières déclinaisons ont reçu un accueil peu enthousiaste, en raison de leurs limitations techniques. Et le déploiement de la version la plus puissante a également été reporté pour des performances jugées décevantes, avant que son développement ne soit définitivement abandonné.
Après cet échec, Mark Zuckerberg a repris les choses en main. Le patron de Meta s’est personnellement impliqué dans la création du Superintelligence Labs, n’hésitant pas à débourser 14,3 milliards de dollars pour recruter Alexandr Wang, via une acquisition déguisée de sa start-up Scale AI. Il a également débauché des dizaines d’ingénieurs et de chercheurs chez OpenAI, Google ou encore Apple, offrant à certains des rémunérations, en salaires et actions, à neuf chiffres. “Il faut une petite équipe, donc chaque poste est extrêmement précieux”, justifiait-il dans un podcast.
La dernière chance ?
Objectif: rattraper le retard accumulé ces dernières années. Pour y parvenir, Mark Zuckerberg veut maintenir le rythme des investissements, quitte à dépenser beaucoup plus que nécessaire. “Si nous dépensons mal quelques centaines de milliards de dollars, ce sera évidemment très regrettable, poursuivait-il. Mais le risque est plus grand d’avancer trop lentement dans ce qui va constituer la technologie la plus importante de l’histoire”. En 2026, la société prévoit ainsi de doubler ses dépenses en capital, pour atteindre un niveau record compris entre 115 et 135 milliards.
Le lancement de Muse Spark est crucial pour Meta. Un échec ne serait pas seulement un revers majeur pour Mark Zuckerberg, qui assurait en janvier que les nouveaux modèles seraient “très bons”, démontrant la “trajectoire rapide” de progrès. Il consacrerait aussi l’incapacité du groupe à rivaliser avec les leaders de l’IA, tout en renforçant les interrogations sur l’ampleur des investissements engagés depuis deux ans. En cas de déconvenue, Meta pourrait être contraint de revoir sa stratégie et de s’appuyer sur des modèles externes – une option déjà envisagée, mais jusqu’ici écartée.
Pour aller plus loin:
– Malgré les doutes, les géants de la tech accélèrent leurs investissements dans l’IA
– Meta dévoile ses premières “lunettes d’IA”
La start-up Suno fait de la résistance face à l’industrie du disque
Se sentant menacées par l’essor de l’intelligence artificielle générative, les grandes maisons de disques pensaient avoir fait le plus dur. Fin 2025, elles avaient en effet obtenu des accords à leur avantage avec plusieurs start-up du secteur, en échange de l’abandon des poursuites engagées pour violation du droit d’auteur. Cinq mois plus tard, toutefois, la principale d’entre elles, l’américaine Suno, refuse toujours de se plier à leurs exigences. Et les négociations menées avec Universal Music et Sony sont désormais dans l’impasse, rapporte le Financial Times.
Une disposition cristallise particulièrement les tensions: l’interdiction de télécharger les titres générés par les utilisateurs de la plateforme. L’an passé, Universal avait obtenu gain de cause auprès d’Udio, principale rivale de Suno. La major, qui représente Taylor Swift, Drake, Adele, Elton John ou encore U2, exige les mêmes garanties. Son objectif: empêcher que ces morceaux soient ensuite diffusés sur les plateformes de streaming pour engranger des royalties au détriment des artistes – et donc des maisons de disques. Une condition que Suno refuse.
40% de chansons générées par l’IA
Depuis deux ans, l’essor de l’IA générative inquiète l’industrie du disque. Les offres de streaming sont déjà inondées d’innombrables chansons créées avec Suno, Udio et autres outils capables de reproduire des voix, d’écrire des paroles et de composer des mélodies. Sur Deezer, par exemple, elles représentent désormais 39% des nouveaux morceaux ajoutés au catalogue, contre seulement 10% début 2025. Elles captent également une part croissante de l’audience: 3% du temps d’écoute, contre seulement 0,5% il y a six mois, indique la plateforme française.
Face à cette menace, le premier réflexe des maisons de disques a été de saisir la justice. Mais leurs plaintes se heurtent à un vide juridique: les droits d’auteur n’interdisent pas à un modèle d’IA de s’inspirer d’un artiste pour écrire des paroles ou composer une mélodie. C’est le principe de fair use, qui semble autoriser un “usage raisonnable” de chansons protégées pour en créer de nouvelles. Les majors ont donc revu leur stratégie: elles ne cherchent plus à lutter contre un changement qui apparaît inéluctable, mais à l’accompagner afin d’en capter une grande partie de la valeur.
Mécontentement des utilisateurs
Fin novembre, Suno a déjà trouvé un accord avec Warner Music, qui compte Dua Lipa, Coldplay et Ed Sheeran dans son portefeuille. La start-up a obtenu le droit d’entraîner ses futurs modèles sur une partie du catalogue de la major américaine. Ses utilisateurs pourront également créer des titres en reproduisant la voix d’un interprète ou en remixant des chansons existantes. En échange, les artistes qui accepteront de participer à cette nouvelle phase seront rémunérés, percevant, selon des conditions encore inconnues, une part des abonnements vendus par Suno.
Ses dirigeants s’opposent en revanche à l’interdiction de téléchargement, qui limiterait considérablement le potentiel commercial. Ils ont pu constater la vague de mécontentement provoquée par les concessions d’Udio à Universal et Warner – une situation dont Suno a profité pour atteindre deux millions d’abonnés, générant des revenus de 300 millions de dollars en rythme annualisé. La société, qui vient de lever 250 millions de dollars, propose simplement de limiter cette option aux abonnés payants. Sans accord, toutefois, elle s’expose à d’importants dommages et intérêts.
Pour aller plus loin:
– Pourquoi l’accord entre Universal et Udio marque un tournant
– Vers la fin programmée du streaming gratuit ?
Crédit photos: Meta – Suno




