La bataille des navigateurs Internet
Et aussi: Apple condamné à dédommager ses utilisateurs au Royaume-Uni
Avec Atlas, OpenAI lance la bataille des navigateurs Internet
Et si l’intelligence artificielle générative déclenchait bien une grande bataille des navigateurs Internet ? Sur un marché qu’il domine largement avec Chrome, Google a jusqu’ici été peu inquiété par l’arrivée de nouveaux acteurs. Mais le moteur de recherche fait désormais face à un concurrent d’un tout autre calibre: OpenAI. La semaine dernière, le concepteur de ChatGPT a officiellement lancé Atlas, promettant de révolutionner la manière de surfer sur le Web.
“L’IA représente une rare opportunité de repenser ce que peut être un navigateur”, assure ainsi Sam Altman, le patron d’OpenAI, soulignant le manque d’innovation depuis des années. Avec Atlas, il fait ainsi miroiter une expérience “à la fois plus productive et plus agréable”, permettant de reproduire le même bouleversement déjà provoqué par ChatGPT dans le domaine de la recherche et de l’accès à l’information… avant, peut-être, de s’attaquer au système d’exploitation lui-même.
“L’IA représente une rare opportunité, qui ne se présente qu’une fois par décennie, de repenser ce que peut être un navigateur”, assure ainsi Sam Altman, le patron d’OpenAI, faisant miroiter une expérience “à la fois plus productive et plus agréable”. Avec Atlas, il ambitionne ainsi de reproduire le même bouleversement qu’il a opéré avec ChatGPT dans le domaine de la recherche et de l’accès à l’information… avant, peut-être, de s’attaquer au système d’exploitation lui-même.
Chatbot intégré
Déjà disponible sur les ordinateurs Mac, en attendant un lancement sur Windows, iOS et Android, Atlas ressemble beaucoup à Chrome. Et pour cause: il est basé sur sa version open source Chromium. Le navigateur se distingue par la présence d’un bouton “Demander à ChatGPT”, qui ouvre une barre latérale permettant de discuter avec le chatbot. Fini les copier-coller et les allers-retours entre les onglets. Mieux, l’IA comprend le contenu de la page: elle peut la résumer ou répondre à des questions.
Atlas propose aussi un “mode agent”, qui permet à ChatGPT de prendre le contrôle du navigateur pour réaliser des tâches à la place de l’internaute – comme commander les aliments nécessaires pour une recette. Encore expérimentale, cette fonctionnalité n’est pour l’instant accessible qu’aux utilisateurs payants. Autre nouveauté: le navigateur est doté d’une mémoire. Il se souvient des sites visités et peut, par exemple, retrouver les produits consultés chez un e-commerçant.
Google ajoute de l’IA à Chrome
OpenAI n’est pas le premier à faire le pari que l’IA va transformer la manière de surfer sur Internet. Cet été, la start-up Perplexity AI a déjà lancé son navigateur Comet. Elle avait été devancée de quelques semaines par The Browser Company, depuis rachetée par l’éditeur de logiciels Atlassian. Fin juillet, Microsoft a aussi annoncé l’intégration de son assistant Copilot au sein de Edge. Et Google a également fait un premier pas dans cette direction en septembre.
Le géant de Mountain View poursuit ainsi sa stratégie d’intégration progressive de nouvelles fonctionnalités d’IA au sein de ses produits. Il espère ainsi bénéficier de l’inertie des internautes, souvent réticents à changer leurs habitudes. D’autant que la nouvelle expérience promise par OpenAI et les autres doit encore faire ses preuves, en particulier sur le plan de la sécurité. En attendant, Google dispose d’une marge de manœuvre: selon StatCounter, Chrome capte 72% de la navigation.
OpenAI veut bâtir un écosystème
OpenAI semble toutefois disposer de solides atouts pour bousculer la domination de Google. L’entreprise peut promouvoir Atlas auprès d’une audience colossale de quelque 800 millions d’utilisateurs actifs chaque semaine. Elle bénéficie surtout d’un rayonnement médiatique sans équivalent: le lancement de son navigateur a fait les gros titres, y compris dans la presse généraliste, quand l’intégration de l’IA dans Chrome ou Edge était passée, elle, relativement inaperçue.
À plus long terme, la start-up californienne ambitionne de bâtir un véritable écosystème, à l’image de ce que Google a construit autour de son moteur de recherche. En septembre, elle avait déjà ouvert la voie en lançant des applications intégrées à ChatGPT, première étape vers une émancipation des boutiques d’Apple et de Google. L’entreprise planche également sur de nouveaux terminaux conçus pour l’ère de l’IA, qui seront sans doute équipés d’un système d’exploitation maison.
Pour aller plus loin:
– Publicité, e-commerce, réseau social: Comment OpenAI veut accélérer sa monétisation
– Malgré sa condamnation, Google échappe à une vente forcée de Chrome
Au Royaume-Uni, Apple va devoir dédommager les utilisateurs d’iPhone
C’est une première qui pourrait faire jurisprudence au détriment d’Apple – mais pas seulement. La semaine dernière, la justice britannique a estimé que le groupe à la pomme avait abusé de sa position dominante en imposant des commissions jugées “excessives” sur les applications mobiles. Une décision qui ouvre la voie à une indemnisation des consommateurs, qui pourrait atteindre jusqu’à 1,5 milliard de livres sterling (1,7 milliard d’euros).
L’affaire a débuté en 2021, avec le dépôt d’une action en nom collectif devant le tribunal britannique chargé des affaires de concurrence (CAT), saisi pour la première fois d’une plainte contre un géant du numérique. Le procès s’est tenu en début d’année. Et de nouvelles audiences sont prévues en novembre pour déterminer les modalités de calcul des dédommagements que devra verser Apple. La société a d’ores et déjà annoncé son intention de faire appel de sa condamnation.
Double monopole
Pour les magistrats britanniques, l’entreprise de Cupertino exerce bien un double monopole. D’une part, sur la distribution d’applications au sein de son système iOS, exclusivement réservée à sa propre boutique, l’App Store. D’autre part, sur les achats in-app, qui doivent obligatoirement passer par sa plateforme de paiement. Les juges ont ainsi écarté une définition plus large du marché défendue par Apple, qui le place en compétition avec l’écosystème Android de Google.
Les arguments de la société sur la sécurité ont également été écartés par le CAT. Celle-ci justifie systématiquement ces restrictions par la volonté de créer un “environnement sûr et sécurisé” pour ses utilisateurs. Mais pour les magistrats, ces limitations ne sont pas “nécessaires” pour atteindre cet objectif, et encore moins “proportionnées”. Elles constituent donc un “abus de position dominante” ayant permis à Apple de “restreindre” la concurrence.
Que le début ?
Profitant de cette situation, le groupe a pu prélever des commissions “excessives” entre 2015 et fin 2020. Celles-ci s’élevaient alors à 30% – un taux réduit de 15% a depuis été introduit. Selon le CAT, le niveau “compétitif” se situe à 17,5% pour les téléchargements payants et à 10% pour les achats intégrés. Le tribunal estime que la moitié de ce surcoût a été répercutée sur les consommateurs, qui ont désormais droit à un remboursement intégral.
La défaite d’Apple pourrait n’être que le début. Fin 2024, le CAT a en effet autorisé la poursuite d’une autre affaire, également centrée sur l’App Store, mais intentée au nom des développeurs d’applications. Une association de consommateurs a par ailleurs porté plainte, accusant la société d’avoir “enfermé” ses utilisateurs dans son service de stockage iCloud. Et d’autres procédures similaires ont également été lancées contre Microsoft, Google et Meta.
Pour aller plus loin:
– En conflit ouvert avec Bruxelles, Apple réclame l’abrogation du DMA
– Apple préserve son accord à 20 milliards de dollars par an avec Google
Apple et Google n’échappent pas au DMA britannique
L’issue ne faisait aucun doute. La semaine dernière, après huit mois de procédures, la Competition and Markets Authority (CMA) a confirmé qu’Apple et Google bénéficiaient bien d’un “statut de marché stratégique” sur les plateformes mobiles. Cette désignation officielle va désormais permettre au gendarme antitrust britannique de mener des “interventions ciblées et proportionnées” pour garantir une “véritable” concurrence.
Inspirée par le DMA
Apple et Google deviennent les deux premières entreprises à être concernées par une nouvelle législation, largement inspirée par le Digital Markets Act européen – qui touche, lui, sept “contrôleurs d’accès”. Ces textes marquent un tournant majeur dans la régulation: plutôt que de réagir a posteriori aux entraves à la concurrence via des enquêtes antitrust longues et complexes, ils permettent désormais d’imposer des règles pour stimuler la compétition.
La CMA n’a pas encore défini les obligations que devront respecter les deux géants américains. Elle mentionne simplement quelques domaines: systèmes d’exploitation, distribution d’applications et navigateurs. En s’appuyant sur l’exemple européen, plusieurs mesures peuvent être anticipées: autorisation des boutiques d’applications tierces, possibilité de rediriger les achats vers d’autres plateformes, ou encore obligation de proposer un écran de choix du navigateur par défaut.
Pour aller plus loin:
– En conflit ouvert avec Bruxelles, Apple réclame l’abrogation du DMA
– Face aux géants du numérique, le DMA européen inspire de nombreux pays
Crédit photos: OpenAI – Unsplash / James Yarema




