Divorce à l'amiable entre OpenAI et Microsoft
Et aussi: Elon Musk affronte Sam Altman devant la justice
Face à Anthropic, OpenAI s’affranchit des clauses d’exclusivité avec Microsoft
Il n’y aura pas de bras de fer judiciaire entre OpenAI et Microsoft. La semaine dernière, les deux partenaires ont officialisé un nouveau pacte “à long terme”, écartant la menace d’un procès intenté par le géant de Redmond. Ce divorce à l’amiable acte notamment la fin de leur relation exclusive, devenue au fil du temps un frein au développement commercial du créateur de ChatGPT, rattrapé, voire supplanté, ces derniers mois par son grand rival Anthropic. Dans la foulée, il a ainsi annoncé un accord avec Amazon pour distribuer ses modèles sur sa plateforme de cloud AWS, leader du marché.
En contrepartie, Microsoft a obtenu la suppression d’une clause, qui permettait à OpenAI de lui couper l’accès à ses technologies quand sera atteinte une intelligence artificielle générale, capable d’apprendre n’importe quelle tâche. Désormais, le groupe conservera sa licence d’utilisation au moins jusqu’en 2032. Autre compromis: les modalités financières. Il percevra toujours 20% des recettes de son partenaire, mais ces versements sont maintenant limités dans le temps – jusqu’en 2030 – et plafonnés. Par ailleurs, il n’aura plus à payer pour proposer les modèles d’OpenAI sur son cloud Azure.
L’électrochoc de Microsoft
C’est la deuxième fois en six mois que les deux entreprises révisent les termes de leur accord scellé en 2019. Une alliance longtemps mutuellement bénéfique. OpenAI y a trouvé les liquidités (15 milliards de dollars en tout) et la puissance de calcul indispensables à l’entraînement de ses grands modèles de langage. Microsoft s’est, lui, assuré une part des revenus, puis des profits potentiels, tout en obtenant la distribution exclusive des API – permettant d’intégrer des modèles d’IA dans des applications – sur Azure. Un avantage commercial d’envergure face à AWS et Google Cloud.
Le tournant intervient en novembre 2023, lorsque le conseil d’administration d’OpenAI renvoie abruptement Sam Altman, lui reprochant de s’être lancé dans une course effrénée vers l’IA générale, en négligeant les risques. Si le patron évincé est rapidement réinstallé à son poste, cet épisode constitue un électrochoc pour Microsoft, qui prend conscience de sa dangereuse dépendance envers la start-up. La société lance alors une nouvelle division dédiée à l’IA. Et elle refuse d’investir davantage dans OpenAI, l’obligeant à trouver de nouvelles sources de financements.
Fin de l’exclusivité pour l’entraînement
Sans trop de difficultés, la start-up parvient à lever près de 50 milliards de dollars, notamment auprès du conglomérat japonais Softbank. Mais elle s’engage aussi auprès de ses nouveaux investisseurs à abandonner son statut à but lucratif plafonné – faute de quoi, elle aurait dû rembourser ces sommes. Cette transformation nécessite l’aval de Microsoft. Les négociations s’éternisent, alimentant les tensions croissantes entre les deux partenaires. Un accord est finalement trouvé fin 2025, permettant notamment à Microsoft de récupérer 27% du capital de la nouvelle entité juridique.
Cet accord prévoit également de premiers assouplissements pour OpenAI, en particulier sur l’entraînement et l’inférence de ses modèles. À l’origine, l’entreprise ne pouvait s’appuyer que sur les serveurs d’Azure, une obligation qui limitait sa capacité à augmenter ses capacités de calcul pour répondre à ses besoins. Cette exclusivité avait été partiellement levée en 2024, mais Microsoft conservait jusqu’alors un droit de veto. Débarrassé de cette contrainte, OpenAI signe dès la semaine suivante un contrat, estimé à 38 milliards de dollars sur sept ans, avec Amazon.
Répliquer à Anthropic
En début d’année, l’entreprise renforce encore ses liens avec le géant du commerce en ligne, qui promet d’investir jusqu’à 50 milliards de dollars, dont 15 milliards immédiatement. En échange, elle prévoit de dépenser 100 milliards supplémentaires sur AWS, ainsi que d’utiliser plusieurs générations de puces Trainium, conçues par Amazon. Le groupe de Seattle obtient aussi la distribution exclusive d’une nouvelle plateforme dédiée au déploiement d’agents d’IA. Une disposition qui fait alors bondir Microsoft, qui l’estime contraire à ses clauses d’exclusivité avec OpenAI.
L’accord annoncé la semaine dernière met fin à ce potentiel conflit judiciaire. Il doit surtout permettre d’ouvrir de nouveaux canaux de distribution – un partenariat avec Google semble désormais probable. OpenAI réplique ainsi au succès d’Anthropic, seul acteur majeur de l’IA présent sur les trois géants du cloud. L’enjeu est d’autant plus important que certains objectifs internes n’ont pas été atteints, rapporte le Wall Street Journal. À tel point que sa directrice financière redouterait de ne pas pouvoir financer les dépenses considérables prévues pour accroître la puissance de calcul.
Pour aller plus loin:
– Portée par une croissance fulgurante, Anthropic détrône OpenAI
– L’incessante (et exponentielle) quête de capitaux d’OpenAI
“Une supercherie shakespearienne”: les dessous du procès opposant Elon Musk à Sam Altman
Sam Altman contre Elon Musk. C’est l’affiche du très médiatique procès qui s’est ouvert la semaine dernière devant un tribunal d’Oakland. D’un côté, le patron d’OpenAI, qui a lancé la révolution de l’intelligence artificielle générative. De l’autre, la première fortune mondiale qui a financé les premières années d’existence du concepteur de ChatGPT, avec lequel il est désormais en compétition. Le second accuse le premier d’avoir mis en place une supercherie d’une “ampleur shakespearienne”. Il exige son départ ainsi qu’une refonte du statut juridique d’OpenAI.
Elon Musk aux origines d’OpenAI
Si l’affaire a débuté en 2024, ses racines remontent à la création de l’entreprise neuf ans plus tôt. À l’origine, OpenAI est un laboratoire de recherche à but non lucratif, soutenu par de grands noms de la Silicon Valley. Sa mission: développer une IA devant bénéficier à l’humanité sans être dictée par une logique de profit. Avec 38 millions de dollars injectés au cours des premières années, Elon Musk est son principal pourvoyeur de fonds. Mais il claque la porte en 2018, à la fois opposé à un rapprochement commercial avec Microsoft et en conflit ouvert avec Sam Altman sur la gouvernance.
L’année suivante, OpenAI crée une nouvelle entité: une filiale commerciale à “but lucratif plafonné”, dans laquelle investit massivement le géant de Redmond. D’abord, un milliard de dollars en 2019, puis douze milliards supplémentaires quatre ans plus tard, dont une grande partie sous forme de crédits cloud. En échange, il s’assure de récupérer la majorité des profits jusqu’à un certain montant – le reste revenant à la fondation caritative d’OpenAI. Un changement justifié par la nécessité d’obtenir des capitaux et de la puissance informatique pour entraîner les grands modèles de langage.
Injonction refusée
Pendant plusieurs années, Elon Musk ne conteste pas publiquement ce choix. La situation évolue en 2024, lorsque l’entreprise souhaite abandonner son modèle hybride, au profit d’un nouveau statut lucratif, sans aucun plafond sur les profits. Cette évolution est, là encore, dictée par des impératifs financiers: Microsoft ne veut plus lui fournir les milliards de dollars dont elle a besoin. OpenAI doit donc séduire de nouveaux investisseurs, mais sa précédente structure rend impossible toute possibilité de plus-values et complique fortement une éventuelle introduction en Bourse.
Elon Musk saisit alors la justice américaine pour réclamer une injonction bloquant ce changement de statut dans l’attente d’un procès. Mais il n’obtient pas gain de cause. OpenAI finalise ainsi son projet fin 2025, après un accord avec Microsoft. Sous la pression des autorités du Delaware et de Californie, la société est toutefois contrainte de modifier ses plans: si le plafonnement des profits est bien abandonné, la structure à but non lucratif est, elle, maintenue. Un compromis qui ne satisfait pas Elon Musk, qui maintient sa plainte contre l’entreprise, Sam Altman et Microsoft.
“J’ai été un idiot”
Pour le milliardaire, OpenAI s’est rendue coupable de fraude, en levant des fonds en tant qu’organisation à but non lucratif, tout en poursuivant dès le départ un objectif dissimulé de profits à long terme. “Avec le recul, j’ai été littéralement un idiot”, a-t-il lancé à la barre. Elon Musk met aussi en garde contre un précédent dangereux. Selon lui, d’autres start-up auront intérêt à se lancer sous statut caritatif, en remplaçant des levées de fonds par des dons déductibles des impôts pour financer leur développement, puis à basculer vers un modèle lucratif quand les premiers profits arrivent.
Initialement, Elon Musk réclamait plus de 100 milliards de dollars de dommages et intérêts. Il demande désormais qu’OpenAI et Microsoft versent une somme importante à la branche caritative. Le patron de Tesla et SpaceX exige aussi le départ forcé de Sam Altman et Greg Brockman, le président de l’entreprise, ainsi que l’abandon du statut à but lucratif. Dès le départ, ses chances de succès apparaissaient limitées, alors qu’OpenAI soulignait une procédure destinée à freiner les avancées d’un concurrent. Elles semblent l’être encore davantage à l’issue de son premier passage à la barre.
Pour aller plus loin:
– Terafab, le projet (irréalisable ?) d’Elon Musk pour produire des puces dédiées à l’IA
– L’improbable fusion entre SpaceX et xAI, la start-up d’IA d’Elon Musk
Crédit photos: Microsoft – Flickr / UK Government




