Bye bye métavers ?
Et aussi: Apple devant la justice française – Paramount défie Netflix
Après de lourdes pertes, Meta réduit ses investissements dans le métavers
En 2021, Facebook s’était rebaptisé Meta pour symboliser son virage des réseaux sociaux vers le métavers. À peine quatre ans plus tard, cette nouvelle identité paraît déjà dépassée. Non seulement ce monde virtuel censé devenir la prochaine plateforme dominante ne s’est jamais imposé, contrairement aux prédictions de Mark Zuckerberg, mais les priorités ont aussi basculé. La stratégie se focalise désormais principalement sur l’intelligence artificielle générative, un domaine dans lequel le géant de Menlo Park est à la traîne.
Si toutes les ambitions dans le métavers n’ont pas (encore ?) été abandonnées, Meta commence néanmoins à réduire la voilure. “Nous réorientons une partie de nos investissements vers les lunettes et appareils d’IA compte tenu de la dynamique de ce segment”, a confirmé la semaine dernière la société. Selon l’agence Bloomberg, le budget alloué à la division dédiée au métavers pourrait ainsi être abaissé jusqu’à 30% en 2026. Entre 10% et 30% des employés pourraient également être licenciés en janvier, ajoute le New York Times.
Pertes de 70 milliards de dollars
Persuadé du potentiel du métavers, Mark Zuckerberg a commencé par racheter le fabricant de casque de réalité virtuelle Oculus en 2014, pour deux milliards de dollars. Avant d’accélérer considérablement les investissements avec la création, cinq ans plus tard, du Reality Labs. Depuis 2021, cette division a ainsi accumulé plus de 70 milliards de dollars de pertes. Toutes ces dépenses ne sont toutefois pas exclusivement liées au métavers: le Reality Labs travaille également sur d’autres projets, comme les lunettes connectées.
Ces investissements colossaux reflètent les ambitions du fondateur de Facebook, qui ne se limitent pas seulement à la partie logicielle, à l’image de son espace virtuel Horizon Worlds. Il souhaite aussi concevoir le matériel qui doit permettre d’accéder au métavers, comme les casques de réalité mixte. Malgré les sommes investies, les progrès n’ont pas été aussi rapides qu’espéré. Sur le plan matériel, les appareils de Meta sont bien à la pointe du marché, mais restent un produit de niche, encore loin d’une adoption par le grand public.
Avatars grotesques
La situation est encore plus critique côté logiciel. Pendant longtemps, l’illustration du métavers rêvé par Mark Zuckerberg se résumait aux avatars au style cartoon un peu grotesque d’Horizon Worlds. Et surtout absolument pas immersifs, alors que Meta cherche à créer un nouveau type d’interaction humaine. Fin 2022, la plateforme comptait environ 200.000 utilisateurs, selon des chiffres publiés à l’époque par le Wall Street Journal. Il y a deux ans, la société a présenté un projet d’avatars photoréalistes, mais celui-ci reste à concrétiser.
Malgré les doutes des employés, affectés par plusieurs plans sociaux, et ceux des investisseurs de Wall Street, Mark Zuckerberg a maintenu le cap… jusqu’à l’irruption de l’IA générative. Depuis, le dirigeant n’évoque quasiment plus le métavers. Fin octobre, lors de la conférence avec les analystes organisée en marge de la publication des résultats financiers, le mot n’a pas été prononcé une seule fois. En revanche, le patron de Meta s’est impliqué personnellement dans le recrutement des membres de sa nouvelle équipe de recherche en IA.
Lunettes de réalité augmentée
Ces derniers mois, la société a opéré un virage massif vers l’IA. Elle s’est lancée dans le développement de grands modèles de langage, pour rivaliser avec OpenAI ou Google. Elle commence également à déployer de nouveaux outils sur ses services. Surtout, elle investit massivement dans ses infrastructures, notamment pour l’achat de cartes graphiques. Mais ces dépenses commencent sérieusement à inquiéter Wall Street. Réduire le budget consacré au métavers peut ainsi être interprété comme une manière de rassurer les investisseurs.
Parallèlement, l’IA a ouvert de nouvelles opportunités pour le Reality Labs, au détriment du métavers. Depuis l’intégration d’un assistant vocal, les lunettes connectées Ray-Ban Meta rencontrent en effet un succès commercial inattendu. Meta prévoit désormais d’accélérer dans cette direction. En septembre, un premier modèle équipé d’un petit écran sur le verre droit a été lancé aux États-Unis. Et le groupe espère commercialiser de véritables lunettes de réalité augmentée, connues sous le nom de code Orion, d’ici 2027.
Pour aller plus loin:
– Meta dévoile ses premières lunettes de réalité augmentée
– Apple délaisse le Vision Pro pour miser sur les lunettes connectées
La justice française se penche sur les règles publicitaires d’Apple
Les pratiques d’Apple sur le pistage publicitaire vivent peut-être leurs derniers instants en France. Ce mardi matin, le tribunal judiciaire de Paris examine en effet une procédure en référé déposée par six organisations représentant l’industrie publicitaire. Elles demandent la suspension immédiate du dispositif ATT, s’appuyant sur la condamnation prononcée fin mars par l’Autorité de la concurrence. À l’époque, le groupe à la pomme avait été sanctionné d’une amende de 150 millions d’euros pour abus de position dominante.
Neuf mois plus tard, Apple estime n’avoir aucune raison de modifier un système qui recueille un “fort soutien” des consommateurs et des défenseurs de la vie privée. Le géant américain, qui a fait appel de sa condamnation, souligne que le gendarme antitrust “n’a pas exigé de changements spécifiques”. Cette version est contestée par ses opposants, pour lesquels “l’illégalité persiste”. Le tribunal judiciaire ne se prononcera pas sur le fond du dossier, mais doit uniquement déterminer si Apple est tenu de changer ses pratiques dès maintenant.
Identifiant unique
Connues sous le nom d’App Tracking Transparency (ATT), les nouvelles règles d’Apple ont bouleversé le fonctionnement de la machine publicitaire sur iPhone et iPad. Jusqu’à leur entrée en vigueur en 2021, celle-ci reposait principalement sur un identifiant unique, l’IDFA, qui suit à la trace le comportement des utilisateurs. Il permet notamment d’afficher des publicités mieux ciblées et de mesurer leur efficacité, par exemple, en déterminant si un utilisateur a téléchargé un jeu après avoir vu une annonce.
Désormais, chaque application voulant se servir de cet identifiant doit obtenir le consentement de ses utilisateurs. Mais environ 70% des possesseurs d’iPhone refusent le pistage publicitaire. Cela se traduit par un important manque à gagner pour les développeurs, d’autant plus que l’alternative proposée par Apple ne convainc pas grand monde. Le dispositif fait donc l’objet de nombreuses critiques. D’autres procédures antitrust ont également été lancées en Europe, notamment en Allemagne, en Italie et en Pologne.
Pas les mêmes règles pour Apple
“L’objectif d’Apple n’est pas critiquable en soi”, expliquait en mars Benoît Cœuré, le président de l’Autorité de la concurrence. Le problème réside dans les “modalités de mise en œuvre”. Pour le régulateur français, le dispositif engendre d’abord une multiplication des fenêtres de recueil de consentement: une dans le cadre du Règlement général sur la protection des données (RGPD), puis une autre pour ATT. Cela rend le parcours des utilisateurs d’applications tierces “excessivement” complexe.
L’Autorité soulignait également le caractère asymétrique des règles d’Apple: le refus du pistage publicitaire n’a besoin d’être exprimé qu’une seule fois, tandis que l’acceptation doit systématiquement être confirmée une seconde fois par l’utilisateur. Par ailleurs, le groupe de Cupertino ne s’impose pas les mêmes contraintes qu’aux autres développeurs: ses applications affichent une fenêtre de consentement différente et surtout unique.
“Obligation de se mettre en conformité”.
Dans son verdict, l’Autorité de la concurrence ne reprenait cependant pas deux arguments soulevés en février par le Bundeskartellamt. Le gendarme allemand de la concurrence soupçonnait, lui, Apple de distorsion de concurrence, rendant les publicités présentes sur sa boutique App Store plus attractives pour les annonceurs. Il soulignait aussi que les messages affichés sur ses propres services sont conçus de manière à encourager le consentement, quand ils incitent au contraire au refus sur les autres applications.
Pour justifier l’absence de mesures correctives, généralement imposées en cas de condamnation pour abus de position dominante, Benoît Cœuré mettait en avant “l’interaction forte avec le RGPD”, ainsi que “les procédures lancées dans d’autres pays”. Selon le président de l’Autorité de la concurrence, ces éléments nécessitent de laisser du temps à Apple pour déterminer les modifications à apporter. Mais il rappelle que le verdict comporte bien une “obligation de se mettre en conformité”. Reste à savoir quand.
Pour aller plus loin:
– L’Europe ouvre une procédure contre Apple dans le cadre du DMA
– Comment Amazon veut étendre son empire publicitaire
Paramount défie Netflix avec une offre hostile sur Warner Bros
Paramount ne jette pas l’éponge. Lundi, le groupe de médias a lancé une offre hostile pour racheter son concurrent Warner Bros Discovery, qui a accepté la semaine dernière de vendre la majorité de ses actifs à Netflix pour 83 milliards de dollars. Pour espérer emporter la mise, il propose un prix supérieur, sur le papier du moins, et met en avant une probabilité plus élevée d’obtenir l’aval des autorités. Son patron sous-entend même qu’il pourrait revoir son offre à la hausse, ouvrant la voie à une possible surenchère avec Netflix.
Position déjà dominante
Concrètement, Paramount propose 30 dollars par action, entièrement en numéraire. C’est légèrement plus que l’offre de Netflix, qui s’élève à 27,75 dollars, dont 4,50 dollars en actions. Mais le périmètre diffère. La plateforme de streaming vise uniquement les activités cinéma et streaming de WBD, alors que Paramount souhaite également reprendre les chaînes de télévision linéaires. Il est donc difficile de déterminer laquelle des deux propositions est véritablement la plus intéressante pour les actionnaires de l’entreprise.
Le deuxième argument de Paramount est d’ordre réglementaire. “L’accord avec Netflix n’aboutira probablement jamais”, affirme l’entreprise. L’opération sera en effet examinée de près par les autorités de la concurrence, car elle permettrait au géant du streaming de consolider une position déjà dominante, avec un risque potentiel d’augmentation des prix pour les consommateurs. Aux États-Unis, Paramount bénéficie d’un avantage supplémentaire: son patron, David Ellison, est le fils du milliardaire Larry Ellison, proche de Donald Trump.
Pour aller plus loin:
– Pourquoi Netflix souhaite racheter les studios Warner Bros
– Pourquoi Netflix n’en finit plus d’augmenter ses prix
Crédit photos: Meta – Unsplash / Sara Kurfeß




