Apple veut en finir avec le DMA
Et aussi: Accusé de tromperie, Amazon paie 2,5 milliards de dollars
En conflit ouvert avec Bruxelles, Apple réclame l’abrogation du DMA
La demande est inhabituelle, mais elle s’inscrit dans la logique de confrontation suivie par Apple depuis l’entrée en vigueur du Digital Markets Act européen l’an passé. La semaine dernière, le groupe à la pomme a réclamé l’abrogation de cette législation qui vise à renforcer la concurrence dans le numérique, dans le cadre d’une consultation publique ouverte par la Commission. Bruxelles a répondu sèchement, assurant qu’il n’était pas question de revenir en arrière. “Nous ne sommes pas surpris: Apple a contesté tous les éléments du DMA depuis son entrée en vigueur”, a réagi un porte-parole des Vingt-Sept. Cette nouvelle passe d’armes traduit une rupture du dialogue entre les deux camps. Elle intervient à un moment charnière, alors que plusieurs décisions clés doivent tomber. Et elle risque d’attiser des tensions géopolitiques déjà vives avec Washington.
Délais – Les arguments avancés par Apple ne sont pas nouveaux. Le géant de Cupertino se plaint de règles dont l’interprétation évolue sans cesse. Il regrette de devoir partager “gratuitement” ses technologies avec ses rivaux. Il affirme aussi que ses utilisateurs sont exposés à des risques supplémentaires, notamment parce que le DMA permet de télécharger des applications sans passer par ses propres boutiques d’applications. Et il assure ne pas avoir d’autre choix que de repousser le lancement de fonctionnalités sur le continent. Dernier exemple: la traduction automatique depuis ses nouveaux écouteurs AirPods. Selon Apple, le DMA impose que cette fonctionnalité soit compatible avec les autres écouteurs du marché, ce qui crée des “défis qui prennent du temps à régler”. L’an passé déjà, le lancement de ses outils d’IA, Apple Intelligence, avait été reporté.
Arrière-pensée politique – Cette communication virulente ressemble à une volonté de prendre à témoin l’opinion publique européenne, contre un texte qu’Apple n’a cessé de dénoncer. La société se présente en grand défenseur de ses utilisateurs, alors qu’elle cherche avant tout à préserver ses profits, menacés notamment par l’arrivée de boutiques tierces d’applications sur iOS. Depuis le départ, elle n’a jamais cherché à respecter le DMA, mais simplement à s’engouffrer dans ses failles. Les arguments sur les risques d’interopérabilité sonnent ainsi comme des prétextes pour maintenir un écosystème fermé, à l’image des dangers autrefois brandis autour de l’accès à la puce NFC. À cela s’ajoute une arrière-pensée politique: nourrir l’opposition de l’administration Trump contre le DMA et le DSA, accusés de frapper injustement les géants américains de la tech.
Amende journalière – Le timing d’Apple n’est pas anodin. En coulisses, plusieurs entreprises réclament que la Commission ne soit plus chargée de faire appliquer le DMA, au profit d’un organisme indépendant jugé plus impartial. Parallèlement, Bruxelles finalise l’examen des changements annoncés par Apple suite à sa condamnation en avril à une amende de 500 millions d’euros, dans le cadre d’une procédure sur le steering (redirection depuis une application pour effectuer un achat sans passer par le système de paiement d’Apple). Comme révélé par Cafétech, ces ajustements sont très loin des attentes de l’exécutif européen, qui pourrait donc lui infliger une amende pouvant aller jusqu’à 50 millions d’euros par jour. Dans les prochains mois, un autre dossier s’annonce explosif: la nouvelle structure de commissions imposée pour les boutiques tierces d’applications.
Pour aller plus loin:
– La virgule qui va faire perdre des milliards à Apple
– Après une opération de communication, Apple lancer ses fonctionnalités d’IA en Europe
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Accusé d’avoir trompé les abonnés Prime, Amazon va verser 2,5 milliards de dollars
Le procès n’aura duré que trois jours. Jeudi, Amazon a préféré conclure un accord à l’amiable avec la Federal Trade Commission, acceptant de payer 2,5 milliards de dollars, plutôt que de risquer un verdict plus lourd. Le géant du commerce en ligne était accusé par le gendarme américain de la concurrence d’avoir “trompé” des millions de consommateurs en les incitant à s’inscrire à son service Prime “à leur insu”. Et d’avoir mis en place un parcours complexe pour annuler cet abonnement payant. Amazon va verser un milliard de dollars d’amende et 1,5 milliard de dédommagements à certains abonnés. Il s’est aussi engagé à demander un consentement explicite avant toute souscription à Prime et à simplifier le parcours de résiliation. L’impact de cet accord devrait être très limité, alors que le taux de renouvellement à Prime s’élève, selon les estimations, à 95%.
75% des achats – Lancé en 2005, Prime permet d’abord de bénéficier de la livraison gratuite en deux jours ouvrés (un jour en France). Depuis, d’autres services ont été ajoutés pour attirer de nouveaux clients: diffusion d’événements sportifs, catalogue de films et séries en streaming… Le service compterait plus de 220 millions d’abonnés, dont une majorité aux États-Unis. Au fil des ans, il est devenu un pilier de la stratégie de développement d’Amazon. La livraison gratuite incite en effet les clients à acheter davantage en ligne pour rentabiliser leur abonnement. Et elle les fidélise: en commandant sur un autre site marchand, ils pourraient avoir à payer des frais de port. Les abonnés Prime dépensent ainsi en moyenne deux fois plus que les non-abonnés, et représentent 75% des achats, souligne le cabinet Consumer Intelligence Research Partners.
Interfaces trompeuses – La FTC, aussi chargée de protéger les consommateurs, accusait qu’Amazon d’avoir enfreint une réglementation américaine votée en 2010. Elle lui reprochait d’avoir mis en place des interfaces trompeuses (dark patterns) pendant le processus d’achat. Par exemple, un gros bouton jaune permettant de finaliser une transaction tout en souscrivant à l’offre d’essai de Prime, tandis que l’alternative est présentée avec un simple lien, bien moins visible. Le régulateur dénonçait également les obstacles mis en place pour se désabonner. Un véritable “labyrinthe”, selon lui, de quatre pages, six clics et quinze options différentes. Mi-septembre, le juge avait déjà donné raison à la FTC sur un point: il avait estimé qu’Amazon ne respectait la loi en collectant les coordonnées bancaires des futurs abonnés avant d’afficher les conditions d’abonnement.
Procès antitrust – La procédure contre Prime a été initiée en 2023, sous la direction de Lina Khan, connue pour ses positions fermes contre le groupe de Seattle. La FTC ne l’a pas abandonnée malgré l’arrivée au pouvoir de l’administration Trump, que les géants de la tech pensaient plus conciliante. Mais cet espoir ne s’est pas concrétisé. Le gendarme de la concurrence poursuit ainsi la procédure antitrust ouverte contre Amazon, accusé d’avoir instauré un “monopole illégal” dans le commerce en ligne. Il lui reproche en particulier d’interdire implicitement aux vendeurs de sa marketplace d’offrir des tarifs plus bas sur leur propre site ou sur d’autres plateformes, empêchant ainsi l’émergence de véritables rivaux, capables de le court-circuiter sur les prix. Le procès doit s’ouvrir en février 2027, avant de déterminer de potentielles mesures correctives.
Pour aller plus loin:
– Accusé de monopole “illégal”, Amazon n’échappera pas à un procès aux États-Unis
– Comment un algorithme secret a rapporté un milliard de dollars à Amazon
Crédit photos: Apple – Unsplash / Wicked Monday




