Apple sacrifie son patron de l'IA
Et aussi: "Alerte rouge" chez OpenAI – Un premier spin-off chez Kyutai
Après le fiasco Siri, le patron de l’IA d’Apple quitte son poste
John Giannandrea n’a pas résisté aux défaillances d’Apple dans l’intelligence artificielle générative. Lundi soir, le groupe à la pomme a officialisé le départ de celui qui pilotait sa stratégie en matière d’IA depuis sept ans. En mars, l’ancien responsable de Google avait déjà été désavoué: il avait perdu la supervision du nouveau Siri, repoussé quelques jours plus tôt faute d’avoir su développer en interne des modèles suffisamment performants pour exécuter les nouvelles fonctionnalités promises il y a dix-huit mois.
Pour remplacer John Giannandrea, Apple a débauché Amar Subramanya, qui avait rejoint Microsoft cet été. Auparavant, ce chercheur en IA avait passé seize ans chez Google, où il a notamment dirigé l’ingénierie de Gemini, le chatbot du moteur de recherche. À Cupertino, il supervisera la recherche sur les modèles fondamentaux, le machine learning et la sécurité. La refonte de Siri restera, elle, sous la direction de Mike Rockwell, qui supervisait jusqu’au printemps la division dédiée au casque de réalité augmentée Vision Pro.
Pris de court par ChatGPT
Ancien responsable de l’IA chez Google, John Giannandrea avait été recruté en 2018 pour permettre au fabricant de l’iPhone de prendre le virage du machine learning – des algorithmes capables d’apprendre seuls, pour reconnaître un chat sur une photo ou pour suggérer une réponse à un e-mail. Son arrivée avait alors été perçue comme un gros coup pour Apple, qui a depuis rattrapé son déficit dans le domaine. Le bilan du dirigeant reste cependant terni par l’échec retentissant dans l’IA générative.
Le lancement spectaculaire de ChatGPT a en effet rebattu toutes les cartes. Si ses dirigeants s’en défendent, Apple ne semble pas avoir anticipé les conséquences de l’essor de cette technologie, accumulant donc du retard sur OpenAI, Google ou Meta. Sous pression pour démontrer sa capacité à suivre la cadence, l’entreprise avait promis une version nettement améliorée de Siri en juin 2024. En réalité, les fonctionnalités présentées ce jour-là n’étaient pas opérationnelles. Elles ne le sont toujours pas et pourraient ne jamais l’être.
Revirement stratégique
Depuis mars, Apple est reparti d’une feuille blanche, suivant deux voies parallèles: sceller un partenariat avec un acteur déjà établi, tout en continuant à développer ses propres modèles. Début novembre, le groupe a ainsi annoncé un accord avec Google pour intégrer à Siri une version spécialement conçue de Gemini. Celle-ci prendra en charge les tâches les plus complexes, comme la recherche d’informations spécifiques dans les SMS ou les e-mails. La nouvelle version de l’assistant vocal est désormais attendue au printemps.
Le recours à Google marque un revirement stratégique majeur. Jusqu’ici, Apple refusait d’utiliser des modèles de langage existants comme Gemini ou GPT, une option qui lui aurait pourtant permis d’accélérer la transformation de Siri. La société de Cupertino souhaitait développer sa propre IA, afin de maîtriser pleinement l’expérience utilisateur, tout en évitant de dépendre – et de rémunérer – un partenaire. Mais concevoir un modèle performant reste une tâche particulièrement longue et difficile.
Pour aller plus loin:
– Pour lancer le nouveau Siri, Apple va s’appuyer sur l’IA de Google
– Comment Apple a raté le virage de l’IA générative
OpenAI repousse l’arrivée de la publicité sur ChatGPT
Début 2023, Google avait déclenché une “alerte rouge” après le lancement spectaculaire, quelques mois plus tôt, de ChatGPT. Ironie de l’histoire: moins de trois ans plus tard, la situation est désormais inversée. C’est d’OpenAI qui décrète l’état d’urgence face aux progrès fulgurants du moteur de recherche, illustrés par son dernier modèle, Gemini 3 Pro. La start-up craint de voir s’effriter sa position de leader dans l’intelligence artificielle générative, longtemps considérée comme incontestée.
Dans un message interne envoyé lundi et obtenu par plusieurs médias américains, son patron Sam Altman appelle ainsi à mobiliser un maximum de ressources pour concevoir une nouvelle itération de GPT, le grand modèle de langage sur lequel s’appuie ChatGPT. Objectif: fournir des réponses plus rapides et plus précises. Le dirigeant souhaite également que le chatbot soit davantage personnalisé pour chaque utilisateur et qu’il permette de créer des photos rivalisant avec l’outil Nano Banana de Google.
Une situation inédite pour OpenAI
Pour faire face à l’urgence, Sam Altman a décidé de suspendre plusieurs projets. Le plus emblématique: l’introduction de la publicité dans ChatGPT, pourtant annoncée comme imminente pour monétiser sa gigantesque audience gratuite. Les initiatives liées au commerce agentique – des agents d’IA capables de rechercher et d’acheter automatiquement des produits en ligne – sont également mises en pause, tout comme l’outil Pulse, qui fournit chaque matin des informations personnalisées en fonction des échanges avec ChatGPT.
Cette “alerte rouge” illustre une situation inédite. Trois ans après le raz-de-marée ChatGPT, Google, Anthropic et les modèles open source chinois ont comblé leur retard technologique. Tous commencent à grignoter des parts de marché, tant auprès du grand public que des entreprises. Pour OpenAI, le véritable risque ne réside pas dans un exode massif d’utilisateurs, mais dans la perte de son statut de leader, susceptible de compliquer ses prochaines levées de fonds, indispensables au financement de son ambitieuse feuille de route.
Pour aller plus loin:
– Trois ans après le lancement de ChatGPT, l’heure des doutes pour OpenAI
– Sam Altman évoque le risque d’une bulle de l’intelligence artificielle
Gradium, première start-up issue du laboratoire d’IA Kyutai
Pour assurer la pérennité financière de Kyutai, son directeur Patrick Perez évoquait récemment la piste de l’essaimage – la création de sociétés indépendantes chargées de commercialiser les technologies prometteuses issues des recherches du laboratoire en intelligence artificielle générative. Mardi, la naissance d’un premier spin-off a été officialisée. Son nom: Gradium. Sa spécialité: les modèles de langage audio, conçus pour permettre des interactions vocales plus naturelles.
Lancée très discrètement en septembre, la start-up annonce parallèlement une levée de fonds en amorçage de 60 millions d’euros. Une part significative de ce financement provient de Xavier Niel, le fondateur de Free, Rodolphe Saadé, le patron de CMA CGM, et Eric Schmidt, l’ancien directeur général de Google – les trois mécènes qui soutiennent déjà Kyutai. Le laboratoire conserve une fraction, non précisée, du capital, qui doit lui permettre, à terme, de financer une partie de ses futurs travaux de recherche.
Potentiel “largement inexploité”
Fondée par trois des cinq chercheurs à l’origine de Kyutai, Gradium compte une dizaine d’employés, dont des anciens de Google et de Meta. La start-up revendique déjà quelques clients dans le service client et l’industrie du jeu vidéo. Ses modèles, disponibles en cinq langues, ont été conçus à partir des outils open source développés par son vaisseau amiral. Il s’agit notamment de Moshi, une IA conversationnelle sans tour de parole imposé, c’est-à-dire pouvant interrompre son interlocuteur comme dans une discussion naturelle.
Le marché de l’IA vocale compte de nombreux acteurs, mais “le potentiel reste largement inexploité”, affirme Neil Zeghidour, à l’image des chatbots avant les grands modèles de langage. Le directeur général de Gradium évoque des modèles “fragiles, coûteux et incapables d’offrir des interactions réellement naturelles”. Il met en avant la faible latence de ses services et une politique tarifaire “qui rend enfin possible” un déploiement “à grande échelle”. La start-up espère par ailleurs continuer à bénéficier des avancées de Kyutai.
Pour aller plus loin:
– Les ambitions de Kyutai, le laboratoire d’IA financé par Xavier Niel
– Après les turbulences, H veut passer à la vitesse supérieure
Crédit photos: Flickr / Techcrunch – Flickr / World Economic Forum – Kyutai





