Apple prépare l'après Tim Cook
Et aussi: L'Europe enquête sur Grok – Nvidia investit dans CoreWeave
Apple prépare déjà la succession de Tim Cook
John Ternus est l’un des hauts dirigeants les moins connus d’Apple. Pourtant, il apparaît aujourd’hui comme le grand favori pour succéder à Tim Cook à la tête du géant de Cupertino. Selon Bloomberg, le responsable de l’ingénierie matérielle, en charge de la conception des iPhone, Mac et autres produits, a vu ses responsabilités élargies fin 2025. Il supervise désormais l’ensemble du design, aussi bien matériel que logiciel. Un rôle stratégique, longtemps occupé par Jony Ive, puis par Jeff Williams, un temps présenté comme futur patron avant son départ à la retraite l’été dernier.
Depuis plusieurs mois, des rumeurs persistent autour d’un possible départ de Tim Cook, en poste depuis 2011, dès cette année. Fatigué, le dirigeant souhaiterait prendre du recul, affirment plusieurs médias américains. Il ne conserverait que la présidence du conseil d’administration, délaissant la gestion opérationnelle. Si Apple prépare déjà sa succession – très probablement en interne –, un passage de témoin à court terme reste toutefois peu probable. L’entreprise traverse en effet un moment charnière, alors qu’elle accuse du retard dans l’intelligence artificielle générative.
Manque d’innovation ?
Recruté en 1998 par Steve Jobs, tout juste revenu aux commandes d’Apple, Tim Cook n’est pas un profil technique. Ancien cadre d’IBM, il est avant tout un opérationnel. Il a notamment réorganisé la chaîne logistique en Chine, permettant de produire des dizaines, puis des centaines, de millions d’appareils par an. Nommé directeur des opérations en 2007, il a ensuite assuré à plusieurs reprises l’intérim en tant que directeur général. Avant de prendre définitivement le poste à l’été 2011, succédant au fondateur du groupe, alors gravement malade et qui décédera deux mois plus tard.
Depuis quinze ans, le mandat de Tim Cook s’inscrit à l’ombre de Steve Jobs. Ses détracteurs lui reprochent un manque de vision, symbolisé par l’absence d’innovations dans les produits. Son pari le plus audacieux, le Vision Pro, a été un échec commercial. Avant cela, Apple avait aussi abandonné son projet de voiture électrique autonome. Mais le dirigeant a su maintenir la formidable croissance du groupe, notamment grâce à une offensive dans les services. Depuis 2011, le chiffre d’affaires et les profits ont été multipliés par quatre, tandis que la capitalisation boursière a été décuplée.
L’image que laissera Tim Cook pourrait se jouer au cours des prochains mois. Parti en retard dans l’IA, le groupe à la pomme a dû repousser le lancement du nouveau Siri, présenté en grande pompe en juin 2024. Il y a deux semaines, il a officialisé un partenariat avec Google pour utiliser une version personnalisée de Gemini, le modèle d’IA conçu par le moteur de recherche. Si elle constitue un aveu d’échec, cette décision est aussi pragmatique: elle permet à Apple d’avancer en attendant de pouvoir développer ses propres modèles en interne. La refonte de Siri est attendue pour mars ou avril.
Penser à l’après-smartphone
Arrivé à Cupertino en 2001, John Ternus présente un profil totalement différent. Ingénieur de formation, il a gravi tous les échelons au sein des équipes d’ingénierie matérielle. En 2020, il a pris les commandes de la conception de l’iPhone puis, l’année suivante, de l’ensemble du portefeuille de la marque. Moins médiatique que d’autres dirigeants, il prend de plus en plus de place lors des keynotes d’Apple – en septembre, il avait, par exemple, présenté le nouvel iPhone Air. En lui confiant également la responsabilité du design, Tim Cook le place désormais au centre du jeu.
S’il semble aujourd’hui en pôle position, John Ternus n’est pas le seul en lice. Les médiatiques Craig Federighi, directeur de l’ingénierie logicielle, et Eddy Cue, patron des services, figurent eux aussi parmi les candidats crédibles. Tout comme Greg Joswiak, qui supervise le marketing, et Deirdre O’Brien, à la tête des Apple Store. Selon Bloomberg, c’est toutefois le directeur des opérations Sabih Khan qui incarne l’alternative la plus sérieuse. Pur produit maison, il a été nommé à ce poste cet été. Une fonction qu’avaient occupée avant lui Tim Cook puis Jeff Williams.
Entre Sabih Khan et John Ternus, les administrateurs d’Apple n’auront pas seulement à trancher entre deux hommes qui s’inscrivent dans une forme de continuité. Ils devront aussi arbitrer entre deux voies. D’un côté, une logique de croissance opérationnelle, dans le sillage de Tim Cook. De l’autre, une orientation davantage tournée vers l’innovation technologique. Un choix crucial. Car au-delà de l’IA, Apple devra bientôt affronter une autre révolution: celle des terminaux eux-mêmes. Plusieurs acteurs, dont OpenAI, qui a recruté Jony Ive, travaillent déjà sur l’après-smartphone.
Pour aller plus loin:
– Pour lancer le nouveau Siri, Apple se tourne vers l’IA de Google
– Apple délaisse le Vision Pro pour miser sur les lunettes connectées
L’Europe enquête sur X après la diffusion d’images dénudées générées par IA
Déjà sanctionné d’une amende de 120 millions d’euros, X n’en a pas encore fini avec le Digital Services Act (DSA) européen. Bien au contraire. Lundi, la Commission a annoncé l’ouverture d’une nouvelle enquête contre l’ex-Twitter. Dans son viseur, cette fois: la diffusion d’images de femmes et de mineurs dénudés, générées à l’aide de Grok, l’outil d’intelligence artificielle générative proposé par le réseau social racheté par Elon Musk. Bruxelles cherche à déterminer si les garde-fous nécessaires avaient bien été mis en place. Le cas échéant, X s’expose à une nouvelle sanction.
Grok a toujours revendiqué l’absence de filtres, aussi bien pour les textes que pour les images. Le sujet est revenu sur le devant de la scène ces dernières semaines, alors que de nombreux utilisateurs de X demandaient au chatbot de déshabiller des femmes ou de les faire apparaître en bikini. Des clichés publiquement diffusés sur la plateforme. Face au tollé, l’entreprise a réagi en réservant la création d’images à ses utilisateurs payants, assurant que tout usage illicite serait sanctionné. Des enquêtes ont également été ouvertes par d’autres juridictions, notamment par l’État de Californie.
Dossier explosif de la désinformation
Cette procédure est la troisième engagée contre X dans le cadre du DSA, entré en vigueur à l’été 2023 et qui impose de nouvelles obligations aux grandes plateformes Internet. La première, qui a abouti à une amende, portait sur des aspects techniques: l’absence de contrôle dans l’attribution des badges “vérifiés”, exposant les internautes à des risques accrus d’escroquerie par usurpation d’identité et de manipulation, le manque d’accès aux données publiques pour les chercheurs et la non-conformité de la bibliothèque recensant l’ensemble des publicités diffusées sur X en Europe.
La seconde procédure, que la Commission a annoncé prolonger, concerne les obligations de modération des messages haineux, de la désinformation et des contenus illégaux. Plus précisément, elle étudie les outils mis en place pour détecter et supprimer les messages problématiques, ainsi que les moyens humains alloués à cette mission. Elle examine également le système des “notes de la communauté”, qui remplacent les précédentes équipes de fact-checking. Face aux accusations de censure formulées par l’administration américaine, Bruxelles se sait particulièrement attendue sur ce dossier.
Pour aller plus loin:
– Amende de 120 millions d’euros à X, la première dans le cadre du DSA
– Elon Musk revend X à xAI, sa start-up d’IA
Nvidia investit deux milliards de dollars supplémentaires dans CoreWeave
Nvidia n’en finit plus d’investir dans ses clients. Lundi, le géant des cartes graphiques a injecté deux milliards de dollars supplémentaires dans CoreWeave, une plateforme de cloud exclusivement dédiée à l’intelligence artificielle générative. Avant cette opération, il détenait déjà 6% du capital. En septembre, Nvidia s’était également engagé à lui acheter pour au moins 6,3 milliards de dollars de puissance de calcul d’ici à 2032. Et en mars, il avait acquis pour 250 millions de dollars d’actions afin de sauver l’introduction en Bourse de CoreWeave, alors sur le point d’échouer.
Plus de 200 milliards de dollars d’investissements ?
Au-delà des apports financiers, ces soutiens doivent aussi permettre à CoreWeave de rassurer de potentiels investisseurs… et ainsi de continuer à acheter des puces Nvidia. Déjà lourdement endettée à hauteur de 14 milliards de dollars, soit quatre fois son chiffre d’affaires annuel, la société, d’abord spécialisée dans le minage de cryptomonnaie, ambitionne désormais de construire de nouveaux data centers cumulant cinq gigawatts de puissance, l’équivalent de la consommation électrique d’une ville de cinq millions d’habitants. Un projet dont le coût pourrait dépasser 200 milliards de dollars.
Ces dernières années, Nvidia a multiplié les investissements dans les néo-clouds, ces nouveaux acteurs spécialisés dans l’IA. La société a ainsi financé les débuts de plusieurs concurrents de CoreWeave, comme Nscale, Lambda Labs, Nebius ou Crusoe. À chaque fois, les fonds injectés lui sont revenus indirectement sous forme d’achats de cartes graphiques. Ces derniers mois, cette stratégie a pris une nouvelle dimension. À l’automne, Nvidia a annoncé un investissement dans OpenAI pouvant atteindre 100 milliards de dollars, puis une injection de 10 milliards dans Anthropic.
Pour aller plus loin:
– Quand Nvidia se défend d’être le nouvel Enron
– L’essor fragile des néo-clouds, entre croissance rapide et endettement massif
Crédit photos: Apple – Flickr / UK Government




