Apple enterre (déjà) le Vision Pro
Et aussi: “Victoire totale” pour Qualcomm – Cerebras renonce à Wall Street
Apple délaisse le Vision Pro pour miser sur les lunettes connectées
Moins de deux ans après son lancement, le Vision Pro a quasiment disparu des communications d’Apple. Et pour cause: le premier casque de réalité mixte de la marque à la pomme est un double échec. Non seulement ses ventes sont restées confidentielles, freinées par un prix exorbitant, mais il n’a pas non plus suscité l’élan d’enthousiasme espéré pour commencer à imposer une nouvelle plateforme, “l’informatique spatiale”, censée succéder un jour aux smartphones et aux ordinateurs.
Selon Bloomberg, le groupe américain vient ainsi d’entériner sa mise en sommeil, peut-être définitive, abandonnant le développement d’une version “Air”, plus légère, plus confortable et surtout plus abordable. Désormais, il concentre ses efforts sur les lunettes connectées, avec ou sans écran intégré, un segment en plein essor porté par le succès des Ray-Ban Meta.
Manque d’applications
Sur un marché aux multiples échecs – du casque HoloLens de Microsoft à la start-up Magic Leap –, Apple pensait disposer d’atouts solides: son image de marque, son immense base de fans, sa boutique d’applications et son expertise dans le hardware et l’expérience utilisateur. Après sept ans de développement, le Vision Pro devait démontrer sa capacité à rester innovante et à dicter l’évolution des usages.
La société n’a jamais communiqué de chiffres de ventes, mais aucun analyste estime que la barre du million a été franchie. Cet échec retentissant ne s’explique pas seulement par un prix hors marché – 3.500 dollars aux États-Unis, 4.000 euros en Europe – ou par des défauts de jeunesse. Il tient aussi à l’absence d’applications véritablement révolutionnaires, capables de justifier de ne pas se contenter d’un smartphone ou d’un ordinateur.
Cercle vicieux
Le Vision Pro s’est ainsi retrouvé enfermé dans un cercle vicieux, qui a déjà plombé de nombreux appareils. Ses handicaps ne poussent pas les consommateurs à l’achat, ce qui se traduit par une base d’utilisateurs trop faible pour convaincre les développeurs de créer de nouvelles applications… pourtant indispensables à son succès. Netflix, YouTube, Spotify et Instagram n’ont pas jugé bon de développer une application dédiée. Et ont même refusé que leur application iPad soit automatiquement disponible.
Ces absences mettent à mal le discours marketing d’Apple, qui présente son casque comme “l’appareil ultime de divertissement”. Le groupe, qui devrait toutefois lancer ces prochains mois une version légèrement améliorée de son casque, comptait beaucoup sur le modèle “Air”, mais son lancement n’était pas attendu avant 2027. Probablement trop tard pour inverser la dynamique.
Rattraper Meta
La décision de délaisser le Vision Pro est aussi à interpréter comme une volonté de s’adapter au marché: les casques de réalité mixte n’ont jamais décollé, quand les lunettes connectées rencontrent un succès inattendu. Tous les grands acteurs du marché tentent ainsi de répliquer aux montures lancées par Meta. Le mois dernier, la maison mère de Facebook a dévoilé une première version équipée d’un petit écran sur le verre droit, une première étape vers de véritables lunettes de réalité augmentée.
Apple avait bien identifié le potentiel des lunettes, mais estimait que les technologies nécessaires étaient trop lointaines, choisissant de lancer d’abord un casque. La société espère désormais rattraper le temps perdu. Mais son premier modèle maison, sans écran, ne devrait pas être commercialisé avant 2027, tandis qu’une version avec écran est attendue en 2028.
Pour aller plus loin:
– Meta dévoile ses premières lunettes équipées d’un écran
– OpenAI s’allie au designer de l’iPhone pour remplacer les smartphones
Poursuivi par Arm, Qualcomm revendique “une victoire totale”
“Une victoire totale”. Après une nouvelle décision judiciaire favorable, Qualcomm jubile. La semaine dernière, la justice américaine a rejeté le dernier recours d’Arm Holdings. Le concepteur britannique de l’architecture éponyme accusait le numéro un mondial des puces mobiles de rupture de contrat. Mais ses arguments n’ont convaincu ni le jury populaire, qui l’avait débouté à l’issue d’un procès en décembre dernier, ni les magistrats chargés d’examiner ses contestations.
L’affaire portait sur l’acquisition en mars 2021 de Nuvia pour 1,4 milliard de dollars. Dans la foulée, Qualcomm avait mis un terme à la licence que payait la start-up, estimant que son propre contrat lui permettant d’exploiter les savoir-faire de Nuvia. Une interprétation vigoureusement contestée par Arm, qui réclamait la destruction du design des processeurs (CPU) ainsi élaborés.
Relations dégradées
Le rachat de Nuvia constituait une opération stratégique pour Qualcomm. Avec cette start-up fondée par des anciens d’Apple, le groupe de San Diego a renforcé son expertise dans le domaine des processeurs. Ce rachat lui a permis de développer une nouvelle génération de CPU, baptisée Oryon, désormais intégrée à ses systèmes sur puce (SoC) Snapdragon – qui regroupent le processeur, la carte graphique ou encore la puce Wifi d’un smartphone.
Premier client d’Arm, Qualcomm lui verse, selon les estimations de Bernstein, près de 300 millions de dollars de redevances annuelles. Mais les relations entre les deux partenaires se sont nettement dégradées. L’américain se sent menacé par les ambitions d’Arm, qui cherche à concevoir ses propres puces mobiles. Il est ainsi l’un des plus ardents soutiens de l’architecture concurrente RISC-V.
Pour aller plus loin:
– Avec ses premières puces 5G, Apple s’émancipe (un peu) de Qualcomm
– Microsoft cherche à susciter l’intérêt pour ses PC optimisés pour l’IA
Le fabricant de puces d’IA Cerebras renonce à entrer en Bourse
Cerebras voulait faire partie des premières start-up à surfer sur la vague de l’intelligence artificielle générative pour entrer en Bourse. Mais un an après avoir déposé son dossier auprès des autorités américaines, la société a finalement renoncé à son projet. À la place, elle vient de lever 1,1 milliard de dollars auprès de fonds d’investissement, portant sa valorisation à 8,1 milliards.
Fondée en 2015, Cerebras a conçu une super puce d’IA intégrant 4.000 milliards de transistors, soit vingt fois plus que le GPU le plus puissant de Nvidia. La société revendique ainsi de bien meilleures performances que le leader du secteur, notamment sur l’inférence – le processus de génération de textes ou d’images. Pourtant, sa potentielle introduction en Bourse n’a pas séduit les investisseurs de Wall Street, probablement refroidis par sa dépendance à un seul client: le groupe émirati G42, qui représentait à lui seul 87% du carnet de commandes l’an passé.
Comme Groq, Cerebras ne veut plus se contenter de vendre des puces. Elle commercialise également sa propre plateforme de cloud, pour entraîner et faire tourner des modèles. Elle est notamment en train de bâtir un datacenter en France, destiné à héberger Le Chat, le chatbot de la start-up française Mistral AI.
Pour aller plus loin:
– Groq lève 750 millions de dollars pour rivaliser avec Nvidia dans l’IA
– Ces start-up qui rêvent de rivaliser avec Nvidia dans l’IA
Crédit photos: Apple – Qualcomm – Cerebras




