Anthropic se paie OpenAI
Et aussi: Waymo lève 16 milliards de dollars – L'interdiction des réseaux sociaux s'étend en Europe
Contrairement à ChatGPT, Anthropic promet de ne jamais afficher de publicités
“Trahison”, “traîtrise”, “tromperie”. Sans mentionner son nom, Anthropic attaque de front OpenAI dans plusieurs spots publicitaires, dont deux seront diffusés dimanche lors du Super Bowl. La start-up d’intelligence artificielle générative cible l’arrivée imminente de la publicité sur ChatGPT – une étape cruciale pour monétiser son immense audience gratuite, alors que ses pertes restent colossales. À rebours de cette stratégie, Anthropic promet que son chatbot Claude n’affichera jamais d’annonces commerciales. Un choix “sans ambiguïté” pris dans “l’intérêt des utilisateurs”.
Cette attaque marque une nouvelle escalade dans la rivalité ancienne entre les deux entreprises. Anthropic a été fondée par d’anciens cadres d’OpenAI, dont les frère et sœur Dario et Daniela Amodei, en désaccord avec le rapprochement commercial et capitalistique avec Microsoft. Partisans d’une approche plus prudente, ils se positionnent désormais régulièrement à contre-courant de leur ancien employeur, en particulier sur la nécessité d’une régulation renforcée du secteur et sur les risques liés à une course effrénée vers l’IA générale, capable d’apprendre seule.
Pas les mêmes défis
Pour justifier son choix, Anthropic souligne que la publicité pourrait biaiser les réponses d’un chatbot afin de favoriser une transaction. Un problème déjà identifié par Sam Altman. Mais le patron d’OpenAI a depuis été rattrapé par une réalité économique: l’immense succès de ChatGPT ne lui permet plus de se passer des annonceurs. En effet, seule une infime partie des quelque 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires a souscrit à une offre payante. Les recettes tirées des abonnements ne suffisent donc pas à couvrir les coûts d’inférence considérables liés à son audience gratuite.
Anthropic ne fait pas face au même défi. Claude reste peu utilisé par le grand public, ce qui limite la consommation de ressources informatiques et donc les pertes. La base d’utilisateurs de l’entreprise se concentre surtout sur des usages professionnels, notamment via des API (interface de programmation) payantes permettant aux développeurs d’intégrer ses modèles dans leurs processus internes ou leurs applications. L’impératif de monétisation de l’audience gratuite ne se pose donc pas. De surcroît, ses recettes publicitaires potentielles auraient été relativement limitées.
Un impact sur ChatGPT ?
Opportuniste, la campagne de communication d’Anthropic ne semble pas tant destinée à séduire les utilisateurs de son rival qu’à consolider son image de marque auprès de sa clientèle professionnelle. De fait, la question de l’impact de la publicité sur la popularité de ChatGPT reste en suspens. En affichant les annonces dans un espace séparé, l’entreprise promet que les marques n’influenceront pas les réponses. Elle assure également que celles-ci seront “utiles” aux utilisateurs, leur permettant de réaliser facilement des actions pertinentes par rapport à leur requête.
OpenAI fait le pari que son ancrage dans le quotidien de ses utilisateurs sera suffisamment solide pour éviter une vague de mécontentement et un exode. D’autant que les internautes sont désormais habitués à la publicité sur les plateformes gratuites, et que l’immense majorité semble s’en accommoder plutôt que de payer un abonnement. Si Google s’en défend pour l’instant, il ne serait d’ailleurs pas surprenant que des annonces commerciales arrivent également sur son chatbot Gemini, faisant ainsi du modèle publicitaire la norme pour les services d’IA gratuits.
Pour aller plus loin:
– Dans la publicité, OpenAI se montre très gourmand
– Déjà présents dans OpenAI, Nvidia et Microsoft investissent aussi dans Anthropic
Waymo lève 16 milliards pour accélérer le déploiement de ses robots-taxis
“Plus de villes, plus de passagers”. En pole position sur le déploiement des voitures autonomes, Waymo entend passer à la vitesse supérieure. Lundi, la filiale de Google a annoncé une gigantesque levée de fonds, d’un montant record de 16 milliards de dollars. Objectif: accélérer le déploiement de son service de robots-taxis en s’implantant dans plus de vingt nouvelles villes cette année, notamment à Londres et à Tokyo – ses premières incursions hors des États-Unis. “Notre priorité est désormais de passer à l’échelle internationale”, explique-t-elle.
Il s’agit du quatrième tour de table mené par Waymo au cours des six dernières années. Née en 2009 au sein du laboratoire de moonshots Google X avant de devenir indépendante en 2016, la société avait déjà levé près de 12 milliards de dollars. Comme lors des précédentes opérations, Google reste le principal contributeur: selon Bloomberg, le moteur de recherche aurait injecté à lui seul 13 milliards. Le reste provient de grands fonds d’investissement, permettant à la maison mère de Waymo de partager les coûts et les risques liés au développement des voitures autonomes.
La concurrence s’intensifie
Cette nouvelle levée de fonds intervient à un moment charnière. Considéré par beaucoup comme l’acteur le plus avancé du secteur, Waymo voit désormais la concurrence s’intensifier. Aux États-Unis, Tesla promet d’accélérer après le lancement d’un premier service de robots-taxis à Austin, tandis que Zoox, la start-up rachetée par Amazon en 2020, opère également à Las Vegas. En Europe et au Moyen-Orient, les groupes chinois Baidu, WeRide ou encore Pony.ai ont pris de l’avance en entamant plusieurs phases d’expérimentation.
Malgré des tarifs parfois supérieurs à ceux des VTC, Waymo affiche une forte croissance. Présentes dans six villes américaines, ses voitures autonomes ont réalisé 15 millions de trajets l’an passé, trois fois plus qu’en 2024. Après avoir opté pour un modèle intégré, opérant le service via sa propre application, l’entreprise semble désormais privilégier des partenariats. Elle s’est ainsi associée à Uber et à Lyft aux États-Unis. À Tokyo, elle a conclu un accord avec le premier opérateur de taxis de la mégalopole. Et à Londres, elle a confié la maintenance de sa flotte à la start-up Moove.
Pour aller plus loin:
– Waymo lance ses voitures autonomes à Londres, une première européenne
– Tesla présente le Cybercab, son projet de robot-taxi… sans lever les doutes
L’Espagne et la Grèce veulent aussi interdire les réseaux sociaux aux adolescents
La France n’est pas le seul pays européen à vouloir suivre l’exemple australien. Mardi, le Premier ministre espagnol a annoncé un projet de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Selon Reuters, une annonce similaire est également imminente en Grèce. Le Danemark, l’Autriche, les Pays-Bas et le Portugal pourraient suivre. Si certaines modalités diffèrent, comme l’âge plancher ou la possibilité d’une dérogation parentale, cette dynamique pourrait à terme déboucher sur une réglementation à l’échelle européenne, sans laquelle la portée de telles mesures resterait limitée.
Seule Bruxelles peut sanctionner
Ces initiatives nationales se heurtent en effet à un obstacle juridique majeur: le Digital Services Act. Seule la Commission européenne peut imposer des obligations aux “très grandes plateformes”, dont font partie Instagram, TikTok ou YouTube. Elle est aussi la seule à pouvoir leur infliger des amendes. En pratique, les États membres ne peuvent ainsi ni contraindre ces entreprises à vérifier l’âge de leurs utilisateurs, ni les sanctionner en cas de manquement. Faute d’un cadre européen harmonisé, ces projets de loi risquent donc de demeurer largement symboliques.
Un précédent illustre cette limite. En 2023, une loi française avait instauré l’obligation d’un accord parental pour s’inscrire à un réseau social avant 15 ans. Mais l’obligation de contrôle n’est jamais entrée en vigueur, faute d’aval de Bruxelles. Au-delà de cette question juridique, l’efficacité même de ces interdictions reste encore à démontrer. Non seulement il existe plusieurs possibilités de contournement, mais les différents outils de vérification de l’âge présentent aussi des taux d’erreur élevés, comme l’a démontré une étude menée en Australie.
Pour aller plus loin:
– Les zones d’ombre de l’interdiction des réseaux sociaux en France
– La lanceuse d’alerte Frances Haugen exhorte l’Europe à agir
Crédit photos: Anthropic – Waymo




