Anthropic joue dans la cour des grands
Et aussi: Google épargné par la justice américaine – Nvidia s'impatiente en Chine – Klarna va entrer en Bourse
DERNIÈRE MINUTE - Google s’en sort très bien devant la justice américaine. Condamné pour abus de position dominante dans la recherche, le géant américain ne sera pas contraint de vendre son navigateur Chrome ni son système d’exploitation Android. Il pourra aussi continuer de payer pour être le moteur de recherche par défaut de Safari ou Firefox. En revanche, Google ne pourra plus conclure d’accords de distribution exclusifs. Et devra aussi partager une partie de son index de recherche, qui recense toutes les pages Web que ses robots ont répertoriées. Retrouvez notre analyse complète dans l’édition de jeudi matin.
Face à OpenAI et Google, Anthropic continue de lever des milliards de dollars
Anthropic ambitionnait initialement de lever cinq milliards de dollars. Puis dix milliards. Finalement, la start-up américaine spécialisée dans l’intelligence artificielle générative va récupérer treize milliards. Mardi, elle a officialisé la plus importante levée de fonds de son histoire, faisant aussi tripler sa valorisation, à 183 milliards de dollars. Cette opération concrétise une excellente dynamique commerciale: depuis le début de l’année, le chiffre d’affaires d’Anthropic a été multiplié par cinq. Elle va aussi lui donner les moyens de poursuivre le développement de ses grands modèles de langage Claude, en augmentant encore sa puissance de calcul informatique. Et d’assumer de très lourdes pertes – près de six milliards de dollars l’an passé. De quoi s’installer durablement dans le trio de tête du secteur, en concurrence avec OpenAI et Google.
Amazon et Google dans le capital – Basée à San Francisco, Anthropic a été lancée par plusieurs anciens d’OpenAI, notamment les frère et sœur Dario et Daniela Amodei, qui s’opposaient au rapprochement commercial entre le concepteur de ChatGPT et Microsoft. Ils préconisaient également une approche plus prudente du développement de l’IA compte tenu des risques de sécurité. Depuis sa création en 2021, la start-up a levé plus de 31 milliards de dollars, s’affirmant comme l’une des start-up les mieux financées sur un secteur qui nécessite beaucoup de liquidités – et l’une des rares qui peut encore rivaliser avec OpenAI. Sur cette somme, huit milliards ont été apportés par Amazon, devenu son premier actionnaire, et trois milliards viennent de Google – dont une partie en crédits cloud, permettant à Anthropic d’utiliser les serveurs des deux géants américains.
Forte croissance – Ces derniers mois, Anthropic a franchi une nouvelle étape. Déjà reconnue pour la qualité de ses modèles d’IA, la start-up est aussi devenue une véritable puissance commerciale. En août, elle affichait ainsi un chiffre d’affaires en rythme annualisé de cinq milliards de dollars, contre seulement un milliard en début d’année. À titre de comparaison, OpenAI vient de franchir la barre des douze milliards, soit deux fois plus qu’en janvier, selon des chiffres obtenus par The Information. “Nous enregistrons une demande exponentielle sur l’ensemble de notre clientèle”, assure Krishna Rao, le directeur financier de la société. Anthropic revendique également plus de 300.000 entreprises clientes. Et assure que le nombre de grands comptes dépensant plus de 100.000 dollars en rythme annualisé a été multiplié par sept au cours des douze derniers mois.
Rentable en 2027 ? – Anthropic et OpenAI divergent sur le modèle économique. Le concepteur de ChatGPT dégage l’essentiel de son chiffre d’affaires des abonnements, auprès des particuliers et des entreprises. Les recettes de son rival proviennent principalement des API, les interfaces de programmation qui permettent à des développeurs d’intégrer ses modèles dans leurs applications. Dans ce domaine, Anthropic gagne des parts de marché, profitant notamment de sa position dominante sur AWS, la plateforme de cloud d’Amazon. Celle-ci ne propose en effet pas les modèles d’OpenAI, pour lesquels Microsoft jouit d’une exclusivité. Ni ceux de Google, qui les réserve à ses clients. Dans l’hypothèse la plus optimiste, les dirigeants de la start-up anticipent un chiffre d’affaires de 34 milliards de dollars en 2027. Ils espèrent aussi atteindre la rentabilité à cette date.
Pour aller plus loin:
– Sam Altman évoque le risque d’une bulle de l’intelligence artificielle
– Pourquoi Amazon mise autant sur Anthropic
Nvidia attend toujours le feu vert pour relancer ses livraisons en Chine
Derrière les effets d’annonce, Nvidia s’impatiente. La semaine dernière, lors de la publication de ses résultats, le géant des cartes graphiques dédiées à l’intelligence artificielle générative a reconnu qu’il n’avait toujours pas repris ses livraisons en Chine, suspendues depuis avril. Cet été, pourtant, il avait assuré avoir reçu le feu vert du gouvernement américain, acceptant au passage de lui reverser 15% du chiffre d’affaires généré par la vente de ses GPU H20, spécialement conçus pour respecter les restrictions d’exportation imposées depuis des années par les États-Unis. Mais cet accord très inhabituel n’a toujours pas été formalisé. Le groupe de Santa Clara préfère donc temporiser pour éviter des complications. “Le marché chinois aurait pu représenter une opportunité d’environ 50 milliards de dollars cette année”, regrette Jensen Huang, son patron. En attendant, Nvidia prépare déjà la suite: une nouvelle puce d’IA pour le marché chinois est en cours de finalisation. Connue sous le nom de code B30A, celle-ci serait plus puissante que la H20. La société espère ainsi limiter l’émergence d’alternatives chinoises, conçues par Huawei, Alibaba et plusieurs start-up.
Pour aller plus loin:
– Dans l’IA, Huawei veut profiter d’un coup de pouce de… Washington
– Les États-Unis ne limiteront pas les exportations de puces d’IA dans tous les pays
Klarna va (enfin) entrer en Bourse
Quatre ans après ses premières ambitions boursières, Klarna touche enfin au but. Mardi, le spécialiste suédois du “achetez maintenant, payez plus tard” a relancé son processus d’introduction en Bourse, suspendu en avril après l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane aux États-Unis. L’opération doit avoir lieu avant la fin du mois. Elle doit parachever des dernières années particulièrement chaotiques. La start-up a d’abord profité de l’euphorie des investisseurs pendant la crise sanitaire, levant plus de trois milliards de dollars et portant sa valorisation à 46 milliards, du jamais vu en Europe. Mais elle a ensuite été rattrapée par la fin de l’argent facile. Contrainte de licencier, elle a aussi dû accepter une forte décote de sa valeur – ramenée à seulement 7 milliards. Elle ambitionne désormais d’entrer sur le New York Stock Exchange, sur la base d’une capitalisation de 15 milliards. Pour séduire les investisseurs de Wall Street, ses dirigeants pourront mettre en avant l’amélioration des performances opérationnelles: en 2024, Klarna a renoué avec les profits après des années de très lourdes pertes. Le fort rebond du cours boursier de sa grande rivale américaine Affirm représente aussi un signal positif.
Pour aller plus loin:
– Klarna renoue avec les profits juste avant son introduction en Bourse
– Pour la French Tech, enfin l’heure des introductions en Bourse ?
Crédit photos: Anthropic – Nvidia



